En 2011, alors que de nombreux investisseurs fuyaient une Côte d'Ivoire meurtrie par plusieurs années de crise, Hassan Dakklallah faisait un pari à contre-courant : créer une entreprise de BTP et participer à la reconstruction du pays.
Quinze ans plus tard, son parcours dépasse les frontières ivoiriennes. Au Nigeria, deux grands médias le présentent désormais comme le « Dangote de la construction », une comparaison qui témoigne de la place acquise par cet entrepreneur ivoirien dans le paysage économique africain.
Il faut se replonger dans le contexte de 2011 pour mesurer la portée de cette décision. La Côte d'Ivoire sort alors d'une grave crise post-électorale. Les infrastructures sont fragilisées, les investissements se raréfient et de nombreuses entreprises étrangères suspendent leurs activités. Là où beaucoup voient un environnement à risque, Hassan Dakklallah entrevoit un immense chantier de reconstruction.
Cette année-là, il fonde NSE.CI, une entreprise qui deviendra en 2020 Porteo Group. L'ambition est claire : bâtir un groupe africain capable de réaliser de grands projets d'infrastructures sans dépendre systématiquement de compétences ou d'équipements extérieurs.
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De la reconstruction nationale à un champion africain
Les premières années sont celles de la patience et de l'apprentissage. Marché après marché, l'entreprise gagne en crédibilité. Elle investit dans son propre matériel, forme ses équipes et développe progressivement une expertise locale. Quinze ans plus tard, Porteo Group emploie près de 12 000 collaborateurs issus de 23 nationalités, est présent dans sept pays africains et affiche un chiffre d'affaires de 737 millions d'euros en 2025. Le groupe figure également parmi les 500 plus grandes entreprises africaines selon le classement de Jeune Afrique.
Mais c'est en Côte d'Ivoire que s'est forgée cette réussite. Les réalisations du groupe jalonnent aujourd'hui le territoire national : la voie express Grand-Bassam-Assinie, le pont d'Aboisso, plusieurs échangeurs d'Abidjan ainsi que deux centres de données de dernière génération. Parmi eux figure le premier data center national ivoirien certifié Tier III+, distingué en 2026 par l'US Export-Import Bank avec le prix « Deal of the Year - Industries of the Future ».
Au-delà des ouvrages, Hassan Dakklallah défend une vision industrielle fondée sur ce qu'il appelle la « souveraineté productive ». L'idée consiste à maîtriser l'ensemble de la chaîne de valeur afin de réduire la dépendance aux fournisseurs extérieurs. Béton, acier, asphalte, équipements : le groupe développe progressivement ses propres capacités de production afin de sécuriser l'exécution de ses chantiers.
Quand la presse nigériane consacre un modèle ivoirien
Cette stratégie retient aujourd'hui l'attention bien au-delà des frontières ivoiriennes.
En juillet 2026, The Guardian Nigeria consacre un long portrait à l'entrepreneur sous le titre : « L'entrepreneur en série qui construit comme Dangote et livre comme Julius Berger s'étend à travers l'Afrique de l'Ouest ». Quelques jours auparavant, Vanguard News, autre référence de la presse nigériane, saluait également son parcours en revenant sur quinze années consacrées au développement des infrastructures africaines.
Dans un pays où Aliko Dangote symbolise la puissance industrielle et où Julius Berger demeure la référence historique des grands travaux, une telle comparaison revêt une portée particulière. Elle traduit la reconnaissance d'un modèle entrepreneurial africain qui s'est construit à partir de la Côte d'Ivoire.
Les médias nigérians mettent notamment en avant la capacité de Porteo Group à internaliser ses compétences, à posséder son parc d'engins, à investir dans la formation de ses collaborateurs et à réinvestir ses bénéfices sur le continent. Ils soulignent également l'expansion régionale du groupe, désormais présent dans plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest et d'Afrique centrale.
Cette dynamique s'appuie aussi sur le développement du capital humain. Avec Porteo Academy, le groupe forme de nouveaux techniciens, ingénieurs et conducteurs d'engins directement sur les chantiers. Une attention particulière est accordée à l'insertion des femmes dans des métiers longtemps considérés comme exclusivement masculins.
L'engagement sociétal constitue un autre volet de cette trajectoire. À travers la Fondation Porteo, plusieurs actions sont menées en faveur de l'éducation, de l'accès aux soins et de l'accompagnement de femmes entrepreneures dans les zones où intervient l'entreprise. Plus de 3 500 élèves ivoiriens auraient ainsi bénéficié de ces initiatives.
Malgré cette croissance, Hassan Dakklallah conserve une réputation de dirigeant proche des réalités du terrain. Les témoignages rapportés par plusieurs médias décrivent un chef d'entreprise attentif au suivi quotidien des chantiers, même lorsqu'il participe à de grandes rencontres internationales consacrées au financement du développement.
Son parcours illustre finalement celui d'un entrepreneur qui a choisi de miser sur la reconstruction de son pays au moment où peu d'acteurs économiques étaient prêts à prendre ce risque. La Côte d'Ivoire lui a servi de laboratoire. L'Afrique de l'Ouest constitue désormais son terrain d'expansion.
Quinze ans après la création de son entreprise, la reconnaissance venue du Nigeria dépasse la simple réussite individuelle. Elle met en lumière la capacité d'un groupe né en Côte d'Ivoire à s'imposer parmi les acteurs africains des infrastructures et à faire émerger un modèle industriel conçu et développé sur le continent.
En choisissant de bâtir lorsque beaucoup préféraient attendre, Hassan Dakklallah s'est progressivement imposé comme l'une des figures montantes du BTP africain. Et lorsque la presse nigériane le compare aujourd'hui à Dangote ou à Julius Berger, c'est avant tout le parcours d'un entrepreneur ivoirien ayant fait de la reconstruction un projet de long terme qui est mis en lumière.