Ile Maurice: Résidence privée du président de la République - Des travaux qui divisent

Les travaux prévus à la résidence privée du président de la République, Dharam Gokhool, continuent d'alimenter les débats. Entre allégations diffusées sur les réseaux sociaux, plainte pour diffamation, mise au point de la Présidence et revendications de l'opposition, l'affaire soulève une question plus large : que permet réellement le cadre légal en matière de sécurité du chef de l'État ?

La polémique trouve son origine dans une vidéo publiée mardi par l'activiste Raouf Khodabaccus. Celui-ci affirme que des travaux de sécurisation prévus à la résidence privée du président, dont le coût serait passé de Rs 17,3 millions à Rs 20,3 millions en l'espace de neuf mois, comprendraient notamment la construction d'un poste de garde, l'installation de générateurs, de dispositifs de surveillance et d'autres infrastructures de sécurité. Ces affirmations, largement relayées sur les réseaux sociaux, ont rapidement suscité des interrogations sur l'utilisation des fonds publics.

Le même jour, le ministre des Infrastructures nationales, Ajay Gunness, s'est présenté au Central Criminal Investigation Department (CCID) pour déposer une plainte pour diffamation contre l'activiste. Face à la presse, il a qualifié les accusations de «totalement fausses», de «très malveillantes» et constitutives, selon lui, d'une «diffamation criminelle». Il affirme que ces allégations portent gravement atteinte à sa réputation. Le ministre a expliqué que son département prépare les dossiers techniques des projets, tandis que les appels d'offres et l'attribution des contrats suivent les procédures réglementaires. Interrogé sur le coût des travaux évoqués, il a déclaré ne pas disposer de détails, laissant désormais l'enquête suivre son cours.

Communiqués vs vidéos virales

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La controverse a ensuite conduit l'ancienne présidente Ameenah Gurib-Fakim à sortir de sa réserve. Citée dans la vidéo de Raouf Khodabaccus, elle affirme avoir personnellement financé la construction du poste de garde de sa résidence, les travaux de rénovation ainsi que l'installation de générateurs. Elle rappelle également que la pension qu'elle perçoit est prévue par la loi et qu'elle est identique à celle accordée aux précédents présidents, aux veuves d'anciens présidents et aux anciens vice-présidents. Elle souligne enfin qu'elle est contribuable et invite l'activiste à vérifier ses informations.

Face à la multiplication des réactions, le Bureau du président a publié un communiqué mercredi. Il y est précisé que les travaux envisagés concernent exclusivement le renforcement de la sécurité de la résidence privée du chef de l'État. Selon elle, ces mesures découlent des recommandations formulées par la Security Division du Prime Minister's Office à la suite d'un audit de sécurité. Elle rappelle que la protection du président incombe à l'État, que celuici réside à la State House ou dans sa résidence privée, et indique que toutes les procédures légales ont été respectées. Le Bureau du président souligne également que les aspects liés à la sécurité demeurent couverts par des règles de confidentialité conformes aux pratiques internationales.

Au-delà de la polémique, le dossier renvoie au cadre juridique. Si la State House demeure la résidence officielle du président de la République, aucune disposition de la Constitution ne lui impose d'y résider en permanence. Aucun texte n'interdit pas non plus à l'État de financer les dispositifs de sécurité nécessaires lorsqu'un chef de l'État choisit de vivre dans sa résidence privée.

Linion Moris veut des comptes

Cette pratique n'est d'ailleurs pas inédite : plusieurs présidents, dont Cassam Uteem, sir Anerood Jugnauth, Ameenah Gurib-Fakim et Prithvirajsing Roopun, ont, à différentes périodes de leur mandat, résidé dans leurs propriétés privées tout en bénéficiant des mesures de sécurité assurées par l'État.

Lors d'une conférence de presse tenue hier, Linion Moris a toutefois estimé que ces explications ne suffisent pas à dissiper les interrogations. Le parti réclame la publication de davantage d'informations sur le coût des travaux, leur évolution, les procédures suivies et l'utilisation des fonds publics. Si le principe de la prise en charge des mesures de sécurité d'un chef de l'État semble s'inscrire dans le cadre des pratiques institutionnelles, le débat se concentre désormais sur la transparence des dépenses engagées et sur les informations que les autorités peuvent rendre publiques sans compromettre les impératifs de sécurité.

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