Afrique: FIFA - Infantino, les frondeurs et les moutons de Panurge

Coupe du monde de la FIFA

A la sortie d'une Coupe du monde 2026 où ses accointances avec le président américain, Donald Trump, ont été fortement critiquées, le président de la FIFA, est en train de détruire ce qui lui reste d'image potable et patiemment construite depuis des années.

Ce que vient de vivre Gianni Infantino en si peu de temps, est plus qu'un désaveu; une déculottée pour parler comme d'un score lourd au football. Son rêve de réaliser un coup d'éclat financier en cédant environ 20 % de l'empire commercial des parts de l'instance de gestion du football mondial, à des investisseurs extérieurs, vient de capoter. Il comptait lever jusqu'à 4,2 milliards de dollars et une valorisation flatteuse de 20 milliards.

Le projet portait un nom élégant, presque anodin, «FIFA Forward Enterprise». Derrière l'élégance du sigle se cachait pourtant une opération d'une audace rare pour une organisation qui se présente comme à but non lucratif.

Or le problème, ce n'est pas seulement l'idée. C'est la manière dont la chose a été pensée ou portée. Un homme, le seul aux commandes qui décide du sort d'une institution censée appartenir à 211 Fédérations, sans les consulter sérieusement. Son appât, c'est d'agiter sous le nez de tous, la promesse de sommes pouvant atteindre 40 millions de dollars chaque Fédération si elle disait oui avant l'ultimatum du 19 septembre.

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Qu'on l'appelle diplomatie, ou qu'on l'appelle par son vrai nom, cette pratique ressemble à un chantage doré. Et l'Europe, qui fournit l'essentiel du spectacle et des recettes du football mondial, ne s'est pas laissé acheter. L'UEFA a menacé de retirer purement et simplement ses clubs et équipes nationales de toute compétition FIFA ; que ce soit la Coupe du monde et la Coupe du monde des clubs. La CONCACAF a suivi. Puis, fait révélateur, la confédération asiatique elle-même a fini par lâcher Infantino.

Le plus troublant, peut-être, vient de l'intérieur même de la maison. Kevin Lamour, directeur des opérations de la FIFA, n'a pas mâché ses mots en confiant se sentir «trompé» par le manque de transparence de son propre président. Il a parlé d'un mensonge par omission qui aurait duré des mois, d'un manque de confiance, de discernement, de bonne gouvernance. Des mots lourds, venus d'un homme qui savait qu'ils pourraient lui coûter son poste et qui a préféré, dit-il, « dormir bien ce soir » plutôt que de se taire.

Mais diantre ! Et la CAF pendant ce temps ? Silence assourdissant. Aucune fédération africaine ne s'est distinguée dans cette fronde qui a pourtant traversé l'Europe, l'Amérique du Nord et jusqu'à l'Asie. On peut comprendre la tentation et l'appât du gain. Quand on manque cruellement de moyens, le mirage de quelques millions de dollars pèse lourd dans la balance.

Mais céder au silence par calcul, c'est aussi renoncer à peser sur son propre destin. Le football africain, si prompt à réclamer sa juste place sur l'échiquier mondial, se retrouve une fois de plus à suivre le troupeau, sans broncher, comme ces moutons de Panurge qui sautent à l'eau les uns après les autres sans jamais demander pourquoi.

Pire, après l'abdication du projet du Dieu Infantino, certains de ses valets locaux, pour ne pas dire Africains, se sont fendus à travers des communiqués pour louer acte de leur chef blanc d'avoir retiré le projet. Heureusement le ridicule ne tue pas. A défaut de mener le combat en amont, ils ont sorti l'applaudimètre à la fin de la bataille. Pauvre Afrique !

En voulant donc imposer sans concertation un projet aussi structurant que la FIFA Forward Enterprise, Gianni Infantino a fragilisé à la fois sa présidence et la gouvernance de l'institution qu'il dirige. L'absence de dialogue préalable, la démission de son conseiller Carlos Cordeiro et le rejet massif des confédérations ont révélé un mode de décision opaque et solitaire, en décalage avec les promesses de transparence formulées lors de son élection en 2016.

Dans ce contexte, il apparaît légitime que des voix, y compris au sein de l'UEFA, réclament son départ. La crise dépasse désormais le seul projet abandonné pour interroger la capacité même d'Infantino à diriger la FIFA de manière collégiale et durable. Il met ainsi en difficulté sa propre réélection qui était pourtant en roue libre en mars prochain.

En tout cas, le projet est mort, terrassé par la révolte de ceux qu'il devait pourtant enrichir. Mais la leçon, elle, mérite de survivre. Une gouvernance qui se négocie en coulisses et se vend au plus offrant, finit toujours par se heurter au réveil de ceux qu'on croyait endormis. Reste à savoir si, la prochaine fois, la CAF choisira de parler, ou de suivre encore.

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