Tunis — Le chanteur et compositeur britannique Sami Yusuf a marqué son grand retour en Tunisie samedi soir en investissant la scène du Théâtre antique de Carthage, plein à craquer, quatorze ans après son dernier concert à Radès en 2012.
L'artiste d'origine azerbaïdjanaise a offert une soirée placée sous le signe de la haute spiritualité et du dialogue interculturel.
Dans le cadre de la 60e édition du Festival international de Carthage, le musicien a présenté son tout nouvel album « Ecstasy » devant un public particulièrement attentif, transformant l'amphithéâtre romain en un temple de méditation et de fusions musicales.
Une première fois chargée d'histoire
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Dès les premières notes, le ton de la soirée a été donné par une introduction vocale subtile intitulée Veritas. S'adressant à des gradins combles, Sami Yusuf a livré une première déclaration d'une grande richesse culturelle, rappelant sa profonde affection pour le pays d'accueil.
« La Tunisie est un pays pour lequel j'ai une profonde affection, une terre où l'Afrique, l'Arabie et la Méditerranée se rencontrent et se sont toujours rencontrées, non pas dans un choc, mais dans une conversation », a-t-il insisté, affirmant que cette harmonie est inscrite dans le sol tunisien aussi sûrement que dans ses ruines antiques.
L'artiste a également tenu à souligner l'importance historique du lieu en célébrant les soixante bougies du festival. Évoquant soixante éditions et soixante étés de musique, il a décrit l'émotion de voir cette musique s'élever depuis les vieilles pierres pour résonner sous le ciel étoilé.
« C'est la première fois que je me produis au coeur de l'antique Théâtre de Carthage, et en me tenant ici, je ressens tout le poids de ce privilège », a confié le musicien, rappelant que depuis sa création en 1964, ce festival a accueilli les plus grandes légendes de la musique arabe, du jazz, du rock et de la chanson française.
Des exclusivités mondiales au coeur des ruines
Accompagné par les membres de son orchestre international, le Fons Sophiae Collective (la fontaine de la sagesse), le musicien a partagé la scène avec des maîtres instrumentistes venus du monde entier pour illustrer ce qu'il qualifie de dialogue des cultures. « Que dire de nos solistes... l'extraordinaire maître de l'Erhu, Guo Gan, qui nous rejoint depuis la Chine. La remarquable Israel Moro venue d'Espagne. La lumineuse Nabyla Maan venue du Maroc. Et l'immensément doué Moulay Ismail Boujiya venu du Maroc », a énuméré le chanteur sous les acclamations.
Mentionnant également le soliste Álvaro venu d'Azerbaïdjan et ses musiciens arrivés de France ou de Turquie, l'artiste a résumé la philosophie de sa troupe. Selon lui, ils forment ensemble quelque chose dont le monde a plus que jamais besoin, à savoir « une conversation entre les traditions, où chaque voix est entendue, chaque langue respectée, et où chaque note porte la mémoire des siècles ».
Une communion spirituelle
Le concert Le concert a mis à l'honneur les titres de son dernier album. Après ses interventions parlées, la troupe a enchaîné avec des fusions sonores arabo-andalouses et spirituelles telles que En Al Ándalus, Ven Mi Alma et le titre éponyme de son opus, Ecstasy, joué pour la première fois devant le public tunisien.
L'ambiance est montée d'un cran lors de l'interprétation de ses classiques mondiaux incontournables, à l'instar de Hasbi Rabbi. Le concert s'est achevé à minuit sous les ovations prolongées d'une audience visiblement conquise par cette performance à la fois historique et empreinte de spiritualité.