Porter le maillot de son pays est un privilège. Le faire à huit reprises lors de la TotalEnergies CAF Coupe d'Afrique des Nations Féminine relève de l'exception. À 37 ans, Gabrielle Aboudi Onguene est devenue la première joueuse de l'histoire à disputer huit phases finales de la compétition, inscrivant un peu plus son nom dans le patrimoine du football africain.
L'attaquante camerounaise a atteint ce cap historique mercredi soir, lors de la victoire des Lionnes Indomptables face au Mali (2-1).
Au stade Larbi Zaouli de Casablanca, Abodi Onguene a dû patienter jusqu'à la 87e minute avant d'entrer en jeu. Aperçue en train de multiplier les accélérations près de la ligne de touche, elle attendait le signal de la quatrième arbitre, Akhona Makalima. Une fois sur la pelouse, son influence s'est immédiatement fait sentir.
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Encouragée par ses coéquipières, sur le terrain comme sur le banc, elle a apporté sa fraîcheur et son expérience dans les derniers instants de la rencontre. Très active sur son aile gauche, elle a même failli offrir une passe décisive, mais la défense malienne est intervenue in extremis. « C'est un immense honneur d'être ici et de continuer à pratiquer le sport que j'aime, celui qui m'a tant apporté. Représenter le Cameroun est un rêve devenu réalité », a confié Aboudi Onguene, tout sourire, après la rencontre.
Une longévité bâtie sur la discipline
Depuis ses débuts à la CAN Féminine en 2008, l'attaquante s'est imposée comme l'une des grandes figures du football africain. Buteuse redoutable, leader naturelle et modèle pour toute une génération, elle a traversé les époques sans perdre de son influence.
Quel est son secret ?
« La discipline est au coeur de tout ce que je fais. Je prends soin de mon corps, je mange sainement et je veille toujours à bien récupérer. À ce niveau, c'est indispensable », explique-t-elle à CAFOnline.
Repérée dès l'adolescence, Aboudi Onguene affichait déjà une technique au-dessus de la moyenne et une ambition sans limites. Cette jeune fille de Douala rêvait des plus grandes scènes internationales et savait que le travail serait la clé. « Le chemin parcouru depuis 2008 est immense. Je me souviens de mes premières minutes en sélection. Je suis reconnaissante d'avoir eu cette chance de montrer ce dont j'étais capable, puis d'avoir travaillé sans relâche pour devenir une titulaire régulière. »
De Douala aux plus grandes scènes du football mondial
« Je viens de Douala, une ville qui a donné naissance à de nombreux grands joueurs. J'en suis très fière », sourit-elle.
La métropole camerounaise a vu éclore des légendes telles que Samuel Eto'o, Patrick Mboma, Alex Song, Carlos Balebaou encore Carlos Kameni. Aboudi Onguene, elle, n'a jamais couru après la célébrité. Son objectif a toujours été de vivre de sa passion et de défendre les couleurs du Cameroun.
Son parcours parle pour elle. Championne des Jeux africains 2011 au Mozambique, elle participe ensuite aux Jeux olympiques de Londres en 2012, où elle inscrit l'unique but camerounais du tournoi.
Trois ans plus tard, elle contribue à la première qualification historique du Cameroun pour les huitièmes de finale de la Coupe du Monde féminine de la FIFA au Canada. Son but contre la Suisse, lors d'un succès 2-1, reste l'un des moments marquants de cette campagne.
Lorsque le Cameroun accueille la CAN Féminine en 2016, Onguene est au sommet de son art. Malgré la défaite en finale contre le Nigeria (1-0), elle est élue meilleure joueuse du tournoi. Elle dispute ensuite une deuxième Coupe du Monde en 2019 et trouve de nouveau le chemin des filets face aux Pays-Bas.
Une source d'inspiration pour toute une génération
Triple championne du Cameroun avec Louves Minproff avant de poursuivre sa carrière en Russie sous les couleurs de Rossiyanka puis du CSKA Moscou, Onguene a toujours su concilier performances en club et régularité en sélection.
Son message aux plus jeunes est sans détour : « Je demande aux jeunes filles de travailler sans relâche et de rester constantes. La discipline est essentielle. Je le répète sans cesse à mes coéquipières, en sélection comme en club, parce que c'est ce qui permet d'aller loin dans une carrière. »
Sa jeune coéquipière Monique Ngock ne cache pas son admiration.
« C'est une légende. Rien qu'en étant à ses côtés, j'apprends énormément. C'est un privilège de partager le terrain avec elle. »
Présent à ses côtés en conférence de presse, le sélectionneur Dimitri Lipoff a lui aussi salué son apport.
« Avec une joueuse aussi expérimentée que Gabrielle, son vécu est un atout précieux pour toute l'équipe. »
Cette transmission s'est illustrée face au Mali lorsque Ngock a délivré une passe parfaite à Marie Manga sur l'ouverture du score, une action qui a symbolisé le lien entre l'expérience d'Onguene et la nouvelle génération camerounaise.
Grâce à ce succès, les Lionnes Indomptables lancent véritablement leur campagne et se tourneront désormais vers leur prochain défi : un duel face au Ghana, le 2 août au stade Moulay Rachid de Casablanca, avec l'ambition de confirmer leur retour en force dans le Groupe D.