Le manque de pluie met les réserves d'eau du pays sous forte pression. Après plusieurs mois marqués par un déficit pluviométrique, la situation hydrique devient de plus en plus préoccupante à l'approche de la période estivale, synonyme de forte consommation.
Dans un communiqué publié le 30 juillet, la Water Resources Commission et la Central Water Authority (CWA) indiquent que la saison hivernale reste largement déficitaire. Alors que la station météorologique de Maurice prévoyait environ 70 % des précipitations normales pour cette période, seulement 37 % des pluies attendues ont été enregistrées à ce jour. Cette situation n'est pas uniquement liée aux dernières semaines. Le déficit pluviométrique s'est installé depuis plusieurs mois. Dans son bulletin du 3 juin consacré aux précipitations enregistrées depuis novembre 2025 et aux perspectives pour juin-juilletaoût 2026, la station météorologique relevait déjà une tendance sèche persistante.
Après un mois de novembre 2025 marqué par des pluies supérieures à la normale, avec 140 mm enregistrés, soit 165 % de la moyenne à long terme (1991- 2020), et un mois de décembre proche de la normale avec 171 mm, soit 104 %, la situation s'est rapidement inversée à partir de janvier 2026. Le mois de janvier n'a enregistré que 136 mm de pluie, représentant 48 % de la moyenne à long terme, et s'est classé comme le septième mois de janvier le plus sec depuis 1904.
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Le déficit s'est accentué en février, avec seulement 105 mm de pluie, soit 33 % de la moyenne à long terme, faisant de ce mois le quatrième février le plus sec jamais enregistré depuis 1904. En mar s, les conditions sèches se sont poursuivies avec 160 mm de pluie, soit 54 % de la moyenne habituelle. Avril a connu une légère amélioration avec 177 mm, représentant 86 % de la moyenne à long terme, mais le déficit accumulé est resté important. En mai, la pluviométrie a également été inférieure à la normale avec 116 mm enregistrés, soit 78 % de la moyenne à long terme. Au total, la saison estivale 2025-2026 s'est achevée avec 889 mm de pluie, soit seulement 66 % de la moyenne saisonnière, qui s'établit à 1 352 mm.
Pour la période juin-juillet-août 2026, la station météorologique avait également anticipé des conditions plus sèches que la normale, avec 83 mm attendus en juin (70 % de la moyenne à long terme), 80 mm en juillet (60 %) et 63 mm en août (60 %). Les premières observations de juillet confirment cette tendance. Durant la première quinzaine du mois, des conditions atmosphériques sèches ont dominé sur l'ensemble de l'île. Avec seulement 25 mm de pluie enregistrés, soit 40 % de la moyenne à long terme, cette période figure parmi les deux premières quinzaines de juillet les plus sèches des 20 dernières années. L'ouest a été particulièrement affecté, avec seulement 1 mm de pluie, représentant 11 % de sa moyenne habituelle.
Cette succession de mois déficitaires se répercute désormais directement sur les réserves. Mare aux-Vacoas, principal réservoir, affiche actuellement un taux de remplissage de 41,2 %. Si les pluies restent insuffisantes au cours des prochaines semaines, le réservoir pourrait atteindre un niveau critique et être à sec dès septembre. La situation est également préoccupante pour La Nicolière, actuellement à 48,3 %, qui alimente une grande partie du nord de l'île et pourrait se retrouver à sec d'ici octobre. Pour l'hydrologue Farook Mowlabaccus, cette situation nécessite une anticipation accrue dans la gestion des ressources.
Selon lui, la CWA ne doit pas attendre que les niveaux des réservoirs atteignent un seuil critique avant d'intervenir. Il estime qu'en l'absence de précipitations suffisantes, l'objectif doit être de préserver au maximum les ressources disponibles et d'encourager les consommateurs à réduire le gaspillage. Une mobilisation collective est nécessaire car «on ne peut pas faire pleuvoir», mais il est possible d'agir sur la consommation.
L'impact de cette sécheresse se mesure également au niveau de la production d'eau. Selon les données de la CWA au 29 juillet, la production quotidienne normale du pays s'élève à 1 092 418 m³, mais elle est actuellement tombée à 897 648 m³ par jour. Cela représente un déficit de 194 770 m³ quotidiennement, soit une baisse globale de 17,8 % par rapport à la capacité habituelle.
Évolution de la production d'eau par zone d'approvisionnement (situation au 29 juillet)La baisse de production est particulièrement marquée dans la zone de Mare-aux-Vacoas, Lower, où elle atteint 44,4 %, suivie du sud (-25,4 %). Seule la région de l'est affiche une production supérieure à son niveau normal, avec une hausse de 16,2 %.
Face à cette situation, les autorités envisagent de renforcer la gestion de la demande en eau afin de préserver les réserves disponibles pour les usages prioritaires. Les restrictions envisagées concernent notamment l'utilisation d'eau potable pour le lavage de véhicules, l'utilisation de nettoyeurs à haute pression pour le lavage des véhicules, des bâtiments, des cours et des allées ainsi que certaines formes d'irrigation non essentielles.
Ces mesures sont présentées comme préventives, avec pour objectif de faire durer les stocks disponibles le plus longtemps possible et de garantir la continuité de l'approvisionnement en eau potable durant les prochains mois.