Une réunion ministérielle a eu lieu ce mardi après l'entrée illégale, fin juillet, de plus de 60 000 migrants dans l'enclave espagnole de Ceuta.
Les 27 pays membres de l'Union européenne se sont réunis ce mardi en visioconférence afin de tirer les leçons de la crise migratoire de Ceuta et des vives tensions qu'elle a suscitées.
Plusieurs pays avaient réclamé l'exclusion de l'Espagne de l'espace Schengen, accusant Madrid d'avoir contribué à une "immigration incontrôlée".
L'Italie et le Danemark, avaient pris samedi l'initiative - soutenue au total par 22 dirigeants européens dont le chancelier allemand Friedrich Merz - d'adresser une lettre ouverte à la présidence irlandaise de l'UE pour réclamer "une réponse européenne immédiate et coordonnée" à cet événement inédit qui a laissé le gouvernement espagnol isolé.
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Le Premier ministre espagnol, dont le gouvernement défend une approche ouverte en matière migratoire, avait répliqué par une lettre adressée aux chefs des institutions européennes. Dans cette missive, le leader espagnol avait vertement critiqué l'attitude "égoïste" de ces pays de l'UE, et réclamé cette réunion d'urgence à 27.
"Schengen n'est pas le problème"
Mais, à l'issue de la réunion de ce mardi, les déclarations sont plutôt à l'apaisement et à la solidarité envers l'Espagne.
L'espace Schengen n'a pas été "compromis" pendant la crise migratoire dans l'enclave de Ceuta, a assuré le ministre espagnol de l'Intérieur, Fernando Grande-Marlaska. "En aucun cas l'espace Schengen n'a été compromis dans cette crise", a-t-il affirmé lors d'un point-presse à Madrid, en réponse aux vives critiques de plusieurs dirigeants européens sur cette situation inédite à Ceuta. "L'espace Schengen n'a jamais été en danger, pas même en danger minimal", a-t-il ajouté.
Au moins 72.000 migrants sont entrés illégalement la semaine dernière dans l'enclave espagnole de Ceuta, dont 70.000 sont déjà rentrés au Maroc, a assuré le ministre espagnol. Le dernier chiffre communiqué par le gouvernement espagnol à Madrid faisait état jusque-là de 50.000 migrants entrés illégalement sur le sol espagnol, dont "la quasi-totalité" était déjà repartie au Maroc.
Le Danemark, qui avait agité une possible suspension de la coopération Schengen avec l'Espagne, s'est félicité de la réponse de Madrid à l'entrée illégale de milliers de migrants dans l'enclave espagnole de Ceuta depuis le Maroc.
"Je suis très satisfait que l'Espagne ait réagi rapidement, notamment en déployant la police et l'armée, et que de nombreux migrants soient déjà retournés au Maroc", a dit le ministre danois de l'Immigration et de l'Intégration, Morten Bødskov.
"Mais ces événements montrent qu'il est absolument essentiel que nous gardions le contrôle des frontières de l'Union européenne", a-t-il ajouté dans un communiqué.
Durant cette réunion qui a duré plus de trois heures,"les Etats membres "ont unanimement exprimé leur profonde solidarité envers l'Espagne", selon un premier compte rendu de la réunion. Ils ont toutefois souligné que la communication en période de crise "pourrait être améliorée" et "qu'elle devait être plus cohérente". Une façon feutrée, en langage diplomatique, de souligner que la coordination européenne sur ce dossier a été loin d'être optimale.
Lutter contre les réseaux de trafic
Un consensus s'est dégagé sur la nécessité de poursuivre sans relâche la lutte contre les réseaux de trafic de migrants, de renforcer les retours, de consolider la protection des frontières de l'UE, d'approfondir les partenariats avec les pays tiers et d'améliorer les capacités d'anticipation.
«Il faut renforcer notre lutte contre les réseaux de passeurs», a affirmé le ministre de l'Intérieur français, Laurent Nunez, résumant les échanges avec ses homologues. Les ministres de l'Intérieur européens ont aussi convenu qu'il fallait travailler sur "le démantèlement des réseaux dans les pays de transit" et sur "le retour" des migrants dans leur pays d'origine.
Ceuta, petit territoire de 84.000 habitants situé à la pointe nord du Maroc, bordant le détroit de Gibraltar, forme l'une des deux frontières terrestres entre l'Afrique et l'Europe (avec l'autre enclave espagnole de Melilla). Par dérogation, cette enclave n'appartient pas à l'espace Schengen. Aucune personne ne peut se déplacer librement de Ceuta vers le continent.