Afrique: Au continent - Le journalisme environnemental fragilisé par la précarité et la désinformation, selon le rapport d'une ONG spécialisée en développement durable

Tunis — Les journalistes spécialisés dans les questions environnementales en Afrique exercent leur métier dans un contexte marqué par la précarité économique, la désinformation et des atteintes croissantes à leur sécurité, alors même que le continent est confronté à une aggravation des effets du changement climatique, selon un récent rapport de l'Association Africa 21.

Réalisée auprès de 171 journalistes issus de 47 pays africains, dont la Tunisie, l'enquête de 92 pages, dresse le portrait d'une profession fragilisée au moment où les enjeux liés au climat, à la biodiversité et à la gestion des ressources naturelles prennent une importance croissante.

Selon le rapport, 82,6 % des médias représentés ont été confrontés à de graves difficultés financières au cours des trois dernières années. Cette situation affecte directement les journalistes : près de 43 % d'entre eux déclarent exercer une activité complémentaire, parfois sans lien avec le métier, afin de compléter des revenus jugés insuffisants ou irréguliers.

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Le manque de moyens matériels constitue également un frein majeur à la couverture des questions environnementales. Près de neuf journalistes sur dix (88,4 %) estiment ne pas disposer des ressources logistiques nécessaires, notamment en matière de transport ou d'accès à Internet, pour couvrir des événements souvent situés dans des zones rurales ou isolées.

Le rapport met aussi en évidence l'impact du numérique sur la profession. Si 95,3 % des journalistes utilisent les réseaux sociaux pour diffuser leurs contenus, 72,1 % affirment être confrontés quotidiennement à la désinformation. Face à ce phénomène, 70,3 % disent recourir désormais à l'intelligence artificielle, principalement pour la vérification des informations, la transcription ou l'assistance à la production éditoriale.

L'étude souligne également les risques auxquels sont exposés les professionnels des médias. Près de 64,5 % des personnes interrogées déclarent avoir subi au moins une atteinte à leurs droits, qu'il s'agisse de pressions politiques, de censure, de menaces ou de violences.

Appel à la création d'un fonds africain dédié au financement du journalisme environnemental

Face à ce constat, Africa 21 formule 21 recommandations destinées aux gouvernements, aux bailleurs de fonds et aux entreprises de presse.

L'association préconise notamment la création d'un fonds africain dédié au financement du journalisme environnemental ainsi que le développement de bourses de reportage afin de soutenir les enquêtes de terrain. Elle appelle également à renforcer les investigations transfrontalières sur les crimes environnementaux, tels que le trafic de bois ou le braconnage.

Le rapport recommande par ailleurs d'investir dans la formation des journalistes, notamment sur les marchés du carbone, l'agroécologie, la transition énergétique et la diplomatie de l'eau, tout en favorisant le journalisme de données, l'accès aux sources officielles et la coopération avec les scientifiques.

Africa 21 plaide enfin pour une meilleure protection des journalistes, l'innovation dans les modèles économiques des médias afin de réduire leur dépendance aux revenus publicitaires, ainsi que la création d'un "Programme africain de renforcement du journalisme environnemental" destiné à coordonner les initiatives à l'échelle du continent.

Basée en Suisse, l'Association Africa 21 est une organisation non gouvernementale qui fédère un réseau de journalistes africains spécialisés dans le développement durable et les changements climatiques. Son rapport souligne qu'à l'heure où les crises environnementales s'intensifient, le renforcement du journalisme spécialisé constitue un levier essentiel pour améliorer l'information des citoyens et accompagner les politiques d'adaptation au changement climatique.

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