Cameroun: La bataille des clans pour le pouvoir au sommet de l'état

Depuis plusieurs années, la question de la succession à la tête de l'État camerounais alimente les spéculations et les rivalités au sein du pouvoir. On dirait un cartel où l'affrontement entre ses membres. Autour du président Paul Biya (93 ans et absent du pays depuis près de deux mois ), plusieurs réseaux d'influence semblent chercher à renforcer leur positionnement en prévision de l'après-Biya.

Dans cette bataille, certains acteurs politiques, influenceurs, responsables de la société civile et journalistes auraient été mobilisés, volontairement ou non, pour orienter le débat public et détourner l'attention des véritables enjeux liés à la succession présidentielle.

Mais ces stratégies semblent aujourd'hui produire des effets inattendus : des tensions et des affrontements apparaissent désormais au sein même des différents réseaux impliqués dans cette lutte d'influence.

Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn

Alors que deux principaux pôles étaient jusque-là identifiés, notamment autour du Secrétariat général de la présidence de la République (SGPR) et du Directeur du Cabinet civil (DCC), un acteur issu de ces cercles aurait choisi de prendre ses distances pour constituer son propre réseau. Cette évolution aurait contribué à l'émergence d'un troisième pôle, désigné sous l'appellation de DACC.

Trois pôles au coeur des rapports de force

La configuration actuelle serait ainsi marquée par la coexistence de trois réseaux : celui associé au SGPR, celui du DCC et celui du DACC.

Selon cette lecture de la situation, ces différents groupes chercheraient à exercer leur influence sur les principaux leviers de l'État, notamment à travers les forces de défense et de sécurité, les administrations douanière et fiscale, les infrastructures de transport ainsi que l'appareil judiciaire.

Cette rivalité ne serait pas nouvelle. Elle s'inscrirait dans un processus de recomposition des rapports de force engagé depuis l'élection présidentielle de 2018, dont les résultats avaient été contestés par l'opposition. Depuis lors, la question de l'exercice réel du pouvoir et de l'influence des différents réseaux gravitant autour du sommet de l'État est régulièrement au coeur des débats politiques camerounais.

L'enjeu dépasse désormais la seule compétition entre individus ou groupes. Il porte sur la capacité de ces réseaux à peser sur la succession présidentielle et, plus largement, sur l'orientation politique du pays au lendemain de l'ère Paul Biya.

Le prochain scrutin, un test pour les électeurs

Dans ce contexte, les prochaines élections municipales et législatives pourraient constituer un moment déterminant pour les électeurs camerounais. Elles pourraient notamment permettre de mesurer la capacité des citoyens à reprendre une place centrale dans le processus politique et à exprimer leurs choix indépendamment des rapports de force entre les différents réseaux de pouvoir.

Reste toutefois une inconnue majeure : ces rivalités internes conduiront-elles à un rééquilibrage des forces ou, au contraire, à une concentration accrue du pouvoir entre les mains de l'un de ces différents groupes ?

Pour le Cameroun, la véritable question demeure celle de la transition politique et de la capacité des institutions à garantir une succession conforme aux règles constitutionnelles, plutôt que de laisser l'avenir du pays dépendre de luttes d'influence entre réseaux.

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.