Seules 20 % des mères mauriciennes allaitent exclusivement leur enfant pendant les six premiers mois de sa vie, selon le dernier chiffre communiqué par le ministère de la Santé, qui date du dernier recensement de 2017, encore loin de l'objectif de 50 % fixé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) pour 2027. «L'objectif de 50 % est très ambitieux», reconnaît la Dr Tavisha Gunness , coordinatrice de l'allaitement maternel au ministère de la Santé, qui assure que le plan d'action national est en cours de mise en oeuvre pour y parvenir.
C'est dans ce contexte que le ministère de la Santé et du bien-être a ouvert, le lundi 3 août à l'hôtel Gold Crest, un symposium national d'une journée dans le cadre de la Semaine mondiale de l'allaitement 2026, observée du 1er au 7 août sous le thème Breastfeeding for a Sustainable Start in Life: Strengthen What Works. À cette occasion, Koki a été dévoilée, comme mascotte nationale de l'allaitement maternel inspirée du pink pigeon, tandis que le gouvernement a confirmé la préparation d'une législation pour encadrer le marketing des substituts du lait maternel.
Conçu comme un symbole de protection et de responsabilité collective, Koki doit servir d'ambassadeur du programme national de l'allaitement maternel plutôt que de simple mascotte, a expliqué Anishta Babooram, junior minister à la Santé. «Soutenir l'allaitement est la responsabilité de tous. Une mère ne devrait pas avoir à vivre seule son parcours d'allaitement», a-telle lancé, en rappelant que familles, employeurs, professionnels de santé et communautés ont chacun un rôle à jouer.
Travailler ensemble pour soutenir la mère
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Le choix du pigeon des mares n'est pas anodin, précise la Dr Gunness. C'est une espèce autrefois menacée d'extinction, sauvée grâce à un effort collectif réunissant gouvernement, secteur environnemental et recherche. Un parallèle qu'elle assume avec la mobilisation attendue autour de l'allaitement maternel : «Que ce soit le gouvernement, le médecin, la société, la communauté, les parents, les grands-parents», tous doivent travailler ensemble pour soutenir la mère. La campagne ne s'adresse d'ailleurs pas qu'aux mères. Les hommes, conjoints et partenaires, sont explicitement visés, dans l'idée que le soutien à l'allaitement dépasse le seul cercle maternel.
Une campagne numérique pour Koki est prévue dans les prochains mois, avec des messages automatiques envoyés aux mères venant d'accoucher, en parallèle des séances de sensibilisation communautaire menées avec l'Action Familiale. Le lancement de Koki s'inscrit dans un programme plus large pour la semaine : symposium scientifique national, renforcement du counseling en allaitement dans les hôpitaux régionaux, sensibilisation communautaire en collaboration avec l'Action Familiale, campagne de sept jours sur les réseaux sociaux et développement d'un programme d'éducation en ligne.
Au-delà du symbole, l'annonce la plus concrète concerne la législation à venir. Abdou Salam Gueye, représentant de l'OMS à Maurice, a indiqué que l'institution appuie le ministère dans la préparation d'un texte interdisant le marketing inapproprié des substituts du lait maternel, en application du Code international de commercialisation des substituts du lait maternel. «Une telle législation est essentielle pour garantir aux parents une information indépendante et fondée sur des données probantes, et pour protéger les décisions liées à l'alimentation infantile de toute promotion trompeuse ou conflit d'intérêts», a-t-il affirmé.
L'OMS accompagne également le ministère dans l'élaboration d'une politique nationale d'alimentation infantile et dans la formation d'un réseau multidisciplinaire chargé de surveiller l'application de ce code. Environ 12 000 bébés sont nés l'an dernier, un chiffre en baisse qui, selon le Dr Gueye, pourrait détourner les grands fabricants de substituts du lait maternel du marché mauricien au profit de plus petits acteurs. Une évolution qu'il présente comme ambivalente : elle réduit la pression commerciale des multinationales, mais complique potentiellement le contrôle réglementaire si l'offre se fragmente entre des fournisseurs plus petits et plus difficiles à encadrer.
Pour combler l'écart entre les 20 % actuels et l'objectif de 50 %, le ministère mise sur un système de suivi mis en place depuis l'an dernier, qui permet aux mères d'être accompagnées par une référente et de se rendre à l'hôpital pour un soutien renforcé. Maurice s'appuie sur son Plan d'action national sur l'allaitement 2022-2027 pour structurer ses efforts, incluant l'initiative Hôpital Ami des Bébés. «L'allaitement est bien plus qu'un choix alimentaire. C'est l'une des interventions de santé publique les plus efficaces et les plus rentables dont nous disposons», a souligné la junior minister Anishta Babooram, rappelant les recommandations de l'OMS et de l'Unicef : mise au sein dans l'heure suivant la naissance, allaitement exclusif durant les six premiers mois, puis poursuite jusqu'à deux ans et au-delà, en complément d'une alimentation adaptée. Selon l'OMS, un allaitement optimal à l'échelle mondiale pourrait sauver plus de 820 000 vies.
Le principal frein à l'allaitement maternel exclusif, selon la Dr Gunness, reste la reprise du travail. Beaucoup de mères arrêtent d'allaiter par anticipation, par crainte que le bébé ne puisse pas être nourri en leur absence, un réflexe qu'elle décrit comme «une culture très présente à Maurice». S'y ajoute une pression familiale tenace, notamment de la part de grands-parents convaincus que le lait maternisé serait «meilleur», un mythe qu'elle réfute directement, tout comme celui, répandu, selon lequel une mère «n'a pas assez de lait», alors que le mécanisme est en réalité inverse : allaiter moins au sein réduit la production.
À ces freins culturels s'ajoutent des obstacles plus structurels. Les pédiatres déplorent le manque de structures adaptées, d'espaces breastfeeding friendly dans les lieux publics, ainsi qu'un manque de flexibilité sur les lieux de travail pour les mères qui allaitent. La pression commerciale joue également un rôle : la forte présence et la publicité du lait de substitution en poudre continuent d'influencer le choix des mères, ce qui explique en partie pourquoi le ministère et l'OMS font de l'encadrement du marketing des substituts une priorité de cette Semaine mondiale de l'allaitement.