Ile Maurice: Fayzal Ally Beegun dénonce des interpellations «sans dignité»

Les conditions dans lesquelles sont interpellés des travailleurs étrangers en situation irrégulière refont surface. Le syndicaliste Fayzal Ally Beegun monte de nouveau au créneau après qu'un groupe d'ouvriers du secteur de la construction a été conduit au centre de rétention du Chaland, où sont placés les ressortissants étrangers en attente de leur rapatriement.

Cette affaire intervient dans un contexte où Maurice continue de faire appel à une main-d'oeuvre étrangère pour répondre aux besoins grandissants de plusieurs secteurs économiques, notamment la construction, l'industrie manufacturière et l'hôtellerie. Pour le syndicaliste, cette dépendance rend d'autant plus nécessaire un traitement respectueux des travailleurs concernés, même lorsqu'ils se retrouvent en situation irrégulière.

La polémique est alimentée par une vidéo circulant sur les réseaux sociaux. On y voit plusieurs travailleurs, en grande majorité originaires du Népal, installés dans un autobus après avoir été récupérés à leur lieu de résidence. Selon les informations relayées, il leur a été annoncé qu'ils seront rapatriés, leurs permis de travail étant arrivés à expiration.

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Pour Fayzal Ally Beegun, cette situation soulève plusieurs interrogations. Il estime que l'ampleur du nombre de travailleurs considérés comme illégaux a également des répercussions sur le secteur du recrutement. «Si 7 000 travailleurs sont illégaux, c'est un manque à gagner pour les agents recruteurs qui les ont fait venir à Maurice. Il faut donc que ces travailleurs quittent le pays pour que d'autres puissent prendre leur place. Certes, on ne tolère pas les travailleurs illégaux à Maurice, mais il y a une méthode pour agir», affirme-t-il.

Établir les responsabilités

Le syndicaliste insiste sur le fait que le respect de la loi ne doit pas se faire au détriment de la dignité humaine. Selon lui, chaque situation devrait être examinée avant toute arrestation. «Il faudrait une enquête avant de les arrêter. Je me demande si les policiers ont reçu une formation spécifique pour procéder à l'interpellation de travailleurs étrangers en situation irrégulière.»

Il rappelle également que tous les travailleurs ne sont pas responsables de leur situation administrative. Dans certains cas, les retards dans le renouvellement des permis de travail échapperaient à leur contrôle. «Qui est responsable ? L'entreprise qui tarde à effectuer les démarches ou le ministère qui met du temps à traiter les dossiers ? Dans le cas des travailleurs aperçus dans cette vidéo, ils attendaient tous le renouvellement de leur permis de travail. Ils étaient heureux de pouvoir poursuivre leur expérience à Maurice, car ils ne souhaitent pas retourner vers la précarité ou le chômage dans leur pays d'origine», explique Fayzal Ally Beegun.

Au-delà des arrestations, le syndicaliste appelle également les autorités à revoir les conditions d'hébergement des travailleurs placés au Chaland avant leur rapatriement. Il estime que l'image du pays est en jeu. «Il ne faut pas oublier que Washington nous surveille. Si des sanctions venaient à être prises contre Maurice, ce sont les Mauriciens qui en subiraient les conséquences», prévient-il, en rappelant qu'en novembre 2025, des produits d'une usine mauricienne avaient été interdits d'entrée sur le marché américain.

À ses yeux, les images diffusées sur internet risquent également d'écorner la réputation du pays. «On ne peut pas humilier ces travailleurs de cette manière. S'ils doivent être arrêtés, cela doit se faire avec dignité», insiste Fayzal Ally Beegun Enfin, il se dit préoccupé par une autre pratique qu'il juge inquiétante : les primes offertes par certaines personnes pour retrouver des travailleurs étrangers portés disparus ou ayant quitté leur employeur. «Je demande au ministre du Travail d'examiner cette situation afin d'y mettre un terme. La vie des travailleurs étrangers est mise en danger par ce genre de pratique.»

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