Congo-Brazzaville: GFAC 2026 - Des produits locaux dans les stands, des surgelés dans les assiettes

À quelques mètres des pavillons où les producteurs congolais exposent fièrement leurs récoltes à la Grande foire agricole du Congo (GFAC), un paradoxe interpelle : une grande partie des restaurants présents sur le site proposent des menus essentiellement composés de produits surgelés ou importés.

Ailes et cuisses de poulet congelées, poissons surgelés ou autres produits venus d'ailleurs figurent parmi les plats les plus servis. Une réalité qui contraste avec l'abondance des produits frais exposés dans les différents pavillons : légumes, tubercules, fruits, poissons d'eau douce, volailles locales et produits transformés par les agriculteurs et les éleveurs congolais. Cette situation soulève une question de cohérence. Une foire agricole n'a-t-elle pas vocation à promouvoir, jusque dans les assiettes, les productions nationales qu'elle met en avant dans les stands?

Pour de nombreux visiteurs, l'expérience gastronomique devrait être le prolongement naturel de la visite des pavillons, offrant l'occasion de découvrir les saveurs locales à travers des menus conçus à partir des produits du terroir. Au-delà de l'aspect commercial, la restauration constitue un puissant levier de valorisation de l'agriculture. En privilégiant les produits locaux, les restaurants créeraient un débouché supplémentaire pour les producteurs, renforceraient les circuits courts et démontreraient qu'il est possible de transformer les récoltes congolaises en une offre culinaire attractive.

À l'inverse, le recours massif aux produits surgelés laisse planer une impression de déconnexion entre le discours porté par la foire et certaines pratiques observées sur le terrain. Le visiteur est invité à acheter congolais dans les stands, mais retrouve dans son assiette des produits qui auraient pu être servis dans n'importe quel autre événement.

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Les restaurateurs auront sans doute leurs arguments : disponibilité des produits, régularité de l'approvisionnement, coûts, contraintes de conservation ou capacité à servir un grand nombre de clients. Ces éléments méritent d'être entendus. Ils n'enlèvent cependant rien à la question centrale : la restauration d'une foire agricole ne devrait-elle pas être pensée comme une vitrine de la gastronomie locale autant que de la production nationale ?

La GFAC ambitionne de promouvoir la souveraineté alimentaire et de valoriser le potentiel agricole du Congo. Cette ambition pourrait aussi s'exprimer dans les menus proposés aux visiteurs. Pourquoi ne pas encourager voire exiger que chaque restaurant consacre une part significative de sa carte à des plats élaborés à partir de produits congolais ? Une telle orientation ferait de la restauration un maillon à part entière de la chaîne de valeur agricole.

La question est ouverte. Au-delà des stands d'exposition, c'est aussi dans les assiettes que se mesure la place réellement accordée au « Made in Congo ».

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