En Libye, ce ne sont plus uniquement les migrants interceptés en mer et détenus dans des centres de rétention qui sont contraints de payer des rançons aux gardiens et aux agents de sécurité pour retrouver leur liberté. Selon des défenseurs des droits humains, dans ce pays, classé quatrième pays le plus corrompu au monde en 2025 selon Transparency International, des employés du ministère de l'Intérieur rackettent désormais des migrants en activité, alors qu'ils se rendent simplement sur leur lieu de travail.
En Libye, le racket est devenu une pratique généralisée au sein des services de sécurité à Tripoli, au vu et au su des responsables. Depuis un an, des migrants travailleurs sont soumis à des taxes pouvant atteindre près de 500 dinars libyens, soit environ 70 euros, une somme considérable pour beaucoup d'entre eux. Toutes les raisons sont utilisées pour les arrêter : un permis de séjour expiré, une carte de sécurité sociale non renouvelée.
Pour Tarik Lamloum, chercheur spécialisé dans les migrations et directeur du Centre de Benghazi pour les migrants, il ne s'agit pas de vérifier le statut des résidents ou d'appliquer la loi, mais bien de « cibler tout étranger dans le but de lui extorquer de l'argent ».
Entre 60 et 150 personnes arrêtées chaque jour
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Selon les témoignages recueillis, entre 60 et 150 personnes seraient ainsi arrêtées chaque jour. Un système devenu bien rodé, qui existe depuis plus d'un an. « Bien entendu, des responsables au ministère de l'Intérieur justifient cela en affirmant que les salaires des agents de sécurité ne sont pas payés régulièrement », explique Tarik Lamloum.
Autre argument avancé par ces responsables : le ministère de l'Intérieur serait très peu subventionné par le gouvernement, alors qu'il doit organiser le séjour de ces migrants ou leur renvoi vers leurs pays d'origine.
Alors que le gouvernement de Tripoli serait parfaitement au courant de ces pratiques, ces agents de sécurité continuent pourtant d'agir aux barrages, en plein jour et en toute impunité. Parfois, l'argent est soutiré à des personnes qui ne travaillent même pas, « mais qui sont simplement à la recherche d'un emploi », regrette le chercheur.