Tunis — Les grandes bandes originales du cinéma mondial ont résonné jeudi soir dans l'amphithéâtre romain d'El Jem, près de Mahdia, lors d'un concert symphonique de l'Orchestra Instabile di Arezzo (OIDA) marquant les célébrations du 70e anniversaire des relations diplomatiques entre la Tunisie et l'Italie.
Organisé dans le cadre de la Semaine de la musique italienne, ce spectacle de la formation OIDA sera suivi samedi d'un second volet dédié aux chants napolitains.
Inscrit au programme de la 39e édition du Festival international de musique symphonique d'El Jem, ce premier spectacle intitulé « Cinecittà/ Hollywood » émane d'un échange transfrontalier soutenu par le programme de mobilité italien BoardingPass Plus, associant également l'Orchestra da Camera Fiorentina.
Pour les centaines de mélomanes venus de plusieurs régions du pays, dont de nombreux spectateurs ayant fait le trajet depuis Tunis et la ville côtière de Mahdia, l'expérience a débuté dès l'esplanade de l'amphithéâtre romain classé au patrimoine mondial de l'Unesco, baigné pour l'occasion d'un éclairage doré métamorphosant les arcades antiques en une immense scénographie théâtrale.
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Dans les coulisses, à quelques minutes du coup d'envoi, la concentration des musiciens laissait place à la complicité. Interrogé par l'Agence TAP, le baryton Gianni Bruschi a souligné la dimension technique et symbolique du lieu : « Être ici, au théâtre d'El Jem, c'est comme être au Colisée ou aux Arènes de Vérone. C'est un lieu qui rappelle une fraternité culturelle à l'échelle de la Méditerranée ».
Sous les projecteurs de la scène, la formation symphonique a livré une partition exigeante sous la direction du Maestro Filippo Zambelli. « Ce théâtre a une acoustique merveilleuse, et sa scénographie l'est plus encore ; elle transmet la beauté et donc inspire la musique », a confié le chef d'orchestre à la TAP, saluant la symbiose entre le son et l'architecture romaine.
Le programme a débuté par un hommage à Ennio Morricone à travers le tableau « Moment for Morricone », revisitant les bandes originales de « Il était une fois dans l'Ouest » (Once Upon a Time in the West) et « Le bon, la brute et le Truand » (The Good, the Bad and the Ugly), avant de déployer le lyrisme de Deborah's Theme (Il était une fois en Amérique /Once Upon a Time in America) et de « Il était une fois la révolution » (Giù la testa).
Les thèmes poignants du film de l'an 2000 « Malèna », drame historique avec Monica Bellucci également composé par le maestro Morricone, ont complété ce premier volet nostalgique avant de céder la place à la section dédiée au cinéma italien, portée par les partitions de La vita è bella de Nicola Piovani ainsi que les emblématiques Ballabili et la Sinfonia per un addio composés par Nino Rota pour Le Guépard (Il Gattopardo).
La seconde partie de la soirée a plongé l'arène dans l'univers des classiques d'Hollywood, égrenant les thèmes de « ils n'ont que vingt ans » (A Summer Place) de Max Steiner, la puissance cuivrée de « Sept mercenaires » (The Magnificent Seven) d'Elmer Bernstein et l'onirique suite de Forrest Gump d'Alan Silvestri.
Le point d'orgue dramatique et émotionnel de cette fresque a été atteint lors de la séquence dédiée au film Le Parrain de Francis Ford Coppola. Accompagné par les cordes de l'orchestre OIDA, le chant de Gianni Bruschi dans la version italienne originale de la mythique pièce Parla più piano de Nino Rota a suspendu le temps dans l'arène par sa justesse et sa profondeur lyrique.
Pour leur part, les voix du ténor Carlo Putelli et de la mezzo-soprano Loredana Carannante complétaient ce tableau salué par une ovation debout des gradins.
L'apothéose du spectacle s'est déployée lors d'un volet thématique mêlant chansons et comédies musicales, mise en valeur par la suite Henry Mancini in Concert. Le soliste italien y a de nouveau marqué les esprits avec une interprétation en anglais magistrale et merveilleuse du classique international « My Way », côtoyant d'autres performances vocales d'envergure telles que Maria (West Side Story de Leonard Bernstein), I Don't Care Much (de la comédie musicale Cabaret) et The Shadow of Your Smile (The Sandpiper), juste avant la clôture purement instrumentale de la soirée.
« Le plus beau, c'est que le public ait envie de revoir un film ou de réécouter sa musique en sortant du concert », a glissé Gianni Bruschi, à la TAP, résumant l'ambition de cette fresque cinématographique.
Sous les ovations d'un public, au moment des derniers saluts, le chanteur italien a invité les spectateurs à retrouver l'ensemble des artistes, samedi 8 août à 22h00, pour le spectacle « Naples dans la méditerranée : les plus belles chansons de Naples », promettant une nouvelle nuit d'immersion dans le patrimoine musical napolitain au coeur de la cité antique de Thysdrus.