Le FFKM se fait attendre au sujet de la concertation nationale, alors que la deuxième semaine d'août approche. De son côté, le colonel Michaël Randrianirina, chef de l'État, enchaîne les consultations en vue d'un dialogue politique.
Le temps presse. Le rendez-vous était pourtant clairement indiqué dans le calendrier publié par le Conseil oecuménique des Églises chrétiennes de Madagascar (FFKM), le 21 juin. Le mois d'août devait marquer le coup d'envoi de la concertation nationale, des fokontany jusqu'au niveau central. Jusqu'ici, toutefois, ni les thématiques à débattre, ni les modalités d'organisation, encore moins les échéances précises ne sont connues.
Durant une réunion entre l'Exécutif et le FFKM, début juin, au palais d'État d'Ambohitsorohitra, la préparation et la conduite de la concertation nationale avaient été confiées à l'institution ecclésiale. Il avait également été indiqué que, dorénavant, il reviendrait à l'Église de communiquer sur les avancées du processus. Depuis le 21 juin, le FFKM semble observer un silence radio sur le sujet.
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À mesure que les jours passent, cette absence de communication interroge sur la possibilité de respecter le délai de vingt-quatre mois prévu dans le chronogramme de la Refondation. Dans le document remis à la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC), le 28 février, l'État ambitionne de boucler la transition par un référendum ou une élection constitutionnelle, puis par l'élection présidentielle avant la fin de 2027. La concertation nationale constitue néanmoins le préalable à tous les autres processus inhérents à la Refondation.
Dans les faits, seules des initiatives périphériques ont été visibles jusqu'ici. Les pré-concertations et les assises sectorielles, notamment la récente concertation des jeunes, ont bien eu lieu. Cependant, elles peinent à dissiper les incertitudes entourant la concertation nationale elle-même. Ce processus est censé structurer et acter les grandes orientations politiques et institutionnelles de la Refondation. Des décisions qui seront soumises au verdict des urnes par le biais d'un référendum ou d'une élection constitutionnelle.
Pendant ce temps, les débats se déplacent ailleurs. Sur les réseaux sociaux, certaines questions majeures, qui devraient être tranchées dans le cadre apaisé et structuré de la concertation nationale, alimentent déjà de vives polémiques. Le choix entre un État fédéral et un État unitaire en est l'illustration la plus criante. Faute de cadre officiel, ces discussions s'emballent, échappant à tout encadrement méthodologique et risquant d'exacerber les clivages.
Retard
En parallèle, le colonel Michaël Randrianirina, chef de l'État, enchaîne les rencontres avec des figures politiques. Selon ses déclarations lors de la clôture de la concertation des jeunes, samedi dernier, ces entretiens s'inscrivent dans la perspective de l'organisation d'un dialogue politique destiné à instaurer un climat apaisé en vue des échéances électorales de fin de transition.
Cette dynamique, distincte de la concertation nationale confiée au FFKM, soulève toutefois des interrogations sur une possible superposition, voire une concurrence entre les deux processus. Derrière l'objectif affiché d'apaisement, les enjeux du dialogue politique sont délicats. Il pourrait devenir le lieu où se négocient des questions sensibles, telles que la candidature du chef de l'État à la prochaine présidentielle, le cas de figures politiques majeures comme Andry Rajoelina, ancien président de la République, ainsi que le sort de personnalités politiques en détention.
Dans les coulisses, certains évoquent même la possibilité d'un gouvernement de consensus comme issue à ces discussions. L'avenir de l'Assemblée nationale pourrait également être remis en jeu. Cette hypothèse n'est pas anodine. La dissolution de l'Assemblée figure, en effet, parmi les principales recommandations issues de la concertation des jeunes. Un point qui a fait l'unanimité.
Si cette option devait être retenue dans le cadre du dialogue politique, elle pourrait profondément reconfigurer le paysage institutionnel avant les élections. Le locataire d'Iavoloha a aussi indiqué que son initiative d'engager un dialogue politique répondait aux recommandations internationales. La communauté internationale, en particulier la SADC et les Nations unies, suit justement de près l'exécution du chronogramme de la Refondation.
La récente mission conjointe de ces deux instances témoigne de cette vigilance internationale. Or, chaque retard accumulé fragilise un peu plus la soutenabilité de ce calendrier. En visite à Madagascar au cours de la semaine, Moussa Saleh Batraki, secrétaire général de l'Organisation des États d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (OEACP), a manifesté un vif intérêt pour le processus de Refondation au cours de ses différentes rencontres, notamment avec le chef de l'État et le FFKM.
À l'issue de sa rencontre avec le colonel Randrianirina, le 5 août, le secrétaire général de l'OEACP a évoqué un retard dans le calendrier établi. « Il y a un calendrier qui a été mis en place. On a abordé la question du retard sur le calendrier actuel », a-t-il déclaré. À quelques jours du sommet de la SADC, prévu le 17 août en Afrique du Sud, le dossier malgache pourrait s'inviter à l'ordre du jour. Et avec lui, la question du respect des engagements pris par les autorités de la Refondation.