Angola: Des experts réclament une protection juridique pour les chauves-souris

Lubango — Des experts angolais et brésiliens plaident pour la création d'un cadre juridique spécifique afin de protéger les chauves-souris et leur habitat, à cause de l'essor de l'exploitation minière, du tourisme non réglementé et de l'expansion urbaine qui menacent la survie de l'espèce en Angola.

Cet appel a été lancé jeudi à Lubango (Huíla), lors de la table ronde de l'atelier « Chauves-souris, conservation de l'environnement et évaluation d'impact », une initiative de la compagnie minière Tosyali, dans le cadre de sa responsabilité sociale, réunissant des chercheurs et des consultants en environnement pour discuter du rôle de l'espèce dans la préservation de la biodiversité.

À son tour, le directeur exécutif de la Fondation Kissama, Vladimir Russo, a déclaré que l'Angola ne dispose toujours pas d'instruments juridiques spécifiques pour la protection des chauves-souris, ce qui conduit à ce que les études d'impact environnemental reposent essentiellement sur les meilleures pratiques internationales.

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Selon cet environnementaliste, les chauves-souris devraient être systématiquement intégrées aux études d'impact environnemental, car elles constituent d'importants bio-indicateurs de la qualité des écosystèmes et permettent d'évaluer les effets des activités humaines sur la faune.

Il a expliqué que la Fondation Kissama suit les études d'impact environnemental du projet minier de Cassinga depuis 2009, et que des études spécifiques ont été menées pour identifier les espèces sensibles et définir des mesures d'atténuation.

Vladimir Russo a averti que l'expansion de l'exploitation minière, notamment des minéraux stratégiques, pourrait rapprocher les opérations des grottes et des affleurements rocheux utilisés par les chauves-souris comme abris et sites de reproduction.

Il a donc plaidé pour un renforcement de la recherche scientifique afin d'appuyer les autorisations environnementales et de fournir des données permettant de mettre à jour le statut de conservation des espèces présentes dans le pays.

De son côté, la biologiste Fernanda Lages a souligné que l'escarpement de Huíla, le plateau de Humpata et la Serra da Leba concentrent des écosystèmes d'une grande valeur écologique, abritant de nombreuses grottes habitées par des chauves-souris.

La chercheuse a expliqué que ces zones sont reconnues pour leur grande biodiversité et le nombre d'espèces endémiques qu'elles abritent, constituant un patrimoine naturel qui requiert une protection accrue.

Selon Fernanda Lages, le tourisme non contrôlé, le vandalisme des grottes, la destruction des stalactites et des stalagmites, ainsi que l'expansion des carrières dégradent les habitats essentiels des chauves-souris et d'autres espèces.

Elle a ajouté que la disparition de ces refuges affecte également les oiseaux, les petits mammifères et les plantes à répartition restreinte, compromettant ainsi l'équilibre écologique de la région.

La biologiste a jugé préoccupant le manque de mécanismes efficaces pour réguler l'accès aux grottes et encadrer les interventions dans les écosystèmes sensibles.

Présent lors des discussions, le chercheur et professeur brésilien de l'Université fédérale de Lavras, Enrico Bernar, a souligné la nécessité pour l'Angola de renforcer sa législation environnementale afin de garantir la protection des chauves-souris dans les zones minières.

D'après l'expert, la relation de ces animaux avec les grottes, souvent situées dans des zones d'intérêt minier, exige des études scientifiques préalables à la mise en oeuvre de projets, afin d'identifier les espèces présentes et de réduire les impacts potentiels.

Il a cité l'exemple de pays comme le Brésil et l'Australie, où la législation établit des mesures de conservation spécifiques, notamment des restrictions sur les interventions dans les grottes abritant des espèces de chauves-souris menacées.

Pour le chercheur, la création de mécanismes juridiques adéquats permet de concilier le développement minier et la préservation de la biodiversité, garantissant ainsi une utilisation durable des ressources naturelles.

Les experts ont également plaidé pour une meilleure coordination entre les universités, les centres de recherche, les organisations environnementales, les entreprises minières et les institutions publiques afin d'approfondir les connaissances scientifiques sur les chauves-souris.

Les chercheurs ont convenu que la Liste rouge des espèces d'Angola, publiée en 2018, nécessite une mise à jour et ne comprend pas encore d'évaluations spécifiques de l'état de conservation des chauves-souris, faute de données suffisantes.

Ils ont également conclu que l'adoption d'une législation spécifique, associée au renforcement de la recherche scientifique, de la surveillance environnementale et de l'éducation à la conservation, permettra de concilier développement économique et protection des chauves-souris et de la biodiversité angolaise.

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