Tunisie: Femmes et pouvoir - Le patriarcat, dernier obstacle

8 Août 2026

Un chiffre suffit parfois à résumer un malaise. En Tunisie, les femmes représentent plus de 60% des diplômés de l'enseignement supérieur, mais à peine 26% de la population active, contre plus de 65% chez les hommes.

Moins de 15% des entreprises portent une signature féminine. Voilà, en substance, le véritable sujet du colloque organisé cette semaine par le Credif, en prélude à la Fête nationale de la femme, célébrée le 13 août prochain. En clair, il ne s'agit pas d'une absence de droits, mais d'un écart persistant entre ce que la loi garantit et ce que la société permet réellement.

La ministre de la Famille, de la Femme, de l'Enfance et des Seniors, Asma Jebri, a choisi des mots qui résument l'ampleur du défi : «violence symbolique» et «barrière invisible». Deux expressions qui traduisent ce que les statistiques ne font que révéler. Cette barrière se retrouve à l'écran, où plus de 70% des représentations féminines dans l'audiovisuel restent cantonnées à la sphère domestique, sur les plateaux de débat, où les femmes ne représentent que 20% des experts invités, mais aussi dans l'intimité des foyers, où plus d'une Tunisienne sur deux, selon une enquête nationale du Credif, affirme avoir subi une forme de violence.

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La Tunisie n'a pourtant pas manqué d'initiatives législatives. Pionnière dans la région en matière de droits des femmes, elle s'est dotée, avec la loi organique n° 2017-58, de l'un des dispositifs juridiques les plus avancés du monde arabe pour lutter contre les violences faites aux femmes. Mais une loi ne suffit pas à faire évoluer les mentalités. Le principal obstacle n'est plus aujourd'hui d'ordre juridique. Il réside dans cette conviction diffuse, rarement exprimée mais toujours présente, selon laquelle une femme exerçant des responsabilités viendrait remettre en cause un ordre social encore largement marqué par des réflexes patriarcaux.

Face à ce constat, le ministère mise sur une série de mesures, notamment l'élaboration d'une stratégie intégrée, une mobilisation accrue des médias et une approche davantage fondée sur les données et les études scientifiques. Mais l'enjeu dépasse les seuls dispositifs institutionnels. Il appelle à un changement profond des représentations et des pratiques sociales. La réussite de ces initiatives dépendra donc autant de la volonté politique que de la capacité collective à agir durablement sur les normes culturelles qui continuent de freiner l'accès des femmes aux espaces de décision.

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