Afrique: Démocratie - Un auteur plaide pour des modèles ancrés dans les réalités sociales

Dakar — Le journaliste Ousmane Ndiaye a présenté, vendredi à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), son ouvrage "L'Afrique contre la démocratie : mythes, déni et péril", paru en juin 2025 aux éditions Riveneuve, dans lequel il plaide pour une construction de la démocratie en Afrique davantage fondée sur "les réalités sociales, les pratiques citoyennes et les contre-pouvoirs que sur la reproduction de modèles institutionnels importés".

"L'un des principaux écueils des expériences démocratiques africaines réside dans la volonté de construire la démocratie par le haut, à travers les constitutions, les lois et les institutions, alors que celle-ci doit d'abord s'enraciner dans les pratiques sociales et les rapports de force qui permettent de contrôler l'exercice du pouvoir", a analysé Ousmane Ndiaye.

"Il faut partir des pratiques démocratiques et non plus de la théorie démocratique", a-t-il soutenu, estimant qu'il n'existe pas de modèle démocratique universel qu'il suffirait de transposer dans les sociétés africaines.

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Ousmane Ndiaye considère ainsi que l'élection, souvent présentée comme le principal indicateur démocratique, n'est qu'un outil. "L'élection est une forme, c'est un outil qui traduit, qui mesure la démocratie", a-t-il expliqué, rappelant que la qualité d'une élection dépend également des conditions politiques et institutionnelles dans lesquelles elle se déroule.

Pour lui, une démocratie solide suppose surtout l'existence de contre-pouvoirs capables de contraindre les gouvernants, notamment à travers une justice indépendante, des médias libres et une société civile active.

Il a, dans cette perspective, relativisé l'efficacité des dispositions constitutionnelles destinées à limiter l'exercice du pouvoir, estimant qu'un texte ne peut produire à lui seul un comportement démocratique.

"La démocratie ne marche pas par principe moral. Elle marche par tension, par contradiction", a-t-il affirmé, présentant le système démocratique comme un mécanisme d'équilibre entre différents pouvoirs et intérêts.

"Une démocratie à penser à partir des réalités africaines"

Ousmane Ndiaye a également remis en question l'idée selon laquelle la démocratie serait essentiellement une invention occidentale, estimant que cette représentation contribue à faire croire que les valeurs démocratiques seraient étrangères aux sociétés africaines.

Il appelle à mieux étudier les expériences politiques de l'Afrique précoloniale et les formes de gouvernance qui existaient avant la colonisation.

Selon lui, la colonisation a contribué à invisibiliser une partie de cette histoire en imposant un système politique fondé sur la négation de la citoyenneté et en marginalisant des formes antérieures d'organisation sociale et politique.

"Nous n'avons pas défait l'État antidémocratique dont nous avons hérité de la période coloniale", a-t-il soutenu, estimant que certaines pratiques institutionnelles contemporaines demeurent marquées par cette continuité.

L'auteur met également en garde contre une forme "d'occidentalocentrisme à rebours" dans certains discours panafricanistes et souverainistes. Selon lui, certains discours consacrent tellement de place à la critique de l'Occident qu'ils finissent paradoxalement par continuer à placer celui-ci au centre de l'analyse de l'Afrique.

Il invite ainsi à "partir de l'Afrique pour essayer de comprendre l'Afrique", plutôt que de partir systématiquement du rapport avec l'Occident.

"Ne pas opposer démocratie et développement"

L'auteur refuse par ailleurs d'opposer démocratie et développement. Pour lui, la démocratie ne garantit pas automatiquement la prospérité et ne constitue pas une solution miracle aux problèmes économiques et sociaux.

"La démocratie n'est pas une fin en soi. C'est un moyen", a-t-il insisté. Il estime toutefois que la démocratie doit être appréhendée dans une dimension plus large, incluant l'égalité d'accès aux ressources, à la santé, à l'éducation et à la culture.

Les inégalités économiques et sociales constituent, selon lui, des problèmes démocratiques au même titre que les questions électorales ou institutionnelles.

"Les régimes militaires ne constituent pas une alternative démocratique"

Ousmane Ndiaye a enfin récusé l'idée selon laquelle les militaires seraient nécessairement plus efficaces ou moins corrompus que les civils dans la gestion des États.

Selon lui, l'armée reste une composante de la société et reproduit, à certains égards, les mêmes pratiques, intérêts et rapports de pouvoir que le reste du corps social.

Pour l'auteur, la véritable question n'est donc pas de choisir entre pouvoir civil et pouvoir militaire, mais de construire des institutions capables de garantir le contrôle du pouvoir, la participation citoyenne et l'égalité des droits.

À travers "L'Afrique contre la démocratie : mythes, déni et péril", Ousmane Ndiaye entend ainsi déplacer le débat sur la démocratie africaine en proposant d'interroger les pratiques, les rapports sociaux, les héritages historiques et les mécanismes de contrôle qui permettent à une société de produire et de préserver la démocratie.

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