Maroc: Le tour d'horizon édifiant d'El Mehdi Mezouari sur le plateau de 'Le360'

Lors d'un entretien de El Mehdi Mezouari, membre du Bureau politique de l'USFP, avec Le360, plusieurs sujets au coeur de l'actualité nationale ont été passés en revue : de la crise migratoire et des tentatives de franchissement de la frontière de Sebta à la situation sociale, en passant par le bilan de l'action gouvernementale, l'état de la gauche marocaine et la transhumance électoraliste.

Concernant la récente crise migratoire, le membre du Bureau politique a fait savoir que l'USFP a défendu une position claire : refus de l'instrumentalisation politique des récents événements au préside occupé de Sebta, tout en appelant à s'attaquer aux causes profondes qui alimentent le malaise social, notamment le chômage, les inégalités, et le manque de perspectives pour une partie de la jeunesse marocaine.

Selon lui, l'USFP refuse que ceux-ci soient transformés en instrument de règlement de comptes entre formations politiques. En filigrane, il a pointé du doigt les couteaux tirés entre les composantes de la majorité gouvernementale, qu'il a qualifié d'inopportuns. Face à une conjoncture aussi complexe, il a plaidé pour une approche bien plus approfondie, seule à même d'apporter des réponses politiques et sociales à la hauteur des enjeux.

Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn

L'USFP a notamment considéré qu'il serait réducteur d'expliquer les récents événements uniquement par l'intervention d'acteurs extérieurs ou par une quelconque théorie du complot. Le communiqué du ministère de l'Intérieur peut apporter des éléments d'explication sur les circonstances immédiates, mais il ne peut pas répondre, à lui seul, aux questions de fond.

Les événements de Sebta, un révélateur du malaise social

Les images de milliers de jeunes Marocains tentant de rejoindre le préside occupé ont, selon le membre du Bureau politique, révélé une réalité plus profonde, celle d'une jeunesse en quête d'avenir.

Le phénomène migratoire ne saurait être considéré comme un événement exceptionnel. Chaque jour, des Marocains prennent des risques considérables à bord de ce que l'on appelle communément les «embarcations de la mort». Pour l'USFP, ces comportements traduisent avant tout une aspiration à une vie meilleure.

El Mehdi Mezouari a rappelé, à cet égard, le Nouveau modèle de développement, élaboré à la suite d'un débat national auquel avaient participé partis politiques et organisations de la société civile. Ce modèle plaçait notamment la dignité, l'emploi, les libertés et la participation citoyenne parmi les priorités du pays.

Or, a-t-il fait savoir, les récents événements posent une question fondamentale : dans quelle mesure les politiques publiques ont-elles réellement permis d'améliorer les conditions de vie et les perspectives offertes à la jeunesse marocaine ?

La question migratoire devient ainsi, selon cette lecture, le symptôme d'une crise plus large.

Pour l'USFP, la migration ne doit pas être abordée uniquement comme une problématique sécuritaire ou frontalière. Elle est avant tout le produit d'une situation économique et sociale.

«Il faut traiter les racines» du phénomène, a souligné le membre du Bureau politique, en mettant en avant plusieurs facteurs, en l'occurrence le chômage, la précarité, la recherche de dignité, les libertés publiques et la capacité des jeunes à exprimer leur potentiel dans leur propre pays.

La migration ne se limite d'ailleurs pas aux traversées clandestines. Le Maroc connaît également une autre forme de départ de ses compétences : médecins, ingénieurs, cadres et diplômés qui choisissent de poursuivre leur carrière à l'étranger. Une situation souvent décrite comme une « fuite des cerveaux ».

Le phénomène migratoire apparaît donc comme un problème multidimensionnel, qui ne peut être réglé uniquement par le renforcement du contrôle des frontières.

El Mehdi Mezouari a également rappelé que le Maroc est devenu, au fil des années, non seulement un pays de départ, mais aussi un pays d'accueil pour des migrants africains. Il a souligné les initiatives entreprises par le Royaume en matière d'intégration et de régularisation, notamment dans le cadre de la politique africaine impulsée par S.M le Roi Mohammed VI.

Une gauche en crise, mais toujours nécessaire

Interrogé sur la situation interne de l'USFP et sur les lectures fallacieuses qui tendent à réduire l'USFP à une force politiquement dépassée, le membre du Bureau politique a fermement récusé cette analyse qu'il juge erronée et réductrice.

Il a tenu à rappeler que l'USFP s'appuie toujours sur une base militante solide, forte d'environ 55.000 adhérentes et adhérents, et qu'il dispose de structures régulièrement renouvelées ainsi que d'une implantation significative dans divers secteurs de la société.

Pour El Mehdi Mezouari, l'enjeu ne réside pas tant dans la survie du parti mais plutôt dans sa capacité à mener un combat politique fidèle à ses convictions profondes. Il a tenu à souligner que l'USFP se distingue nettement des autres formations politiques, qui, selon lui, procèdent à la cooptation de candidats dans une logique opportuniste, dictée par les seuls calculs électoraux. A l'inverse, l'USFP présente des candidates et des candidats issus de ses propres structures, ayant construit leur parcours au sein de l'USFP.

Au-delà de l'USFP, le diagnostic porte également sur l'état de la gauche marocaine.

El Mehdi Mezouari a reconnu l'existence d'une crise structurelle de la gauche à l'échelle internationale. Celle-ci intervient dans un contexte marqué par la montée des extrêmes, l'affaiblissement des références idéologiques traditionnelles et une certaine distance entre les citoyens et les partis politiques.

Mais au Maroc, a-t-il affirmé, la difficulté tient également aux divisions et aux ambitions individuelles qui traversent les formations de gauche.

L'USFP a, selon lui, tenté à plusieurs reprises de favoriser un rapprochement autour d'un minimum commun. Ces tentatives se sont toutefois heurtées aux divergences entre dirigeants et aux difficultés à dépasser les héritages historiques.

Pour autant, il a considéré que le Maroc a besoin, à l'avenir, d'une gauche forte et structurée. La question n'est donc pas de savoir si la gauche est aujourd'hui en mesure de se rassembler immédiatement, mais plutôt de reconnaître que son existence demeure une nécessité dans le paysage politique national.

Un bilan gouvernemental largement en deçà des attentes

Sur le bilan du gouvernement, le jugement de l'USFP est sans ambiguïté. Pour El Mehdi Mezouari, il est temps de dépasser les chiffres, les indicateurs brandis dans les discours officiels et les effets de communication pour s'intéresser à une réalité beaucoup plus concrète, celle vécue quotidiennement par les citoyens.

Pouvoir d'achat, prix des produits de première nécessité, chômage et niveau de vie constituent, selon lui, les véritables indicateurs à l'aune desquels doit être évaluée l'action gouvernementale. Or, malgré les annonces de l'exécutif sur la maîtrise de l'inflation, les ménages marocains continuent de subir une forte pression sur leur budget. La hausse persistante des prix, notamment ceux de la viande et des carburants, reste, à ses yeux, l'une des manifestations les plus visibles de cette érosion du pouvoir d'achat.

L'USFP dénonce ainsi un bilan qui, selon lui, n'est pas à la hauteur des attentes exprimées par les électeurs lors des dernières élections. El Mehdi Mezouari a affirmé que plusieurs engagements inscrits dans le programme gouvernemental n'ont été réalisés que partiellement, évoquant un taux d'exécution qu'il juge particulièrement faible au regard de l'ampleur des promesses formulées au moment de la campagne électorale.

Mais au-delà du bilan économique et social, c'est le fonctionnement même de la majorité gouvernementale que le membre du Bureau politique a mis en cause. Il a déploré notamment une concurrence de plus en plus manifeste entre les différentes composantes de la majorité, chacune cherchant à mettre en avant ses propres réalisations et à prendre de l'avance sur ses partenaires à l'approche des échéances électorales prévues en septembre prochain.

Une situation qui, selon El Mehdi Mezouari, brouille la lisibilité de l'action gouvernementale et dilue la responsabilité politique. Le Maroc aurait, à ses yeux, besoin d'une majorité cohérente, solidaire et clairement identifiable devant les électeurs. Une majorité dont les responsabilités seraient assumées collectivement, afin que les citoyens puissent savoir clairement qui gouverne, mais surtout à qui demander des comptes dans les urnes.

La transhumance électoraliste, une menace pour la confiance

Autre sujet soulevé par El Mehdi Mezouari lors de cet entretien est le changement de parti de certains élus et responsables politiques, parfois sans réelle continuité idéologique. Pour lui, ce phénomène fragilise la crédibilité de la vie politique. L'électeur ne choisit pas seulement un candidat, mais aussi une orientation et un projet politique. Changer de parti à l'approche des élections revient ainsi, selon lui, à rompre avec la confiance accordée dans les urnes et à creuser davantage le fossé entre citoyens et institutions.

Au-delà de ces différentes problématiques, l'USFP pose une question centrale : comment restaurer la confiance dans la politique et les institutions ? Pour le parti de la Rose, la réponse ne peut pas se limiter à des mesures conjoncturelles. La crise migratoire, le chômage, l'érosion du pouvoir d'achat, la fuite des compétences, la défiance à l'égard des partis et la transhumance électoraliste constituent autant de manifestations d'un malaise social plus profond.

Le véritable enjeu serait, selon El Mehdi Mezouari, de reconstruire un lien politique fondé sur la confiance, la responsabilité et la cohérence des engagements.

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.