Afrique: Bamako - Alger - Câbles et cartes se reconnectent dans un ciel bien dégagé

analyse

L'éclairage du Premier ministre, le Général de division Abdoulaye Maïga, le 6 août à Bamako, a remis les mots à leur juste place : « entre le Mali et l'Algérie, il n'y a jamais eu, à proprement parler, de rupture des relations diplomatiques. »Il y eut une grave crise, le rappel des ambassadeurs, des échanges particulièrement durs et la fermeture réciproque des espaces aériens. Mais la relation, elle, n'a jamais été effacée.

Le ciel s'ouvre à nouveau sur l'axe Bamako- Alger. Cette précision n'est pas anodine. Elle permet de comprendre autrement le nouveau chapitre qui s'ouvre entre Bamako et Alger. Car l'histoire et la géographie ont parfois plus de mémoire que les hommes.

Le 10 juillet 2026, les deux pays ont simultanément annoncé le retour de leurs ambassadeurs et la réouverture de leurs espaces aériens. Alger a décidé le retour à Bamako de son ambassadeur, tandis que le Mali annonçait le retour de son représentant à Alger et la reprise des liaisons aériennes.

Le ciel s'est donc ouvert au moment même où le dialogue reprenait. Et ce n'est pas qu'une image. On peut fermer une ambassade, pas une frontière

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Entre le Mali et l'Algérie, il y a plus de 1 300 kilomètres de frontière. Mais cette frontière n'est pas seulement une ligne sur une carte. Elle traverse un même espace saharien, fréquenté depuis des siècles par les hommes, les caravanes, les commerçants et les cultures.

Elle sépare deux États, mais elle ne sépare pas complètement deux peuples.

L'histoire le rappelle. Le Mali indépendant avait soutenu la lutte de l'Algérie pour son indépendance. En 1963, Bamako avait joué un rôle important dans la médiation de la « guerre des Sables » entre l'Algérie et le Maroc. Au fil des décennies, les relations entre les deux pays ont également été nourries par des liens politiques, militaires, administratifs et humains.

Voilà pourquoi le mot « rupture » était sans doute trop lourd. On peut rappeler un ambassadeur. On peut fermer un espace aérien. On ne ferme pas 1 300 kilomètres de frontière. On n'efface pas une histoire. Et l'on ne change pas la géographie.

Le temps de la raison

La crise récente n'était pourtant pas imaginaire. Elle s'était cristallisée autour de plusieurs dossiers sensibles : la décision malienne de mettre fin à l'Accord issu du processus d'Alger de 2015, la question des groupes armés du Nord, les divergences sur la situation sécuritaire et l'affaire du drone malien abattu en 2025. Mais deux voisins peuvent être en désaccord sans devenir des ennemis. C'est précisément ce que semble traduire le nouveau langage de Bamako et d'Alger : souveraineté, intégrité territoriale, respect mutuel, non-ingérence et coopération.

Ces mots ne font pas disparaître les divergences. Ils permettent simplement de les gérer autrement.

Le Mali veut être maître de son destin. L'Algérie affirme son attachement à la souveraineté et à l'intégrité territoriale des États. Entre ces deux exigences, il existe un terrain de dialogue. Il faut désormais le cultiver.

Reconstruire la confiance

Le retour des ambassadeurs n'est pas encore le retour de la confiance. Il en est le commencement.

La diplomatie devra reprendre son travail patient : consultations politiques, contacts sécuritaires, échanges économiques, circulation des personnes et dialogue entre administrations.

Le Premier ministre Maïga a eu raison de rappeler que la diplomatie connaît les « joutes verbales », mais aussi les rencontres, la courtoisie et les retrouvailles. Car la diplomatie est d'abord une affaire d'hommes.

Les générations de responsables maliens et algériens ont souvent été liées par des parcours communs, des formations, des souvenirs et des relations personnelles. Ces passerelles peuvent aujourd'hui aider à reconstruire ce que la crise a fragilisé : la confiance.

L'enjeu dépasse cependant Bamako et Alger.

Dans un Sahel traversé par le terrorisme, les trafics et les rivalités d'influence, les fractures entre États profitent d'abord aux groupes armés.

Le JNIM et d'autres organisations continuent de disposer de capacités de nuisance. Ils savent exploiter les frontières, les zones grises et les incompréhensions entre États.

Une brouille durable entre le Mali et l'Algérie ne pouvait donc être qu'une bonne nouvelle pour ceux qui vivent de l'instabilité. Leur rapprochement peut produire l'effet inverse.

L'Algérie connaît les réalités du Sahara et dispose d'une longue expérience de la sécurité de ses frontières. Le Mali, lui, est au coeur de l'espace sahélien. Une meilleure circulation de l'information et une coopération sécuritaire maîtrisée peuvent contribuer à réduire les marges de manoeuvre des groupes armés et des réseaux criminels. Mais cette coopération ne doit être ni tutelle ni ingérence. La souveraineté ne signifie pas l'isolement. La coopération ne signifie pas la soumission.

Le ciel est ouvert. Il faut maintenant ouvrir les chemins. C'est désormais le véritable défi.

Le retour des avions doit favoriser le retour des hommes. Le retour des ambassadeurs doit permettre le retour de la parole. Et le retour de la parole doit progressivement ramener la confiance.

La frontière Mali-Algérie ne doit pas être uniquement perçue comme une zone de menace. Elle peut redevenir un espace de commerce, de mobilité, de coopération et de développement.

Le Mali a besoin d'une Algérie stable et coopérative. L'Algérie a intérêt à voir émerger un Mali souverain, stable et sécurisé. Aucun des deux pays ne peut construire seul l'avenir du Sahara.

Il faut donc se parler. Même lorsque les intérêts divergent.

Le geste du 10 juillet ne règle pas tout. Il ne garantit pas que les crises appartiennent définitivement au passé. Mais il marque un choix : celui de la raison contre l'escalade, du dialogue contre la rupture et du voisinage contre la méfiance.

Le ciel s'est rouvert entre Bamako et Alger. À présent, il faut que les chemins s'ouvrent à leur tour. Et que le Sahara, trop longtemps transformé en ligne de fracture, puisse redevenir ce qu'il fut aussi pendant des siècles : un trait d'union entre les peuples.

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