La polémique autour des frais d'inscription dans les cycles de master et de doctorat des universités publiques marocaines vient de franchir un nouveau palier. Alors que les organisations de défense des droits humains dénoncent une mesure qu'elles jugent susceptible de saper le principe d'égalité des chances et d'entraver l'accès aux études supérieures, les présidents d'universités publiques ont adopté une posture jugée complice, qui ne manquera pas d'attiser encore un peu plus la controverse.
Au coeur du débat : la prétendue réforme portée par la coalition tripartite, qui devrait entrer en vigueur à la rentrée universitaire 2026-2027. Celle-ci vise à imposer une grille tarifaire harmonisée aux fonctionnaires et salariés inscrits dans le dispositif des horaires aménagés. Les montants évoqués sont particulièrement élevés : jusqu'à 15.000 dirhams par an pour un master, et 20.000 dirhams par an pour un doctorat.
Naoufal Bouamri, président de l'Organisation marocaine des droits humains (OMDH), a vivement dénoncé une mesure qu'il juge attentatoire à l'égalité des chances. Selon lui, «l'université publique marocaine a pour vocation de produire du savoir et de la créativité, de consolider les sciences et la production académique, et non d'inventer de nouvelles formes d'exclusion ou de discrimination fondées sur la classe sociale ou le pouvoir d'achat. L'éducation n'a jamais été une marchandise et ne doit pas le devenir. C'est un droit constitutionnel et humain. Seul le mérite doit servir de critère de sélection, et non la situation sociale, la capacité financière ou le revenu ».
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Dans une publication sur Facebook consacrée à l'instauration de frais élevés pour l'accès à certaines filières de l'enseignement supérieur, Naoufal Bouamri a ajouté : «Il y a quelques jours, un débat a éclaté autour de l'imposition de droits d'inscription très élevés pour certains cursus de master et de doctorat, visant essentiellement les fonctionnaires et les salariés. Ce débat soulève des questions fondamentales et légitimes quant à la conformité de cette décision, annoncée par le ministre de l'Enseignement supérieur, avec les engagements constitutionnels et internationaux du Maroc».
Il a précisé que «cette orientation, consacrée par la Constitution marocaine, est en phase avec les dispositions de l'article 26 de la Déclaration universelle des droits de l'Homme et de l'article 13 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, qui affirment tous deux que l'éducation est un droit pour tous et que l'enseignement supérieur doit être accessible en fonction des compétences, et non de la capacité à payer ».
Il a également souligné que la mesure annoncée, contraire aux conventions internationales et à la Constitution, notamment son article 31, creuse les inégalités sociales et ne tient pas compte de la situation de la majorité des fonctionnaires et des salariés du secteur privé, dont les salaires sont grevés par les pressions de la vie quotidienne et les charges familiales. Elle constitue dès lors une décision discriminatoire, qui réserve l'accès à l'enseignement supérieur aux seules catégories aisées, une discrimination, inacceptable.
«Toute mesure susceptible de faire de la situation sociale ou de la capacité financière un obstacle à la poursuite des études universitaires pose un véritable problème d'égalité des chances et de justice sociale, d'autant que les frais proposés pourraient absorber l'essentiel du salaire de la majorité des fonctionnaires, qu'ils relèvent du secteur public ou privé», a-t-il martelé.
Par ailleurs, la Conférence des présidents d'université a adopté une position pour le moins controversée en cherchant à justifier les modalités d'inscription aux formations à horaire aménagé, tout en défendant le cadre juridique et financier dans lequel s'inscrivent ces cursus. Une prise de position qui, loin d'apaiser la polémique, s'apparente davantage à un soutien assumé à une décision gouvernementale déjà fortement contestée.
Dans un communiqué publié le 7 août 2026, les présidents des universités ont rappelé que les établissements universitaires sont des institutions publiques dotées de la personnalité morale ainsi que d'une autonomie pédagogique, scientifique et financière. Ils soulignent également que l'organisation des formations à horaire aménagé s'inscrit dans le cadre de la loi n° 59.24 relative à l'enseignement supérieur et à la recherche scientifique.
La Conférence a, par ailleurs, affirmé que ces formations répondent au principe de l'apprentissage tout au long de la vie et permettent notamment aux salariés et aux fonctionnaires de reprendre ou de poursuivre leurs études, tout en conciliant leur parcours universitaire avec leurs obligations professionnelles.
Mais c'est précisément cette argumentation qui alimente la controverse. Pour les opposants à l'instauration de frais universitaires, les responsables des établissements publics ne devraient pas se contenter d'accompagner, sur le plan institutionnel, une décision administrative et financière controversée. Ils devraient, au contraire, faire de l'accessibilité de l'université publique et de la défense des intérêts des étudiants une priorité.
En choisissant de défendre le dispositif plutôt que de relayer les inquiétudes croissantes exprimées par les étudiants et les acteurs de la société civile, les présidents d'université prennent le risque de se retrouver en première ligne d'une contestation qui dépasse largement la seule question comptable. Leur position interroge ainsi le rôle même de l'université publique : au lieu de constituer un rempart institutionnel contre les inégalités d'accès au savoir, ne risquent-ils pas, en validant de fait cette logique tarifaire, de contribuer à la normalisation progressive d'une forme de marchandisation de l'enseignement supérieur ?