Afrique: Evelyn Badu, de Seikwa aux sommets du football africain

Certaines joueuses semblent avoir été destinées aux grands rendez-vous. Elles possèdent cette élégance naturelle, cette capacité à répondre présentes lorsque la lumière se fait plus forte. Comme si l'excellence leur avait été confiée dès l'enfance.

Evelyn Badu est de celles-là.

Née à Seikwa, petite ville du district de Tain, dans la région de Bono, au Ghana, l'attaquante s'est progressivement imposée parmi les figures montantes du football africain. Son histoire a commencé dans les rues de sa ville natale, ballon au pied, au milieu des garçons.

« Je suis née pour jouer au football. Quand j'étais petite, je jouais déjà avec les garçons et je prenais simplement du plaisir. Je l'ai ressenti dès le début », raconte-t-elle.

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De Seikwa à Hasaacas Ladies

À force de dominer les parties improvisées de Seikwa, Evelyn Badu a rapidement eu besoin d'un nouveau défi. Il est venu avec son départ pour Hasaacas Ladies, un tournant qu'elle considère aujourd'hui comme déterminant.

Dans cette nouvelle aventure, une femme va jouer un rôle majeur : Samira Suleman, ancienne capitaine du Ghana.

« Samira m'a accueillie chez elle et m'a prise sous son aile. Elle a changé ma vie. J'ai dû quitter ma ville natale pour rejoindre la ville [Sekondi-Takoradi] et apprendre davantage sur le football », se souvient Badu.

À seulement 16 ans, elle est convoquée avec les Black Princesses pour la Coupe du monde U20 en France. Elle ne dispute toutefois aucune minute. Une expérience frustrante, mais formatrice, qui va nourrir son ambition.

Badu poursuit son apprentissage et finit par s'installer durablement dans l'équipe première. En 2021, elle contribue au titre de championnes du Ghana remporté par Hasaacas Ladies, le premier du club depuis 2015. Un sacre qui ouvre les portes des qualifications de la Ligue des Champions Féminine de la CAF, dans la zone UFOA B.

Hasaacas Ladies remporte ensuite la compétition régionale et décroche son billet pour la toute première édition de la Ligue des Champions Féminine de la CAF, la même année. Badu y inscrit cinq buts et porte son équipe jusqu'en finale, avant de s'incliner face aux Sud-Africaines de Mamelodi Sundowns (0-2).

Une première expérience du très haut niveau africain qui va définitivement changer son statut.

Samira Suleman, qui avait représenté le Ghana à la CAN 2014, avait rapidement identifié le potentiel de la jeune joueuse.

« J'avais devant moi une jeune joueuse passionnée, avec toutes les qualités pour devenir une grande footballeuse. Elle était douée techniquement, tactiquement et physiquement. Mais je pensais qu'elle devait encore progresser sur le plan mental. Je savais qu'avec le bon accompagnement et le bon encadrement, elle pouvait aller très loin », explique-t-elle.

Aujourd'hui conseillère technique de Hasaacas Ladies et titulaire d'une licence UEFA A, Suleman mesure aussi l'importance du rôle joué par les femmes dans l'accompagnement des jeunes footballeuses.

« C'est extrêmement important. Les joueuses ont besoin de mentors qui comprennent leur parcours, leurs difficultés et leurs expériences. Avoir d'anciennes joueuses ou entraîneures à leurs côtés leur permet d'avoir des modèles auxquels elles peuvent s'identifier, auprès desquels elles peuvent apprendre et qu'elles peuvent admirer. Cela les aide aussi à se construire au-delà du terrain et à préparer leur avenir dans le football. »

De l'Afrique au monde

Les performances d'Evelyn Badu avec Hasaacas Ladies finissent par être récompensées. En 2022, à seulement 18 ans, elle reçoit les premiers trophées CAF de Jeune joueuse de l'année et de Joueuse de l'année en compétitions interclubs.

Une reconnaissance qui confirme une ascension construite à force de travail, de régularité et de discipline.

Elle franchit un nouveau cap lors de sa première CAN Féminine. Badu inscrit son premier but dans la compétition face à la Tanzanie, lors d'une victoire 4-1 qui offre au Ghana ses trois premiers points et sa qualification pour les quarts de finale.

Face à l'Algérie, après 120 minutes sans but, la décision se fait aux tirs au but. Badu assume ses responsabilités et transforme le quatrième penalty ghanéen, contribuant au succès des Black Queens (4-2) et à leur qualification pour les demi-finales.

Le Ghana terminera finalement troisième. Mais cette année, ses ambitions sont différentes.

« Il y a de la pression, mais c'est aussi une bonne chose. Nous avons remporté une médaille l'année dernière, mais nous savons que nous pouvons faire davantage. Nous voulons atteindre la finale. Et au-delà des demi-finales, nous voulons aussi nous qualifier pour la Coupe du monde. La dernière fois que le Ghana y a participé, je n'avais que quatre ans. Je me dis : non ! Aujourd'hui, nous avons l'occasion d'y retourner. Et nous pouvons le faire contre le Malawi », assure-t-elle.

Les leçons du passé

Pour Evelyn Badu, cette CAN 2026 est aussi une affaire d'apprentissage. Parce qu'un tournoi continental ne pardonne rien et que la force mentale peut parfois faire la différence entre une équipe qui avance et une autre qui s'arrête.

Le Ghana avait parfaitement lancé sa campagne avec une victoire 2-0 contre le Cap-Vert, avant de retomber brutalement sur terre face au Cameroun (0-1). Dominées dans tous les secteurs, les Black Queens ont dû se remettre en question avant d'obtenir leur qualification pour les quarts grâce à un nul contre le Mali (1-1).

« Contre le Cameroun, nous n'avons pas vraiment répondu présentes en première période. En revanche, nous sommes revenues beaucoup plus fortes après la pause. Nous devons retenir cela pour le match contre le Malawi. Il faudra commencer fort. Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre 45 minutes et d'aborder ensuite la seconde période en courant après le score. Nous devons entrer dans le match avec intensité, nous battre ensemble et jouer comme une équipe dès la première minute », prévient Badu.

Son entraîneur, Kim Lars Björkegren, connaît parfaitement la valeur de son attaquante. Il apprécie chez elle sa vitesse, son intelligence dans le jeu et cette capacité à se montrer au bon endroit lorsqu'une occasion se présente.

Une vraie finisseuse.

L'influence d'Emmanuel Agyemang-Badu

Dans l'entourage d'Evelyn Badu, un autre homme occupe une place particulière : Emmanuel Agyemang-Badu, ancien international ghanéen et figure du football africain.

À 35 ans, l'ancien milieu de terrain, qui a disputé cinq CAN, est également originaire de Seikwa. Et il est surtout son oncle.

« C'est mon oncle ! C'est une chance de l'avoir dans ma vie. Cela signifie aussi que j'ai une petite chance d'aller loin à mon tour. Il vient de Seikwa, moi aussi. S'il a réussi, alors je peux réussir. »

Leur relation dépasse largement le cadre familial. Avant chaque match, ils échangent. Après les rencontres aussi. Agyemang-Badu analyse ses performances, lui donne des conseils et l'aide à corriger ses erreurs.

« Il me dit : tu aurais dû faire ça, te placer ici, faire comme ça... Tu peux faire ceci. Même quand les choses ne se passent pas bien, il est là pour me guider et continuer à me soutenir. Je sais qu'il était heureux quand j'ai marqué contre le Mali », raconte-t-elle avec enthousiasme.

Pour Evelyn Badu, cette aventure est donc aussi celle d'un entourage qui l'accompagne depuis ses premiers pas.

Et difficile de trouver meilleur conseiller dans un domaine précis : les tirs au but. En 2009, Emmanuel Agyemang-Badu avait inscrit le penalty victorieux permettant au Ghana de devenir la première sélection africaine à remporter la Coupe du Monde U-20 de la FIFA.

Une histoire qui résonne forcément chez sa nièce.

Aujourd'hui, Evelyn Badu regarde devant elle. Le Ghana vise une place en demi-finales de la CAN Féminine 2026, mais surtout une qualification pour la Coupe du Monde 2027 au Brésil.

Pour elle comme pour toute une génération de Black Queens, l'enjeu dépasse une simple qualification. Il s'agit d'écrire une nouvelle page de l'histoire du football féminin ghanéen.

Et peut-être, pour Evelyn Badu, de poursuivre cette trajectoire qui l'a menée des rues de Seikwa aux plus grandes scènes du football africain.

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