Les Lionnes de l'Atlas poursuivent leur ascension en validant leur billet pour les demi-finales et la Coupe du monde 2027. Quelques heures plus tôt, l'Algérie s'était offert une qualification historique face à la Côte d'Ivoire. Deux succès qui illustrent l'émergence d'un football féminin nord-africain plus compétitif que jamais.
Le football féminin africain change de dimension, et cette Coupe d'Afrique des nations en apporte chaque jour une nouvelle démonstration. Longtemps dominée par un cercle restreint de nations, la compétition révèle désormais un continent où les écarts se réduisent, où les projets sportifs mûrissent et où plusieurs sélections revendiquent désormais les premiers rôles. Le Maroc, qui investit depuis plusieurs années dans le développement de la discipline, en récolte aujourd'hui les fruits. Mais les Lionnes ne sont plus seules à rugir.
Samedi, à Rabat, la sélection marocaine a franchi une nouvelle étape en écartant l'Afrique du Sud (2-1) pour rejoindre le dernier carré de la compétition et décrocher, dans le même temps, son billet pour la Coupe du monde 2027 au Brésil. Quelques heures auparavant, à Casablanca, l'Algérie avait signé la plus belle page de son histoire en atteignant, pour la première fois, les demi-finales d'une CAN féminine après avoir renversé la Côte d'Ivoire (2-1). Deux qualifications, deux trajectoires différentes, mais un même constat : le football féminin africain n'a jamais semblé aussi ouvert.
Les Lionnes tiennent leur revanche
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Cette affiche avait un parfum de revanche. Quatre ans après la finale perdue face aux Banyana Banyana sur la pelouse du complexe Moulay Abdellah, les Marocaines retrouvaient leur ancien bourreau avec une génération plus expérimentée, portée par l'ambition de confirmer son nouveau statut continental.
Dans un stade Moulay El Hassan tout acquis à leur cause, les joueuses de Jorge Vilda ont rapidement compris que rien ne leur serait offert. L'Afrique du Sud, fidèle à son identité de jeu, a opposé un bloc discipliné et une organisation défensive qui ont longtemps fermé les espaces.
Le déclic est finalement venu de Sakina Ouzraoui. A la demi-heure de jeu, l'attaquante marocaine a fait parler son sens du placement pour reprendre avec finesse un centre parfaitement dosé et surprendre la gardienne sud-africaine d'un ballon subtilement lobé.
Ce but a libéré les Lionnes sans pour autant désorganiser leurs adversaires. Au retour des vestiaires, Ghizlane Chebbak obtenait un penalty transformé avec sang-froid par Hanane Aït El Haj. Ce deuxième but donnait au Maroc une marge de sécurité qui allait s'avérer précieuse. Car les championnes d'Afrique en 2022 n'avaient pas renoncé. Guidée par l'inusable Thembi Kgatlana, l'Afrique du Sud réduisait l'écart après l'heure de jeu et relançait une rencontre devenue beaucoup plus nerveuse.
Les dernières minutes furent disputées avec intensité, mais la défense marocaine, bien épaulée par Khadija Er-Rmichi, conserva son avantage jusqu'au coup de sifflet final. Au-delà de la qualification, cette victoire possède une forte valeur symbolique. Elle efface le souvenir douloureux de la finale de 2022 et confirme la progression constante d'une sélection désormais installée parmi les références du continent.
Le pari marocain prend forme
Cette qualification dépasse le simple cadre d'un résultat sportif. Depuis plusieurs années, la Fédération Royale marocaine de football multiplie les investissements dans le football féminin, qu'il s'agisse des infrastructures, de la formation ou de la professionnalisation des clubs.
Le parcours des Lionnes apparaît aujourd'hui comme la traduction concrète de cette politique. Pour la deuxième fois de son histoire, le Maroc participera à une Coupe du monde féminine. Plus encore, les joueuses de Jorge Vilda restent en course pour offrir au Royaume un nouveau sacre continental, quelques mois seulement après le triomphe de la sélection masculine lors de la CAN. Le symbole serait immense.
L'Algérie entre dans une nouvelle dimension
Quelques heures avant le succès marocain, l'Algérie avait également rendez-vous avec son histoire. Face à une Côte d'Ivoire ambitieuse, les joueuses de Farid Benstiti ont longtemps subi les initiatives ivoiriennes. Plus entreprenantes, les Eléphantes avaient logiquement ouvert le score après une première demi-heure maîtrisée.
Le tournant est intervenu juste avant la pause avec l'expulsion de Safi N'Sira Ouédraogo, sanctionnée après une intervention dangereuse sur la gardienne algérienne. Ce fait de jeu a profondément modifié l'équilibre de la rencontre. En supériorité numérique, l'Algérie a progressivement pris le contrôle des opérations.
Les Ivoiriennes malchanceuses ratèrent le break sur penalty. Inès Khiri a d'abord remis les deux équipes à égalité d'une tentative lointaine qui a surpris la gardienne ivoirienne. Quelques minutes plus tard, Amira Ould Braham offrait l'avantage aux siennes d'une frappe pleine de conviction.
Malgré un courage remarquable, les Ivoiriennes n'ont jamais réussi à revenir. Cette qualification ouvre une page totalement inédite pour le football féminin algérien, qui atteint pour la première fois les demi-finales d'une Coupe d'Afrique des nations et valide, lui aussi, son billet pour le Mondial brésilien.
Une Afrique qui élargit son cercle
Ces quarts de finale racontent une évolution plus profonde que le simple résultat des rencontres. Pendant longtemps, les grandes compétitions africaines semblaient réservées à quelques puissances traditionnelles. Cette hiérarchie s'efface progressivement.
Le Maroc confirme son installation au plus haut niveau. L'Algérie franchit un cap historique. La Côte d'Ivoire et l'Afrique du Sud, malgré leur élimination, conservent une chance de rejoindre le Mondial grâce aux barrages intercontinentaux. Surtout, le niveau général de la compétition ne cesse de progresser. Les organisations tactiques gagnent en rigueur, la préparation physique s'intensifie et les individualités décisives se multiplient. Le football féminin africain n'est plus un projet d'avenir : il devient une réalité sportive pleinement assumée.
Les demi-finales devraient dévoiler à moitié qui pourra bien soulever le trophée. Une certitude, toutefois, s'impose déjà : le Maroc voulait devenir l'une des locomotives du football féminin africain. Cette CAN démontre que le train est désormais lancé... et qu'il transporte de plus en plus de prétendantes au sommet.