C'est presque devenu un rendez-vous saisonnier dont personne ne veut. Avec des périodes de sécheresse qui se répètent, le manque d'eau impose une nouvelle fois son lot de restrictions à Maurice. Après une réduction de la fourniture d'eau amorcée dès janvier 2025, le pays franchit cette année une nouvelle étape. Depuis hier et jusqu'en novembre, plusieurs activités utilisant l'eau potable sont interdites ou limitées.
Lavage de voitures, nettoyages de bâtiments, arrosage des pelouses, des champs de canne, remplissage des piscines... Autant de pratiques désormais concernées par les restrictions. Si elle est nécessaire, la mesure fait aussi peser une pression supplémentaire sur des professionnels dont les revenus dépendent de ces activités.
Stéphane Maurymoothoo, qui travaille dans l'entretien et la réparation de piscines, en sait quelque chose. Selon lui, son activité avait déjà commencé à subir les conséquences de la conjoncture internationale avant même l'entrée en vigueur des restrictions. «Depuis la guerre au Moyen-Orient et avec les frais d'importation, le travail a déjà été impacté. Plusieurs clients ont même arrêté d'avoir recours à nos services», explique ce membre du Regroupman Artizan Morisien.
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Dans certaines régions, notamment à l'Est, l'approvisionnement en eau potable serait déjà une source de préoccupation pour plusieurs familles. «Cela fait déjà quelque temps que certains clients ont éteint leur piscine», poursuitil. Habituellement, l'entretien d'une piscine se fait une fois par semaine. Avec les restrictions, le professionnel estime avoir deux choix : augmenter la quantité de produits utilisés, à ses frais, pour maintenir l'eau dans un état acceptable, ou laisser les piscines se dégrader. «Ce sont des revenus qui baissent», souligne-t-il.
Son chiffre d'affaires pourrait diminuer de 10 % à 15 %. Face à cette situation, Stéphane Maurymoothoo s'interroge également sur les solutions à long terme. Il cite notamment l'idée de construire un barrage sous le pont SAJ afin de récupérer et stocker davantage d'eau.
Crainte d'une hausse des prix
Chez les petits planteurs, l'inquiétude porte surtout sur la production. Dans le Nord, Manoj observe déjà les effets de l'hiver qui «a été sec, avec très peu de pluie. Nous devons maintenant attendre les anticyclones pour obtenir de l'eau. Mais entre-temps, comment allons-nous faire, nous les petits planteurs ?» Il redoute une baisse de la production maraîchère si la situation perdure. «Il y a un risque de manque de légumes sur le marché et certains prix pourraient prendre l'ascenseur. Surtout que nous n'allons pas commencer de nouvelles pousses.»
Le ministère de l'Énergie assure toutefois que l'approvisionnement en eau des planteurs sera maintenu. «Nous savons que la population a besoin de légumes», y fait-on valoir. Une aggravation de la sécheresse pourrait néanmoins entraîner des restrictions supplémentaires.
Les laveurs de voitures s'adaptent
Pour certains laveurs de voitures, les restrictions ne sont pas une première. Adrien a choisi, depuis plusieurs années, d'investir dans une méthode permettant de nettoyer les véhicules sans eau. «J'utilise des produits pour nettoyer les voitures sans utiliser d'eau. Un produit pulvérisable encapsule la saleté et lubrifie la carrosserie. Le nettoyage se fait avec des chiffons en microfibre, par petites sections, sans rinçage», explique-t-il.
Mais cette solution ne convient pas à tous. Certains professionnels devront suspendre leur activité jusqu'en novembre, date prévue pour la levée des restrictions. Ils souhaitent ainsi que le gouvernement envisage un soutien financier temporaire pour les aider à traverser cette période.
Pour Oliver Prefumo, plombier, la lutte contre le gaspillage doit également passer par une meilleure gestion des fuites sur le réseau. «Tous les jours, je poste une vidéo de fuite. Quand on informait les autorités, on ne nous prenait pas toujours en considération. Mais depuis que nous mettons les photos, on voit que les choses bougent plus vite», affirme-t-il. Paradoxalement, les restrictions ont même entraîné une hausse de son activité. «On me sollicite pour installer des pompes ou encore des réservoirs.»
La construction encore épargnée
Pour l'heure, les chantiers de construction ne sont pas directement concernés. Bhooshan Ramloll, directeur général de RBRB, estime que les travaux de peinture pourraient davantage ressentir les effets des restrictions. «Comme nous sommes en hiver, il y a moins de travaux de peinture. Ils commencent surtout vers octobre et novembre», explique-t-il. Il rappelle néanmoins que «la construction dans son ensemble est très dépendante de l'eau».
Du côté des autorités, la surveillance sera renforcée. Des consultations ont eu lieu avec la police afin de veiller au respect des restrictions. Une petite unité sera notamment appelée à surveiller les activités de lavage de voitures utilisant de l'eau potable. Un protocole existe déjà en ce sens, selon le ministère. Pour l'heure, les autorités disent constater une prise de conscience croissante de la population. Mais si les pluies continuent de se faire attendre, préviennent-elles, les restrictions pourraient devenir plus sévères.
L'objectif reste donc le même : tenir jusqu'aux prochaines pluies sans épuiser davantage les réserves en eau.