L'intégration du Small Farmers Welfare Fund (SFWF) au Food and Agricultural Research and Extension Institute (FAREI) alimente les discussions dans le secteur agricole. Annoncée par le ministre de l'Agro-industrie, de la sécurité alimentaire, de l'économie bleue et de la pêche, Arvin Boolell, lors des débats budgétaires à l'Assemblée nationale le 25 juin, cette réforme vise à rationaliser les structures existantes et à renforcer l'efficacité institutionnelle.
Toutefois, cette réorganisation ne fait pas l'unanimité. Pour Amarjeet Beegoo, consultant en agriculture durable, si l'objectif de réduire les coûts administratifs et d'améliorer l'efficacité des structures publiques est compréhensible, une fusion entre les deux organismes pourrait, selon lui, fragiliser le dispositif actuel d'accompagnement des agriculteurs.
«Le SFWF et le FAREI ont des missions fondamentalement différentes», explique-t-il. Le premier intervient principalement dans le domaine du bien-être des agriculteurs et de leur famille, à travers des aides sociales, des subventions, des programmes liés à la santé, à l'éducation et au soutien financier. Le second est un organisme scientifique et technique chargé de la recherche, du développement, de la vulgarisation et de la formation agricole. «Fusionner une structure à vocation sociale avec un organisme de recherche risque de diluer les responsabilités et les objectifs de chacune des institutions», estime-t-il.
Le consultant rappelle que le SFWF bénéficie à environ 84 000 petits planteurs, éleveurs et membres de leur famille à Maurice et à Rodrigues. Selon lui, son intégration au FAREI pourrait affaiblir certains mécanismes existants, d'autant que les publics ciblés par les deux organismes ne se recoupent pas totalement. Le SFWF couvre notamment certains planteurs de canne à sucre ainsi que des familles d'agriculteurs qui ne relèvent pas directement du mandat du FAREI.
Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres
Au-delà de la question des bénéficiaires, Amarjeet Beegoo soulève également des enjeux organisationnels. Alors que le FAREI s'appuie sur des compétences scientifiques, avec des chercheurs et des agronomes, le SFWF gère des programmes sociaux, des aides financières et des mécanismes d'assurance. Il craint qu'une telle restructuration ne détourne des ressources consacrées à des priorités telles que l'amélioration de la productivité agricole, l'adaptation au changement climatique ou encore la recherche en matière de sécurité alimentaire.
Il cite notamment le projet de régime d'assurance agricole basé sur des calculs actuariels développés par le SFWF. Ce dispositif, qui vise à augmenter les indemnisations destinées aux planteurs et aux éleveurs, bénéficie d'une enveloppe de Rs 30 millions dans le Budget 2026-2027 pour une mise en oeuvre en septembre 2026. Amarjeet Beegoo estime qu'une restructuration à ce stade pourrait retarder son lancement.
Il évoque également un possible impact sur les partenariats internationaux du FAREI. Selon lui, l'intégration d'une composante sociale importante pourrait modifier la perception de l'institut auprès de certains partenaires et bailleurs internationaux, notamment la Food and Agriculture Organization of the United Nations et l'Union européenne, qui collaborent principalement avec des organismes de recherche.
Comme alternative, Amarjeet Beegoo plaide pour le maintien des deux structures, avec une clarification de leurs responsabilités respectives. Il propose que l'enregistrement des agriculteurs demeure sous la responsabilité du SFWF, qui dispose déjà d'une base de données des bénéficiaires, tandis que la certification technique des exploitations resterait du ressort du FAREI.
À ses yeux, les économies pourraient plutôt être recherchées à travers une mutualisation des activités de recherche et des infrastructures scientifiques entre les différents acteurs du secteur, notamment le FAREI, la Mauritius Cane Industry Authority, l'Université de Maurice et les services agricoles.
Par ailleurs, cette réorganisation suscite également des interrogations parmi les employés concernés. La Statutory Bodies Employees Union souhaite obtenir des précisions sur les implications de cette réforme et prévoit de solliciter une rencontre avec le ministre Arvin Boolell afin d'aborder les questions liées aux perspectives de carrière, aux possibilités de promotion dans la future structure ainsi qu'aux modalités et au calendrier de transition.
Toutefois, une source proche du dossier indique que les conditions salariales du personnel ne devraient pas être affectées par cette réorganisation. «La transition devra néanmoins être menée avec prudence afin de garantir des conditions équitables aux employés des deux institutions et de faciliter leur adaptation à la nouvelle configuration.»