Bénin: Les chefs traditionnels inspirent confiance, mais les citoyens souhaitent les voir rester en dehors de la politique

La majorité des Béninois affirment que l'influence des leaders coutumiers dans la gouvernance de leurs communautés locales devrait augmenter.

Key findings

  • Près d'un sur quatre Béninois (23%) disent avoir contacté un chef traditionnel au cours des 12 derniers mois ayant précédé l'enquête.
  • En 2020, la moitié des Béninois ont estimé que les chefs traditionnels font « souvent » (29%) ou « toujours » (20%) de leur mieux pour les écouter.
  • En 2024, environ un sur quatre répondants (23%) pensent que la « plupart » ou « tous » les chefs traditionnels sont impliqués dans des affaires de corruption, en plus de 52% qui estiment que « certains » d'entre eux le sont. o La perception que la « plupart » ou « tous » les chefs traditionnels sont corrompus a augmenté de 5 points de pourcentage par rapport à 2022.
  • La majorité (59%) des Béninois disent faire « partiellement » ou « beaucoup » confiance aux chefs traditionnels. o Cette confiance a chuté de 8 points de pourcentage par rapport à 2020.
  • En 2020, près de huit citoyens béninois sur 10 (77%) ont approuvé la performance des chefs traditionnels.
  • L'écrasante majorité (83%) des Béninois ont estimé que les chefs traditionnels influencent au moins « un peu » la gouvernance de leur communauté locale. o Six répondants sur 10 (61%) ont affirmé que l'influence des chefs traditionnels dans la gouvernance de leurs communautés locales devrait augmenter.
  • Mais les trois quarts (75%) des Béninois ont déclaré que les chefs traditionnels devraient rester en dehors de la politique et laisser les gens décider eux-mêmes de comment voter.

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Au Bénin, les chefs traditionnels occupent une place socioculturelle importante et bénéficient d'une reconnaissance institutionnelle de l'Etat. Ils incarnent la continuité des valeurs, des traditions et de l'identité des communautés locales, tout en demeurant des symboles de légitimité morale et culturelle (Affo, Sina, & Gnanvi, 2019).

Au-delà de cette reconnaissance, s'est posée la question de l'encadrement juridique des chefferies traditionnelles. En réponse à leurs rôles, notamment dans la résolution des conflits et la cohésion sociale, le législateur béninois a adopté la Loi No. 2025-09 du 3 avril 2025 portant cadre juridique de la chefferie traditionnelle (République du Bénin, 2025). Cette réforme établit une catégorisation des chefferies traditionnelles et leur confère une reconnaissance légale formelle, tout en soulignant leur contribution au développement socio-économique, à la cohésion sociale et à la préservation des identités culturelles. Ainsi, 16 royaumes et 90 chefferies traditionnelles sont officiellement reconnus par la loi (Fatondji, 2025).

Par ailleurs, les chefs traditionnels représentent l'une des acteurs clés des compétitions politiques nationales. Ils sont souvent sollicités par les partis politiques pour faire pencher le vote en leur faveur, certains pouvant recevoir en contrepartie des avantages matériels ou des transactions financières (Cessou, 2017).

Pour remédier à ces dérives, le Bénin a interdit aux rois et chefs coutumiers de s'engager dans la politique partisane (République du Bénin, 2025).

Dans ce contexte de reconnaissance institutionnelle et de débats sur leur rôle dans la sphère publique, les données d'Afrobarometer permettent d'examiner comment les citoyens béninois perçoivent les chefs traditionnels, notamment leur influence, leur performance et leur place dans la gouvernance locale.

Au Bénin, les chefs traditionnels continuent d'occuper une place importante dans la vie publique : Près d'un quart des citoyens disent les avoir contactés au cours de l'année précédant l'enquête, et la majorité des répondants leur font confiance et estiment qu'ils exercent une influence sur la gouvernance locale. Les Béninois souhaitent d'ailleurs majoritairement renforcer cette influence.

Toutefois, cette image positive est nuancée par des préoccupations croissantes concernant leur intégrité. Les trois quarts des répondants pensent qu'au moins certains chefs traditionnels sont impliqués dans des affaires de corruption, une perception en hausse depuis 2022, tandis que la confiance à leur égard a reculé par rapport à 2020.

Malgré leur influence, une large majorité des citoyens estiment qu'ils devraient rester en dehors de la politique et laisser les électeurs décider librement de leur vote.

Richard Houessou Richard is the senior project manager

Félicité Djigla Félicité Djigla est community manager à l'IREG.

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