Deux jeunes vies fauchées en une nuit à Buea, victimes du « tueur silencieux » : le monoxyde de carbone, gaz invisible et inodore émanant d'un simple brasero au charbon.
Ils voulaient juste se réchauffer. Dans une maison froide de Buea, un geste anodin allumer un brasero au charbon est devenu un piège mortel. Suh Pride Ngwa, une trentaine d'années, et Gemandze Fortunate Fanwi, une jeune femme, ont été retrouvés sans vie lundi matin. Leurs corps gisaient dans une pièce encore étouffante, de la mousse autour de la bouche. Le drame est là, brut, silencieux, évitable. Et il pose une question glaçante : combien d'autres vies seront ainsi fauchées par ce que les experts appellent le "tueur silencieux" ?
Le choc de la découverte
L'alerte a été donnée vers 10 heures, ce lundi 10 août 2026, dans le quartier Molie, à Upper Bunduma, Buea. Les proches de Suh Pride Ngwa, qui avaient entendu ouvrir l'une des portes de la maison familiale tard dans la nuit de dimanche, s'inquiétaient de ne pas le voir sortir. Après avoir frappé en vain, ils sont entrés. Et ont découvert l'irréparable.
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Deux corps sans vie. Celui de Ngwa, un ancien étudiant de l'Inter Comprehensive College et de l'Université de Buea, et celui de Gemandze Fortunate Fanwi, une jeune femme décrite comme membre de l'Église Macedonia. De la mousse était visible autour de leur bouche, un signe caractéristique d'une intoxication sévère.
Un tueur invisible
Dans la pièce, un pot à charbon. La maison est réputée froide, et la famille pense que le jeune homme l'avait allumé pour se réchauffer. Mais le charbon de bois, lorsqu'il brûle dans un espace confiné, produit du monoxyde de carbone (CO) un gaz inodore, incolore et non irritant. Il est absorbé par les poumons et se fixe sur l'hémoglobine, privant le corps d'oxygène. En quelques heures, il peut tuer sans que la victime n'ait conscience du danger.
Un témoin entré dans la pièce a confié à la Cameroon News Agency que l'atmosphère était encore « très étouffante ». La concentration de CO y était probablement mortelle.
Les victimes
Suh Pride Ngwa n'était pas un résident habituel de Buea, mais il avait accès à une maison construite par son père dans le quartier. Il était connu comme un ancien étudiant de l'Inter Comprehensive College et de l'Université de Buea. Sa présence ce week-end était ponctuelle.
Gemandze Fortunate Fanwi, quant à elle, était une jeune femme de la région, membre de l'Église Macedonia. Selon la famille de Ngwa, elle n'avait jamais été vue en sa compagnie auparavant. Les circonstances de sa présence à ses côtés cette nuit-là restent floues.
Un drame aux multiples interrogations
La mort de ces deux jeunes gens soulève des questions qui, pour l'heure, restent sans réponse :
- Quel était le lien entre les deux victimes ? La famille de Ngwa affirme ne pas connaître Fanwi. Étaient-ils amis ? Un couple naissant ? De simples connaissances ? Le mystère demeure.
- Pourquoi le brasero a-t-il été allumé dans une pièce fermée ? La maison étant froide, l'acte semble motivé par le besoin de chaleur. Mais les risques liés au charbon de bois en intérieur sont largement méconnus du grand public.
- L'autopsie confirmera-t-elle l'intoxication ? Les autorités médicales n'ont pas encore établi la cause officielle des décès. Les premiers éléments (mousse autour de la bouche, atmosphère étouffante, présence du brasero) orientent vers une asphyxie au monoxyde de carbone, mais seuls les examens médicaux pourront en attester définitivement.
Le « tueur silencieux » : un danger sous-estimé
Le monoxyde de carbone est responsable de centaines de décès par an en Afrique subsaharienne, où l'usage de combustibles solides (charbon, bois, pétrole) pour le chauffage et la cuisson est répandu. Pourtant, la sensibilisation aux risques reste insuffisante.
Les symptômes d'une intoxication légère à modérée ressemblent à ceux d'une grippe : maux de tête, fatigue, nausées, vertiges. À forte dose, le CO provoque une perte de conscience rapide, des convulsions, puis la mort. La couleur rouge cerise de la peau, parfois observée, est un signe tardif.
Dans le cas de Buea, le drame est survenu parce que la pièce était probablement mal ventilée. Une simple fenêtre entrebâillée aurait pu sauver ces deux vies.
Réactions et émotions
La nouvelle a rapidement circulé dans le quartier de Molie et au-delà, suscitant une vive émotion. Les proches des victimes sont sous le choc. Pour la famille de Suh Pride Ngwa, la douleur est d'autant plus grande que son arrivée à Buea était ponctuelle un simple passage qui a tourné au drame.
Du côté de Gemandze Fortunate Fanwi, l'Église Macedonia pleure une de ses membres, tandis que les interrogations sur sa présence aux côtés de Ngwa persistent.
Un appel à la prévention
Ce drame est un rappel brutal des dangers domestiques trop souvent ignorés. Au Cameroun, comme dans de nombreux pays d'Afrique, le charbon de bois est une source d'énergie courante. Mais son utilisation en intérieur, sans ventilation adéquate, est un risque mortel.
Que faire pour éviter un tel drame ?
- 1. Ne jamais utiliser de brasero, de réchaud à charbon ou de générateur dans une pièce fermée.
- 2. Ventiler systématiquement les espaces où brûle un combustible.
- 3. Installer un détecteur de monoxyde de carbone un investissement modique qui sauve des vies.
- 4. Connaître les symptômes d'une intoxication et agir vite en cas de doute.
Deux vies, une leçon
Suh Pride Ngwa et Gemandze Fortunate Fanwi ne sont plus. Leur mort, aussi tragique que soudaine, est un signal d'alarme pour des milliers de foyers camerounais. Le « tueur silencieux » ne fait pas de bruit, n'a pas d'odeur, ne prévient pas. Il frappe là où on ne l'attend pas.
Que leur mémoire serve à sensibiliser et à protéger d'autres vies. Car si ce drame est une perte irréparable pour leurs familles, il peut, peut-être, en épargner d'autres.