Moins de 600 m³ d'eau par habitant et par an : c'est le seuil critique sous lequel évolue aujourd'hui le Maroc, selon le ministère de l'Equipement et de l'Eau.
Alors que la raréfaction des ressources hydriques s'impose comme une contrainte majeure pour le continent africain, la gestion de l'eau est devenue au Maroc un enjeu primordial de la politique économique nationale. Entre impératifs de croissance, préservation des équilibres budgétaires et adaptation des filières productives, le Royaume fait face à des arbitrages stratégiques majeurs pour préserver la résilience de son modèle de développement.
L'équation du manque
Les données institutionnelles traduisent l'ampleur du choc hydrique. Selon les rapports de la Banque mondiale et des services hydrauliques nationaux, la dotation moyenne par habitant est passée de plus de 2.500 m³/an dans les années 1960 à moins de 600 m³/hab/an aujourd'hui, marquant une rétraction de 1.900 m³. Le pays évolue désormais sous le seuil critique de stress hydrique fixé à 1.000 m³/hab/an par l'Organisation des Nations unies (ONU).
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Sur le plan sectoriel, l'allocation des ressources révèle une dissymétrie structurelle. Les indicateurs du Haut-Commissariat au plan (HCP) et du ministère de l'Agriculture indiquent que le secteur agricole absorbe près de 85% des ressources en eau douce du pays, pour une contribution directe fluctuant entre 12 et 14% au PIB national.
Ce décalage pèse directement sur les agrégats macroéconomiques. Les périodes de sécheresse récurrentes affectent la valeur ajoutée agricole et pèsent sur la balance commerciale, se traduisant notamment par la baisse du rendement des exportations maraîchères et le renchérissement des importations de céréales.
Entre mégaprojets et l'urgence de la gestion
Afin de limiter ces risques, l'Etat a engagé un programme d'investissement public consacré à la sécurisation de l'approvisionnement en eau. Cette politique entre dans le cadre du Plan national de l'eau (PNE) et du Programme national pour l'approvisionnement en eau potable et l'irrigation (PNAEPI 2020-2027), dont l'enveloppe budgétaire globale a été portée à plus de 143 milliards de dirhams selon les données communiquées par les autorités.
La politique engagée par les pouvoirs publics accorde une place croissante aux ressources non conventionnelles. Selon les projections du ministère de l'Equipement et de l'Eau, le développement des stations de dessalement, notamment à Agadir, Safi, Jorf Lasfar et Casablanca, devrait permettre de porter la capacité de production à 1,7 milliard de mètres cubes par an d'ici 2030. Certains projets prévoient également un recours aux énergies renouvelables afin de réduire les coûts liés à la production. En parallèle, les projets d'interconnexion entre bassins, à l'instar du transfert Sebou-Bouregreg, visent à améliorer la répartition de la ressource entre les différentes régions.
Cependant, au delà de la politique d'offre, le maintien de la trajectoire de croissance nécessite une gestion plus efficiente de la demande. La soutenabilité du modèle repose sur l'arbitrage entre le coût du capital engagé dans la production d'eau et la valeur ajoutée générée par son utilisation.
Dans le secteur agricole, le levier principal réside dans l'optimisation du rendement économique par mètre cube consommé, à travers la généralisation de l'irrigation localisée (goutte-à-goutte). Sur le plan industriel et urbain, le développement de la réutilisation des eaux usées traitées (REUT) offre des perspectives concrètes de préservation, tandis que la restructuration de la politique tarifaire vise à orienter durablement les comportements de consommation.
En conclusion, la réponse marocaine au stress hydrique combine des investissements dans des infrastructures à fort capital et la recherche d'une plus grande efficience opérationnelle. Qu'il s'agisse d'arbitrages macroéconomiques nationaux ou de la gestion de micro territoires vulnérables comme la vallée de l'Ourika, où s'articulent activités agricoles et pression touristique, cette stratégie s'inscrit dans le cadre plus large de la recherche de résilience économique à l'échelle du continent africain.