À Madagascar, une affaire de corruption vient d'être transmise à la justice. Au coeur du dossier figurent plus de 18 000 tables-bancs, achetées avec de l'argent public pour des écoles, mais jamais livrées. Un préjudice estimé à plus de 800 millions d'ariary, l'équivalent de près de 160 000 euros. Le pôle anti-corruption enquête sur neuf personnes et trois sociétés. Cinq suspects sont déjà en détention.
Le ministère de l'Éducation nationale avait commandé plus de 18 000 tables-bancs pour les écoles, entre 2020 et 2021. Sur le papier, tout avait été livré. Mais l'enquête a révélé qu'il en manquait 1 841. Les enquêteurs se penchent aussi sur la manière dont ces achats ont été organisés.
Une seule personne aurait géré toutes les étapes du marché : la signature du contrat, la réception du matériel, et le paiement. Un cumul de rôles qui, normalement, devrait être partagé entre plusieurs responsables, pour éviter les abus.
« Plusieurs mesures concrètes sont possibles »
Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn
Pour Mialisoa Randriamampianina, directrice de Transparency International Madagascar, ce type de dossier doit servir de leçon. « Nous ne devons pas attendre la prochaine affaire pour améliorer le système. Plusieurs mesures concrètes sont possibles. On peut renforcer la séparation des fonctions et les contrôles croisés, précise-t-elle. En toute logique, une même personne ne devrait pas concentrer des responsabilités critiques : préparer, valider, réceptionner et faire payer une même dépense sans contrôle indépendant des fonctionnaires. »
Au-delà des poursuites judiciaires, une question revient souvent à Madagascar : celle de l'argent détourné, et de sa restitution. Pour Tsimihipa Andriamasavarivo, de l'ONG Tolotsoa, les condamnations ne suffisent pas. « Il ne s'agit pas seulement de prononcer des condamnations. Il faut surtout aller vers de vrais cas de recouvrement des montants détournés ou mal utilisés. Sinon, on se contente de condamner des personnes qui, de toute façon, ne sont plus sur le territoire malgache », explique-t-il.
À ce stade de l'enquête, une ancienne ministre de l'Éducation nationale est également citée dans le dossier. L'instruction se poursuit.