Burkina Faso: Ruée de la jeunesse vers l'or - Un phénomène à surveiller de près

Le phénomène est devenu récurrent, presque banal, alors qu'il devrait nous alarmer. Chaque année, des jeunes, parfois encore sur les bancs de l'école, abandonnent cahiers et pupitres pour prendre le chemin de « l'aventure », avec pour seul viatique, un rêve, celui de revenir les poches pleines d'or, une moto rutilante entre les jambes et la réussite en bandoulière. Quelques-uns y parviennent. Et ce sont précisément leurs histoires qui alimentent le mirage. Le jeune qui revient avec une moto flambant neuve, devient la publicité ambulante d'une aventure dont on oublie soigneusement de montrer les coulisses.

On exhibe les pépites, on tait les tombes. On raconte les fortunes, on enterre les désillusions. Car, pour beaucoup, l'aventure n'a rien d'un eldorado. Elle peut être le vestibule d'une tragédie que personne ne montre, avec son cortège d'accidents, d'éboulements, de maladies, de violences, d'escroqueries, d'endettements, de blessures et, parfois, de morts. Combien de jeunes partent-ils réellement informés des réalités qui les attendent ? Combien savent ce que valent les promesses de ceux qui leur décrivent des terres où « l'argent coule à flots » ? Combien découvrent, une fois sur place, que derrière le mot magique « or », se cachent parfois des réseaux d'arnaque, des intermédiaires véreux et une économie de l'illusion parfaitement huilée ?

On leur promet la fortune à portée de pioche

Il faut aussi casser le monopole du rêve détenu par les marchands d'illusions A coups de récits enjolivés de ceux qui ont prétendument réussi, de vidéos, de témoignages soigneusement sélectionnés et de promesses mirobolantes, on transforme parfois la misère en billet de départ et l'illusion en projet de vie. Et lorsque le rêve se fracasse contre la réalité, les vendeurs d'illusions sont déjà loin, tandis que les familles ramassent les morceaux. Le plus inquiétant est que le phénomène ne touche plus seulement ceux qui n'ont rien à perdre. Des jeunes ayant un emploi, une activité ou une situation relativement stable, abandonnent parfois tout pour courir derrière cet improbable filon.

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L'or devient alors moins une richesse à extraire qu'une obsession à laquelle on sacrifie son avenir. L'Etat ne peut donc pas regarder ce phénomène passer comme on regarde un convoi à l'horizon. Il doit regarder cette jeunesse dans les yeux, l'informer, la sensibiliser, l'encadrer, lutter contre les réseaux d'arnaque et surtout lui offrir des perspectives suffisamment crédibles pour que l'aventure ne soit pas perçue comme l'unique raccourci vers la réussite. Il lui faut aussi casser le monopole du rêve détenu par les marchands d'illusions. Car, il y a, certes, des succès stories. Mais une politique publique ne se construit pas sur les exceptions qui brillent. Elle se construit sur la protection du plus grand nombre et ne saurait laisser quelques motos rutilantes masquer un cimetière de destins brisés.

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