Maroc/Cameroun: Quatre équipes en quête de leur premier sacre - Les Lionnes de l'Atlas déterminées à dompter celles du Cameroun

La Coupe d'Afrique des nations féminine entre ce mercredi dans cette zone étrange où les statistiques comptent moins que les nerfs. Quatre équipes sont encore debout, quatre tickets déjà poinçonnés pour le Mondial 2027 au Brésil. Il ne reste plus qu'une inconnue : qui disputera dimanche la finale continentale.

Deux rencontres, donc, et une certitude : cette CAN 2026 aura un champion inédit, puisque ni le Maroc, ni le Cameroun, ni l'Algérie, ni le Malawi n'ont jamais soulevé le trophée. En lever de rideau, à 18 heures, l'Algérie affrontera le Malawi au Stade olympique de Rabat. Trois heures plus tard, en nocturne, le Stade Moulay El Hassan accueillera Maroc-Cameroun.

Beaucoup, dans ce carré d'as, lorgnent déjà dimanche et rêvent d'une finale maghrébine. Mauvaise idée. Dans cette compétition, les favoris ont pris la fâcheuse habitude de rentrer chez eux dès qu'ils commencent, l'estomac plein d'avance, à regarder trop loin devant. Les Super Eagles du Nigeria peuvent en témoigner, elles qui viennent d'être dévorées par des Lionnes qui restent, jusqu'à preuve du contraire, toujours indomptables. Et puisqu'on y est, on y reste, quitte à en bafouiller le protocole du lever de rideau.

Maroc-Cameroun : les Lionnes contre les Lionnes

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A 21 heures, Rabat changera de température. Le Maroc y retrouve le Stade Moulay El Hassan, avec l'occasion de disputer une nouvelle finale continentale après celles atteintes lors des deux éditions précédentes. Les Lionnes de l'Atlas viennent d'écarter l'Afrique du Sud (2-1) au terme d'un quart de finale qui leur a demandé davantage que du talent : de la patience, de la maîtrise émotionnelle, et la capacité à frapper au bon moment.

Plutôt bon signe. A ce stade de la compétition, les équipes qui savent souffrir vont généralement plus loin que celles qui savent seulement séduire. Le Maroc dispose d'avantages évidents : il joue chez lui, connaît son environnement, et possède désormais une génération habituée aux grands rendez-vous. Depuis plusieurs années, le football féminin marocain ne se contente plus de participer aux compétitions africaines : il prétend les gagner.

C'est précisément ce changement de statut qui rend cette demi-finale délicate. Le Maroc ne pourra plus se cacher derrière le costume de l'outsider. At-home, après une finale continentale et une nouvelle présence dans le dernier carré, il doit désormais assumer. Or le Cameroun arrive avec un CV fraîchement actualisé : Nigeria éliminé, 1-0.

Le Cameroun vient de faire tomber le patron

Ce résultat suffit à interdire tout excès de confiance. Le Nigeria n'était pas un adversaire ordinaire : les Super Eagles comptent dix couronnes africaines. Le Cameroun les a pourtant éliminées grâce à un coup franc de Myriam Nyadjou à la 19e minute, et à une résistance défensive remarquable, portée notamment par la gardienne Michaely Bihina, véritable pieuvre dans les dernières minutes.

Autrement dit, si quelqu'un cherche encore une équipe impressionnable par le statut du Maroc et les tribunes de Rabat, mieux vaut chercher ailleurs. Les Lionnes Indomptables ont montré deux qualités particulièrement intéressantes dans un match à élimination directe : elles savent défendre, et elles savent profiter des coups de pied arrêtés. Deux ingrédients qui peuvent transformer une demi-finale en une interminable séance de frustration pour l'adversaire.

Le piège marocain serait donc de vouloir régler l'affaire trop vite. Portées par leur public, les Lionnes de l'Atlas auront naturellement envie de prendre possession du terrain, d'installer leur jeu dans le camp camerounais et de chercher rapidement l'ouverture du score. Mais attaquer ne signifie pas se précipiter. Face à une équipe qui vient de conserver un avantage pendant plus de soixante-dix minutes contre le Nigeria, le premier but pèsera lourd. Si le Maroc marque, ce sont des espaces ouverts. Si le Cameroun marque... disons que les cardiologues marocains pourraient connaître une soirée particulièrement chargée.

Le Maroc devra jouer avec sa tête autant qu'avec ses jambes

La véritable bataille sera peut-être mentale. Les Marocaines devront accepter qu'une demi-finale puisse être moins élégante qu'un match de poules. Il faudra savoir ralentir quand le match l'exige, accélérer quand l'espace s'ouvre, et surtout éviter les fautes inutiles aux abords de leur surface. Le coup franc de Nyadjou contre le Nigeria vaut, à lui seul, l'avertissement.

Le Maroc possède néanmoins les arguments offensifs pour déséquilibrer cette défense et ce malgré l'absence de Sana Msoudi (2 cartons) et probablement de Ghizlane Chebak sortie sur blessure. Cela dit, Ibtissam Jraidi reste une menace permanente dans la surface, tandis que la mobilité et la qualité technique des Marocaines peuvent contraindre le bloc camerounais à défendre plus bas qu'il ne le souhaiterait.

La largeur du jeu sera également essentielle. Ne pas trop chercher l'axe, mais plutôt trouver des espaces entre les lignes et soigner la conservation du ballon. Le Cameroun devrait laisser le ballon au Maroc pendant de longues périodes. Son objectif sera d'empêcher les Marocaines de transformer cette possession en occasions franches, puis exploiter la moindre transition. Une rencontre, en somme, où la patience comptera peut-être autant que la technique.

Algérie-Malawi, les Scorchers n'ont désormais plus rien du statut d'invitées

Le scénario est presque trop bien écrit. Le Malawi, néophyte de cette CAN à l'instar des Fennecs, a renversé le Ghana 2-1 et s'est offert une demi-finale historique. Le Cameroun, lui, a fait tomber le Nigeria, tenant du titre, 1-0. Les deux adversaires supposément les plus abordables viennent précisément de démontrer pourquoi il serait dangereux de les considérer ainsi.

L'affiche pourrait sembler favorable aux Algériennes, elles qui n'avaient jamais dépassé la phase de poules, le changement de dimension est considérable (1/2 finale de la CAN et CDM au Brésil). Les Scorchers du Malawi (153e mondiales) pour leur première CAN, ont vite fait de prendre leurs marques, c'est un peu l'histoire de l'élève qui dépasse son maître.

D'autant plus que leur danger porte un nom : Temwa Chawinga, rapide et capable d'obliger une défense à reculer. L'Algérie, plus expérimentée collectivement, devra éviter de laisser des espaces derrière son bloc et rester dans son match sans paniquer. Une difficulté toutefois pour les Fennecs, c'est la première fois où elles partent favorites et il est parfois plus confortable de créer l'exploit que d'être sommé de le confirmer. Il serait injuste, donc, de réduire les Scorchers au rôle de révélation sympathique.

Et derrière la porte, cette finale dont tout le monde parle déjà

Impossible pourtant de l'ignorer complètement. Si l'Algérie élimine le Malawi et si le Maroc vient à bout du Cameroun, la CAN féminine 2026 offrira dimanche une finale Maroc-Algérie. L'affiche serait immense : sportivement, parce qu'elle consacrerait l'ascension du football féminin maghrébin; symboliquement, parce qu'elle transformerait un tournoi déjà suivi en événement dépassant largement les limites du rectangle vert. Mais nous n'en sommes pas là. Et cette CAN a passé trois semaines à rappeler qu'elle n'avait aucune considération particulière pour les scénarios écrits à l'avance.

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