Guinée: Demande de restitution du crâne de Bokar Biro , un agenda politique cachée ?

Conakry a officiellement saisi Paris le 27 juillet 2026 pour obtenir le retour du crâne de Bokar Biro, dernier almamy du Fouta-Djalon, ainsi que ceux de son fils, de son frère et de son chef de guerre, conservés au Musée de l'Homme à Paris.

Tué le 13 novembre 1896 par les troupes coloniales françaises, Bokar Biro avait vu sa tête tranchée sur le champ de bataille et expédiée en France comme « trophée de guerre ». Près de 130 ans plus tard, la Guinée veut rapatrier ces restes. Une démarche qui suscite autant de soutiens que de réserves.

D'aucuns pensent que cette opération constitue un levier de légitimité intérieure pour le pouvoir guinéen. Conakry mise sur la mémoire nationale. Bokar Biro est érigé en héros de la résistance à la colonisation. Pour le ministre de la Culture Moussa Moïse Sylla, « ce n'est pas quelqu'un d'anodin dont le crâne doit continuer à être exposé dans un musée en France ». Rapatrier les restes, c'est organiser des obsèques nationales et offrir au pays une figure à célébrer. « Pour les autorités guinéennes, leur retour représente un acte de justice historique, de reconnaissance de la mémoire nationale ».

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Des observateurs soutiennent que les autorités guinéennes profitent juste d'une fenêtre juridique ouverte par la France. Puisque la requête s'appuie sur la loi française de 2023 relative à la restitution des restes humains. Elle a déjà permis à Paris de rendre 20 crânes à l'Algérie et 3 à Madagascar. La France a confirmé fin juillet avoir retrouvé les quatre crânes. Conakry a constitué un comité scientifique pour suivre le dossier.

L'affaire est aussi perçue comme un repositionnement diplomatique de la France en Afrique. D'autant que la demande s'inscrit dans le discours de « refondation » des relations France-Afrique. Elle intervient aussi après une première requête sur les objets personnels de Samory Touré. C'est l'occasion pour la Guinée d'affirmer une souveraineté culturelle : « Nous, les restes humains, on les enterre dignement. Mais les exposer dans un musée, ce n'est pas dans nos traditions et dans notre culture », souligne le ministre de la Culture.

Restituer. Et après ?

Pour les partisans du retour, il s'agit d'abord de réparer. Les restes de résistants n'ont rien à faire dans les réserves d'un musée. Le retour permettrait de rendre aux familles et au pays ce qui leur a été arraché, et de clore un chapitre de violence coloniale. Le directeur du musée national de Guinée rappelle que Bokar Biro a été décapité « parce qu'il était contre la pénétration coloniale au Fouta ». Les partisans insistent aussi sur l'aspect pédagogique : inhumer les crânes au Fouta ou à Conakry ferait de Bokar Biro un pilier de l'histoire enseignée aux jeunes générations.

En face, l'on s'interroge sur l'opportunité et les moyens. Certains chercheurs et membres de la diaspora craignent une politisation de la mémoire : utiliser Bokar Biro comme symbole du pouvoir actuel, alors que le débat sur la transition et le retour à l'ordre constitutionnel reste vif.

Côté logistique, des voix s'élèvent sur le coût et l'organisation : entre un et deux ans de procédure sont évoqués, avec un comité scientifique à financer et des obsèques nationales à préparer.

Enfin, quelques conservateurs en France et en Guinée redoutent la perte d'un témoignage matériel. Pour eux, garder les crânes au Musée de l'Homme permettrait de poursuivre les recherches historiques et anthropologiques, plutôt que de procéder à une inhumation immédiate.

Aucune date ferme n'a été fixée. Le processus pourrait durer entre un et deux ans selon les autorités guinéennes. Le lieu de l'inhumation n'est pas tranché non plus : Conakry ou Timbo, capitale historique du Fouta.

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