Congo-Kinshasa: Nouvelle épidémie d'Ebola - Combien de morts faudra-t-il encore pour que le monde se réveille ?

Une tente servant à isoler les patients atteints d'Ebola est désinfectée à Bunia, en République démocratique du Congo.
analyse

Mine de rien, la République démocratique du Congo fait face à sa 17e épidémie d'Ebola. Et celle-ci est en train de battre des records macabres. Au 11 août 2026, le bilan officiel fait état de 4 381 cas confirmés et de 2 011 décès. Plus de deux mille morts. En quelques mois seulement. Une progression fulgurante qui a conduit plusieurs observateurs à qualifier cette flambée de la plus rapide jamais enregistrée pour Ebola.

A l'origine de cette nouvelle catastrophe sanitaire, le virus Ebola de l'espèce Bundibugyo, identifié pour la première fois en Ouganda en 2007. Particularité inquiétante : contrairement à l'espèce Zaïre, le Bundibugyo ne dispose toujours pas, à ce jour, d'un vaccin ni d'un traitement spécifique homologué. Des essais thérapeutiques et vaccinaux sont toutefois en cours, signe que la recherche tente désormais de rattraper son retard.

Ebola avait été identifié pour la première fois en 1976, lors de deux flambées simultanées au Soudan -- dans l'actuel Soudan du Sud -- et au Zaïre, l'actuelle République démocratique du Congo. C'est d'ailleurs près de la rivière Ebola, dans l'actuelle RDC, que le virus a puisé son nom.

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Cinquante ans plus tard, le scénario semble pourtant inlassablement se répéter : une flambée apparaît, les premières victimes tombent, les autorités sanitaires donnent l'alerte, les experts arrivent, les laboratoires se mobilisent... puis vient le décompte macabre. Et l'on recommence. La question qui dérange est donc celle-ci : pourquoi faut-il attendre que les morts s'accumulent pour que le monde découvre l'urgence d'une épidémie qui était pourtant prévisible ? Il serait injuste de prétendre que la communauté scientifique ne fait rien.

Des chercheurs travaillent actuellement sur des traitements contre le Bundibugyo. Mais le contraste entre l'ampleur de la menace et les moyens disponibles reste saisissant. Pourquoi certaines maladies déclenchent-elles presque immédiatement une mobilisation planétaire, des milliards de dollars, une course contre la montre entre laboratoires et gouvernements. D'autres, lorsqu'elles frappent des populations pauvres et éloignées des grands centres de décision économique, semblent devoir attendre que le drame atteigne une dimension internationale pour devenir une priorité.

L'Afrique a malheureusement appris à vivre avec cette réalité. Dans certaines régions de la RDC, les populations cumulent les handicaps : pauvreté, déplacements forcés, infrastructures sanitaires insuffisantes, insécurité, méfiance envers les autorités et difficultés d'accès aux soins. La réponse à Ebola ne peut donc pas être seulement médicale. Elle est aussi sociale, politique, logistique et financière.

Ce qui devrait nous scandaliser n'est pas seulement le nombre de morts. C'est le fait que, dans un monde capable de mobiliser des ressources scientifiques et financières considérables lorsqu'il estime qu'une menace le concerne directement, des populations entières puissent encore être confrontées à des maladies pour lesquelles les solutions arrivent si tard.

Le problème n'est donc pas de souhaiter qu'Ebola traverse les mers pour atteindre les capitales occidentales. Ce serait absurde, cynique et profondément inhumain. Le véritable enjeu est donc de comprendre pourquoi il faudrait que la menace se rapproche des pays riches pour que la tragédie africaine soit enfin considérée comme une tragédie mondiale.

Une rivière de cadavres en Afrique ne devrait pas avoir besoin de se transformer en fleuve qui menace l'Europe ou l'Amérique pour provoquer un électrochoc. Alors, combien faudra-t-ilencore de morts pour que nous cessions de compter les victimes et commencions véritablement à compter sur la science, la solidarité internationale et la prévention ?

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