Maroc: Driss Lachguar réaffirme que l'USFP constitue une alternative sûre et crédible aux politiques gouvernementales actuelles

Dans un entretien franc et incisif, le Premier secrétaire de l'USFP a, sérieusement ébranlé le récit servi par la majorité gouvernementale. Invité de la Fondation Fkih Tetouani, mardi soir, Driss Lachguar n'a pas mâché ses mots, allant jusqu'à présenter Aziz Akhannouch et Fouzi Lekjaa comme «les deux faces d'une même pièce». Une pièce façonnée par une majorité qui, selon lui, a gouverné et géré les finances publiques ensemble, avant de chercher aujourd'hui à donner l'illusion de divergences à l'approche des échéances électorales.

Le dirigeant socialiste a également multiplié les critiques sur plusieurs fronts : récupération politique des succès du football, «silence assourdissant» du gouvernement face au drame des migrants à Sebta, utilisation des moyens de l'Etat et des projets publics à des fins électoralistes, et instrumentalisation du nom de SM le Roi dans les discours partisans.

Derrière cette offensive, un message politique sans ambiguïté : l'USFP entend se présenter comme une «véritable alternative» à la majorité actuelle et affiche clairement son ambition de conduire le prochain gouvernement.

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Driss Lachguar a fermement contesté la présentation de Fouzi Lekjaa comme une alternative politique à Aziz Akhannouch. Selon lui, le ministre délégué chargé du Budget dispose, comme tout citoyen, du droit d'adhérer à un parti et de se présenter aux élections. Il a toutefois appelé à distinguer clairement ce droit de ses responsabilités sportives et organisationnelles.

Pour le dirigeant socialiste, l'arrivée de Lekjaa dans l'arène politique sous les couleurs du PAM ne saurait effacer sa participation à l'actuelle expérience gouvernementale. Les deux hommes, souligne-t-il, ont contribué ensemble à la gestion de la présente mandature. Présenter leur éventuelle confrontation électorale comme un affrontement entre deux projets politiques distincts reviendrait, selon lui, à travestir la réalité du champ politique.

Le Premier secrétaire de l'USFP estime que présenter Lekjaa comme une alternative à Akhannouch reviendrait à enfermer le choix des Marocains entre «deux faces d'une même pièce». Lekjaa ne peut, selon lui, être considéré comme non impliqué dans le bilan du gouvernement puisqu'il occupe une fonction centrale au sein de l'exécutif, en tant que ministre délégué chargé du Budget. A ce titre, il a participé à l'élaboration et à la défense des choix financiers du gouvernement devant le Parlement.

«Comment présenter comme une alternative celui qui a participé à la gestion de l'expérience gouvernementale que l'on prétend vouloir remplacer ?» s'interroge Driss Lachguar.

Le dirigeant socialiste rejette ainsi l'idée d'un véritable affrontement politique entre le PAM, désormais rejoint par Lekjaa, et le RNI, qui dirige le gouvernement. Tant que les deux formations appartiennent à la même majorité et assument ensemble la responsabilité de la gestion gouvernementale, parler d'une opposition entre deux projets politiques relève, à ses yeux, de l'illusion.

Une « alternative » ne se décrète pas par un changement de casquette

Pour Driss Lachguar, vouloir réduire les prochaines élections à un duel entre le RNI et le PAM vise à donner aux électeurs l'impression qu'une nouvelle alternative serait apparue. Or, estime-t-il, il s'agit de deux composantes ayant participé à la même expérience gouvernementale.

Une véritable alternative politique doit, selon lui, reposer sur des différences réelles en matière de programmes, de choix économiques et sociaux, et de vision de l'action publique. Elle ne peut se résumer à un changement de visage ou au passage d'un responsable d'une fonction à l'autre.

Au-delà de la personne de Fouzi Lekjaa, Driss Lachguar estime que c'est la question de l'égalité des chances entre les acteurs politiques qui est posée. Il met en garde contre une situation susceptible d'alimenter la défiance des citoyens à l'égard de la politique et de décourager davantage la participation électorale.

Le Premier secrétaire de l'USFP appelle ainsi les responsables politiques à respecter l'intelligence des électeurs et les règles d'une compétition loyale. Les Marocains, souligne-t-il, ont le droit de choisir entre de véritables alternatives politiques, fondées sur des programmes et des visions différentes, et non entre des formations ayant assumé ensemble la responsabilité des politiques publiques de la mandature actuelle.

Non à l'instrumentalisation électorale du football

Le dirigeant ittihadi s'est également arrêté sur la polémique entourant Fouzi Lekjaa, président de la Fédération Royale marocaine de football et membre du bureau politique du PAM. Il a affirmé que toute tentative de rapprocher les responsabilités exercées par ce dernier dans le domaine du football, ainsi que les grands projets liés notamment à la Coupe du monde 2030, des échéances électorales reviendrait à instrumentaliser un sport populaire qui appartient à l'ensemble des Marocains.

Dans le même esprit, Driss Lachguar a appelé à mettre fin à l'utilisation du nom de Sa Majesté le Roi dans les discours, rassemblements et campagnes électorales. L'Institution monarchique, a-t-il souligné, appartient à tous les Marocains et ne saurait être utilisée par une quelconque partie dans le cadre de la compétition politique, particulièrement à l'approche des élections.

L'USFP est «l'alternative véritable» aux politiques gouvernementales actuelles

Par ailleurs, le Premier secrétaire de l'USFP a affirmé que la prochaine étape exige une réforme politique et de gouvernance en profondeur, fondée sur la rupture avec toutes les formes de rente, de monopole et de concentration économique. Cette réforme doit, selon lui, replacer les questions sociales et la dignité du citoyen au coeur des priorités publiques.

Driss Lachguar a particulièrement insisté sur la nécessité de faire de l'emploi, de la santé, de l'éducation, des retraites et de la vie digne des priorités de l'action publique. Il a également appelé à améliorer les conditions des travailleurs et à garantir aux personnes âgées l'accès aux soins dont elles ont besoin. Pour lui, répondre aux attentes des citoyens passe nécessairement par des choix sociaux clairs et par la mise en oeuvre de réformes concrètes.

Le Premier secrétaire a annoncé que le parti abordera les prochaines échéances électorales avec un programme clair articulé autour de 20 engagements précis soumis aux citoyens. Il considère ainsi le parti de la Rose comme « l'alternative réelle » aux politiques mises en oeuvre durant l'actuelle mandature gouvernementale.

Driss Lachguar a également souligné l'ouverture de l'USFP aux différentes forces démocratiques et modernistes, dans le cadre d'une démarche politique responsable, tournée vers l'avenir, à même d'accompagner les transformations que connaît la société marocaine.

Selon lui, les Marocains ont le droit de disposer de véritables alternatives politiques et de choisir, à travers les urnes, une autre orientation que celle suivie par le gouvernement actuel. Il a, par ailleurs, insisté sur le fait que la responsabilité politique du bilan gouvernemental est collective et ne saurait être dissociée entre le chef du gouvernement et les différents ministres. A ce titre, ce bilan doit, selon lui, subir le verdict électoral.

Evoquant l'évolution du champ partisan, Driss Lachguar a vivement critiqué la transhumance électoraliste des candidats à la veille des élections. Une pratique qui, selon lui, porte atteinte à l'action politique et contribue à consolider chez les citoyens une perception négative de la politique, dans un contexte marqué par les Orientations Royales et les efforts engagés visant à renforcer le système électoral.

Pour le Premier secrétaire de l'USFP, la réforme doit commencer par le champ politique et le processus électoral. Il a ainsi appelé à l'ouverture d'un débat public sur la nature des réformes nécessaires pour la prochaine étape.

Il a toutefois rappelé que l'adhésion à un parti et l'engagement politique constituent des droits garantis à tout citoyen. Il a, en revanche, mis en garde contre l'utilisation de responsabilités publiques ou d'institutions à caractère national à des fins électoralistes.

Une opposition responsable et vigilante

Revenant sur le bilan de l'USFP durant l'actuelle mandature, Driss Lachguar a défendu une opposition qu'il a qualifiée de responsable, consciente et vigilante. Il a rappelé que le parti a formulé de nombreuses propositions, lancé plusieurs initiatives et ouvert d'importants chantiers, tout en estimant que le gouvernement n'avait pas suffisamment valorisé ces efforts pour leur permettre de produire un impact concret sur la vie quotidienne des citoyens.

Il a estimé que l'action politique ne peut plus se poursuivre dans le relâchement actuel et que la prochaine étape exige davantage de dynamisme politique ainsi qu'une capacité accrue à répondre aux préoccupations directes des citoyens.

Selon lui, plusieurs dossiers majeurs n'ont pas bénéficié de l'attention qu'ils méritaient de la part du gouvernement, notamment les libertés individuelles, la dignité, les conditions d'une vie décente, la santé et l'emploi. Autant de questions fondamentales qui, a-t-il insisté, doivent être placées au coeur de l'action gouvernementale et politique.

L'USFP entend ainsi se présenter comme une alternative politique, fondée sur sa propre vision de la réforme et sur ses positions concernant les principaux enjeux sociaux et politiques auxquels le pays est confronté.

Evoquant la situation de l'opposition au sein de l'institution législative, Lachguar a estimé que celle-ci avait été affaiblie au cours de la présente mandature par une décision politique. Il a rappelé que l'USFP n'a cessé d'alerter sur les dysfonctionnements et les dérives, en soulevant des questions, en dénonçant les dysfonctionnements et en attirant l'attention sur les différents problèmes observés dans la gestion publique.

Concernant la motion de censure, il a affirmé qu'il s'agissait d'une initiative de l'USFP, dont la décision a été prise lors d'une réunion du Conseil national du parti. Il a précisé que l'USFP a engagé une démarche d'ouverture envers les différents groupes de l'opposition, dans un esprit de responsabilité, mais qu'elle s'est heurtée à plusieurs obstacles et difficultés.

Il a déploré que cette dynamique ait été suivie de pratiques, d'allégations et de ce qu'il a qualifié de calomnies de la part de certains acteurs.

Le silence assourdissant du gouvernement sur les événements de Sebta

Abordant les tentatives de traversée collective vers le préside occupé de Sebta, Driss Lachguar a vivement critiqué la manière dont le gouvernement a géré ces événements. Il lui reproche notamment de ne pas avoir fourni, au moment des faits, les explications nécessaires à l'opinion publique et de ne pas avoir publié de communiqué permettant d'éclairer les citoyens sur le déroulement réel des événements, alors même que les médias internationaux en suivaient largement les développements.

Selon Driss Lachguar, ces événements s'inscrivent dans le cadre d'une campagne cherchant à faire porter au Maroc la responsabilité de leurs conséquences. Il a également évoqué l'existence de parties susceptibles d'en tirer profit, notamment les réseaux de trafic d'êtres humains, ainsi que de campagnes de désinformation exploitant la situation des jeunes et leur volonté d'émigrer.

Le Premier secrétaire de l'USFP a insisté sur la nécessité de placer la dignité du citoyen, la réponse aux attentes de la jeunesse et la satisfaction de ses revendications au coeur de l'action publique. Il a également appelé au respect effectif des principes d'égalité et de pleine citoyenneté pour l'ensemble des Marocains.

Driss Lachguar a aussi réaffirmé l'ambition de l'USFP de diriger le prochain gouvernement et de mettre en oeuvre son programme, en présentant le parti comme une véritable alternative politique porteuse d'une autre vision de la gestion des affaires publiques.

Dans cette perspective, le Premier secrétaire a insisté sur la nécessité de réunir les conditions politiques et institutionnelles saines, à même de garantir l'intégrité et la transparence des élections. Il a appelé à préserver le processus électoral de toute entrave, de tout discours susceptible de l'influencer, ainsi que de toute utilisation des moyens et mécanismes de l'Etat à des fins politiques ou électorales.

En ce sens, Driss Lachguar a appelé l'administration territoriale à assumer pleinement ses responsabilités et à veiller à mettre fin à toute utilisation des moyens de l'Etat au profit de certains acteurs. Il a notamment insisté sur la nécessité d'éviter l'exploitation de l'influence administrative, des nominations gouvernementales ou encore des projets routiers et d'infrastructures à des fins électorales.

Pour le dirigeant ittihadi, la crédibilité du processus électoral passe nécessairement par la garantie d'une réelle égalité des chances entre les différents partis et par l'interdiction de mobiliser les ressources et moyens publics dans le cadre de la compétition électorale.

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