Maroc: Fahs-Anjra aborde les prochaines législatives dans une configuration singulière

La province de Fahs-Anjra aborde les élections législatives du 23 septembre 2026 dans une configuration singulière. Non seulement parce que cette circonscription ne dispose que de deux sièges à la Chambre des représentants, mais surtout parce que la réalité économique et territoriale de la province donne à la question de sa représentation politique une portée particulière.

Sur un même territoire coexistent en effet l'un des plus importants pôles portuaires, industriels et logistiques du Royaume et un espace encore largement rural, composé de douars dispersés et de centres dont une partie de la population attend toujours que la dynamique économique créée autour de Tanger Med se traduise plus directement dans son quotidien.

C'est cette contradiction qui devrait structurer le débat électoral

Entre des personnalités ayant accumulé plusieurs expériences électorales, des élus ayant changé d'appartenance partisane et de nouvelles compétences aspirant à incarner un renouvellement, la vraie question ne devrait plus être seulement : qui remportera les deux sièges ?

Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn

Elle doit être plus exigeante : qu'a réellement gagné Fahs-Anjra au cours des années de représentation parlementaire écoulées ? Quels dossiers ont avancé ? Lesquels sont restés en suspens ? Et surtout, quelle vision est aujourd'hui proposée pour les années à venir ?

Il serait évidemment injuste de faire porter à un député, à lui seul, la responsabilité du développement d'un territoire. Celle-ci est partagée entre l'État, les gouvernements, les collectivités territoriales, l'administration, les établissements publics et les acteurs économiques.

Mais cette responsabilité partagée ne dispense pas la représentation parlementaire de sa mission essentielle : porter les préoccupations du territoire au niveau national, défendre ses grands dossiers, interpeller le gouvernement, contrôler l'action publique et contribuer à transformer les attentes locales en politiques publiques et en projets programmés.

Une représentation parlementaire doit donc être évaluée non seulement à travers la présence politique de l'élu, mais également à travers sa capacité à faire exister son territoire dans les arbitrages et les priorités nationales.

Le paradoxe de Fahs-Anjra : Une richesse mondiale, des retombées locales encore incomplètes

Fahs-Anjra abrite le complexe portuaire Tanger Med, l'une des grandes réussites stratégiques du Maroc contemporain.

Autour du port s'est développé un puissant écosystème industriel, logistique et économique ouvert sur les grandes chaînes de valeur internationales. Cette réussite appartient au Maroc tout entier et constitue incontestablement un motif de fierté nationale.

Mais plus cette réussite prend de l'ampleur, plus la question de ses retombées territoriales devient légitime.

Comment expliquer qu'un territoire accueillant une telle concentration d'investissements continue de connaître, dans certaines de ses zones rurales, des besoins en matière de mobilité, de santé, d'éducation, de formation, d'équipements collectifs et d'accès aux opportunités économiques ?

Le problème de Fahs-Anjra n'est donc pas l'absence de richesse ou d'investissement.

Il réside dans la capacité à faire en sorte que la richesse créée sur son territoire contribue davantage à sa transformation sociale et territoriale.

Autrement dit, il faut passer d'une logique de localisation des investissements à une véritable logique de territorialisation de leurs bénéfices.

L'économie ne doit pas simplement traverser Fahs-Anjra. Elle doit davantage s'enraciner dans son tissu humain, social et économique.

La province ne peut rester uniquement l'espace où circulent les marchandises, les capitaux et les flux internationaux. Elle doit devenir un partenaire et un bénéficiaire à part entière de la valeur produite sur son propre territoire.

Après avoir relié le port au monde, construire un véritable axe autoroutier territorial

Le Maroc a réussi à connecter Tanger Med aux grands réseaux nationaux et internationaux. Il lui faut désormais franchir une deuxième étape : renforcer la connexion entre cette infrastructure mondiale et son environnement territorial immédiat.

Environ 28 kilomètres séparent Tanger Med de Fnideq. Dès lors, il est légitime d'ouvrir un débat sérieux sur la réalisation d'un axe autoroutier reliant Tanger Med à Fnideq, appelé à s'intégrer dans une vision plus large de connexion avec M'diq, Martil et Tétouan.

Un tel projet ne constituerait pas simplement une nouvelle infrastructure de mobilité.

Il pourrait devenir un véritable corridor territorial, économique et touristique, capable de mieux articuler la puissance portuaire de Tanger Med avec les villes du littoral méditerranéen, les pôles touristiques, les zones d'investissement et les principaux centres urbains du Nord.

La même réflexion mérite d'être engagée pour le ferroviaire

Puisque Tanger Med est déjà connecté au réseau ferroviaire national, pourquoi ne pas inscrire dans une vision à long terme la possibilité d'un prolongement vers Fnideq, puis M'diq, Martil et Tétouan ?

Les grands projets structurants ne naissent jamais au moment où ils deviennent urgents. Ils commencent par une vision, se poursuivent par le plaidoyer, les études et les arbitrages, avant de devenir des réalisations.

C'est précisément l'un des rôles d'une représentation parlementaire ambitieuse : anticiper les besoins du territoire plutôt que simplement accompagner les urgences lorsqu'elles deviennent incontournables.

Une province stratégique doit disposer d'une véritable centralité administrative

La question du siège administratif de la province mérite, elle aussi, d'être clairement posée.

Peut-on durablement concevoir un territoire aussi stratégique sans véritable centralité administrative implantée au coeur même de la province ?

La question dépasse largement celle de la construction d'un bâtiment destiné à abriter l'administration.

Créer une véritable centralité administrative à l'intérieur de Fahs-Anjra pourrait rapprocher les services publics des citoyens, structurer l'urbanisation, attirer de nouvelles activités, développer l'habitat et les services et constituer progressivement un pôle autour duquel pourraient mieux s'organiser les différentes communes.

Dans une province encore marquée par la dispersion des douars, l'aménagement du territoire devient en soi une politique sociale.

Lorsque l'habitat est dispersé, chaque école, chaque centre de santé, chaque équipement sportif, chaque ligne de transport et chaque service public devient plus difficile à programmer et plus coûteux à organiser.

La réflexion sur la création de véritables centres territoriaux ne relève donc pas uniquement de l'urbanisme. Elle concerne directement l'égalité territoriale et l'accès des citoyens aux services publics.

Passer des projets dispersés à un véritable contrat de développement territorial

Fahs-Anjra a désormais besoin d'une vision globale.

Il faut sortir d'une logique de projets successifs ou isolés pour aller vers un véritable contrat territorial de développement, capable d'articuler les ambitions nationales et les besoins locaux.

Ce contrat devrait réunir l'Etat, les collectivités territoriales, les établissements publics, les acteurs de l'écosystème Tanger Med, les opérateurs économiques et les représentants de la société civile autour d'objectifs précis et mesurables.

Il devrait notamment porter sur l'amélioration des infrastructures routières et des transports, le développement de nouvelles centralités administratives et urbaines, la création d'espaces dédiés aux petites et moyennes entreprises, le soutien à l'entrepreneuriat local et le renforcement des dispositifs de formation directement liés aux besoins de l'industrie, de la logistique et du port.

Car la première richesse appelée à bénéficier de la dynamique de Tanger Med doit être la jeunesse du territoire.

Un jeune vivant à quelques kilomètres d'une plateforme économique de dimension mondiale ne devrait pas avoir le sentiment que les emplois, les qualifications et les opportunités créés autour de lui lui demeurent inaccessibles.

Il faut donc construire des passerelles beaucoup plus fortes entre l'école, la formation professionnelle, l'université, les entreprises et les besoins réels de l'économie territoriale.

Mais un territoire ne vit pas uniquement de routes, d'usines et de plateformes logistiques.

Il a également besoin de culture, de sport, d'espaces dédiés aux jeunes et aux femmes, de services de proximité, d'animation sociale et de lieux permettant de renforcer la cohésion territoriale.

Le véritable indicateur d'un modèle de développement n'est pas uniquement le montant des investissements qu'il attire. Il réside surtout dans sa capacité à transformer durablement la vie des citoyens.

Le 23 septembre : Choisir une capacité d'action, pas seulement un candidat

Les élections du 23 septembre posent ainsi directement la question du renouvellement de la représentation politique.

Le renouvellement des élites est nécessaire, mais le rajeunissement ne constitue pas, à lui seul, un programme. De même, l'ancienneté et l'expérience ne peuvent être considérées automatiquement comme des garanties d'efficacité.

Les critères doivent être plus exigeants : compétence, intégrité, formation, connaissance des dossiers, capacité de travail, crédibilité, proximité avec les citoyens, autonomie de jugement et capacité réelle de plaidoyer auprès des institutions nationales.

La participation de nouvelles compétences est réellement porteuse de sens lorsqu'elle apporte une nouvelle manière de penser le territoire, et non lorsqu'elle se contente de donner un visage nouveau à des pratiques anciennes.

Dans une circonscription ne comptant que deux sièges, chaque voix acquiert un poids particulier. La responsabilité de l'administration territoriale est donc également importante afin de garantir la neutralité, l'égalité des chances entre les candidats et la transparence du scrutin.

La compétition électorale doit être arbitrée par les électeurs sur la base des programmes, des bilans, de la confiance et de la compétence, et non par les positions d'influence.

Mais l'électeur porte lui aussi une responsabilité essentielle.

Il lui appartient de comparer les promesses aux réalisations, l'expérience aux résultats et les discours aux projets. Il doit pouvoir demander à ceux qui ont déjà exercé des responsabilités ce qu'ils ont concrètement obtenu pour leur territoire, et à ceux qui sollicitent pour la première fois sa confiance ce qu'ils proposent réellement de changer.

Faire de Fahs-Anjra un partenaire de la richesse produite sur son territoire

Le 23 septembre, la question essentielle ne sera donc pas uniquement de savoir qui remportera les deux sièges parlementaires.

La véritable question sera de savoir qui dispose d'une vision, d'une capacité de travail et d'une force de plaidoyer suffisantes pour faire entrer Fahs-Anjra dans une nouvelle étape de son développement.

Le Maroc a réussi à construire, avec Tanger Med, une infrastructure de rang mondial. C'est une réalisation nationale majeure.

Le défi qui se pose désormais est plus territorial et plus humain : faire en sorte que la puissance du port se traduise par une ambition équivalente dans les routes, les transports, les services publics, l'emploi, la formation, la santé, l'éducation, l'attractivité économique et la qualité de vie des habitants.

Lorsque le citoyen de Fahs-Anjra percevra concrètement les effets de cette réussite dans sa route, son école, son centre de santé, sa formation, les perspectives professionnelles de ses enfants et l'avenir de son village, alors la province aura franchi une étape décisive.

Elle ne sera plus seulement le territoire qui accueille Tanger Med.

Elle deviendra pleinement un territoire qui participe à sa réussite, qui contribue à la création de richesse et qui bénéficie équitablement de ses retombées.

C'est à cette ambition, plus qu'aux slogans ou aux équilibres électoraux du moment, que devra être mesurée la prochaine représentation parlementaire.

Et c'est là que se situe, au fond, le véritable enjeu politique des élections du 23 septembre à Fahs-Anjra : passer d'un territoire qui accueille la puissance économique à un territoire capable de la transformer en progrès partagé.

 

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.