Après le concert hommage à son père sur la Grande Scène de Jazz@Tohatohabato, Ny Ray Fanaiky Rasolomahatratra, fils de l'emblématique bassiste Fanaiky, revient sur cette prestation chargée d'émotion, son apprentissage auprès de son père et son ambition de faire vivre son héritage musical.
Quel est ton ressenti après le concert hommage à ton père ?
Après le concert hommage à mon père, j'ai ressenti beaucoup de fierté, mais aussi de tristesse. De la fierté parce que j'ai pu monter sur scène avec sa musique et porter son héritage devant le public, mais de la tristesse parce qu'il n'était plus là. J'ai surtout eu le sentiment que Fanaiky était encore présent d'une certaine manière. Pour moi, il est toujours là à travers sa musique. Les réactions du public m'ont beaucoup touché. Les applaudissements et les personnes venues échanger avec moi après les prestations m'ont montré que sa musique est toujours présente dans le coeur des gens. Cela me donne encore plus envie de continuer à la faire connaître, à Madagascar, mais aussi au-delà.
Quel a été le déclic pour poursuivre ses pas et rejouer sa basse ?
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J'ai toujours aimé sa musique et j'ai toujours voulu faire comprendre aux gens que Fanaiky est encore là à travers son oeuvre. Après sa disparition, cette envie est devenue encore plus forte. Je veux faire connaître sa musique à d'autres générations et, pourquoi pas, au monde entier. Quand je prends sa basse, j'ai envie de retrouver son style, ses techniques, son toucher et sa manière de jouer. Mais je ne veux pas simplement reproduire la musique de mon père. Je veux aussi devenir un grand bassiste à mon propre niveau, tout en portant ce qu'il m'a transmis.
As-tu des projets futurs autour de l'hommage ?
Oui. J'ai un grand rêve autour de cet hommage. J'aimerais un jour organiser un concert ultime dédié à Fanaiky, en réunissant tous les musiciens et artistes qui ont travaillé avec lui ou contribué à ses albums et à son parcours musical. L'idée serait de reprendre l'ensemble de son oeuvre, avec ses différents albums et ses morceaux, afin de raconter son histoire à travers la musique. C'est un projet très ambitieux et je sais que ce sera difficile à réaliser, mais c'est vraiment l'un de mes plus grands rêves. Je ne veux pas que l'hommage à mon père se limite à un seul concert. Je voudrais que sa musique continue à vivre et à être découverte.
Pour toi, qui était ton père ?
Pour moi, Fanaiky était d'abord mon père avant d'être le grand bassiste que tout le monde connaissait. Il m'a énormément transmis. Quand il préparait un concert ou un album, j'étais souvent avec lui. Je l'aidais dans les installations, notamment avec les effets, et il m'apprenait différentes choses. Même lorsqu'il travaillait sur l'édition audio de ses albums, je regardais ce qu'il faisait et il me montrait certaines choses. Je l'accompagnais aussi pendant ses répétitions et ses concerts, notamment pendant sa maladie.
Il me disait souvent que je pouvais devenir un grand bassiste. Il m'encourageait à apprendre et à travailler parce qu'il pensait que je pourrais aller loin. Ces paroles m'ont énormément encouragé. Je voulais toujours l'impressionner. Aujourd'hui encore, quand je joue, j'ai cette envie de lui montrer que j'ai continué.
Peux-tu décrire ton style et la différence avec ton père?
Pour l'instant, je ne cherche pas vraiment à mettre une frontière entre son style et le mien. Quand je joue sa basse, j'ai parfois l'impression de retrouver certaines de ses techniques et sa manière de jouer. C'est comme si certaines choses qu'il m'a transmises revenaient naturellement en moi. Mais je sais aussi que je dois construire ma propre identité. Mon objectif n'est pas de devenir une copie de Fanaiky. Je veux être Ny Ray Fanaiky, avec mon propre parcours, ma propre façon de jouer et ma propre musique, tout en gardant profondément ce qu'il m'a transmis. Je suis encore en train de construire mon identité artistique, mais l'héritage de mon père fera toujours partie de moi.
Comment as-tu appris à jouer des instruments ?
J'ai commencé la basse à 11 ans. Un jour, mon père m'a appelé et m'a dit : « Viens, je vais t'apprendre la basse. » Il m'a appris les bases. Très rapidement, lui comme moi avons constaté que j'avais une certaine facilité pour l'instrument. Je voyais dans son expression qu'il était fier de moi, et cela m'a beaucoup motivé.
Après avoir appris les bases avec lui, je suis devenu autodidacte. Je voulais progresser et surtout l'impressionner. J'ai donc beaucoup travaillé seul et appris assez rapidement. Vers 13-14 ans, je me suis notamment beaucoup intéressé au slap. Mon père a été celui qui m'a ouvert la porte de la basse, mais une grande partie de mon évolution s'est ensuite faite par moi-même, en travaillant, en cherchant et en essayant constamment de progresser.
Quel est ton parcours artistique ?
Mon parcours a réellement commencé auprès de mon père. Ma première scène avec lui remonte à 2022, au CGM Analakely. J'y ai joué de la basse et de la contrebasse. Nous avions notamment fait un duo : je jouais un morceau que j'avais créé autour du slap à la basse, tandis que mon père jouait la batterie. Après cette prestation, il était très fier de notre duo. C'est aussi à partir de cette période qu'il disait devant le public que je serais sa relève.
Aujourd'hui, cette parole représente pour moi une véritable responsabilité. Je souhaite poursuivre mon propre chemin artistique tout en faisant vivre ce qu'il m'a transmis. À travers la basse, sa musique et les projets que je souhaite développer autour de son oeuvre, je veux continuer à faire connaître Fanaiky et son héritage aux générations actuelles et futures.