Madagascar: L'origine cachée du caoutchouc malgache

La présence du caoutchouc à Madagascar est signalée, dès le XVIIIe siècle, indique Raymond Decary (« L'histoire du caoutchouc malgache »). En 1768, dans son « Voyage à Madagascar », un naturaliste parle de « finguière qui donne un suc laiteux se coagulant en une substance singulière, la gomme élastique ». De même, dans son « Voyage autour du monde », Dumont d'Urville signale le « voaene » comme caoutchouc de Madagascar.

En 1817, Poiret fait connaître le « Vahea gummifera » dont le produit est présenté à l'Exposition de 1851. Cependant, à cette époque, la production qui commence sur la côte Ouest, est faible. Elle est réservée au gouvernement malgache et est entièrement achetée par un commerçant installé à Mahajanga. À partir de 1868, c'est « l'éveil de la côte orientale » et dès 1870, douze tonnes sont exportées de Mananjary vers l'Europe. Un peu plus tard, l'« Intisy » de l'Androy devra acquérir une grande réputation.

C'est en 1891 qu'un commerçant de Tolagnaro nommé Monin remarque que les jeunes Antanosy se confectionnent des sortes de petits tambours, dont la membrane est faite de caoutchouc qu'ils obtiennent en étalant sur leurs corps du latex qu'ils laissent sécher. « Cette découverte, suivie bientôt d'achats par les colons, entraîna une exploitation intensive de l'arbre qui était très abondant dans certaines régions de l'intérieur, vers Behara, Tsilamaha et Tranomaro notamment. »

Mais au début, d'après Jumelle, pour ne pas trahir le secret de l'origine, on vend d'abord le produit à des Indiens. Ces derniers l'exportent en Europe comme provenant de la côte d'Afrique sous le nom de caoutchouc de Kiloa. « À cette époque, alors qu'il était payé au producteur 25 centimes les 500 grammes, il était revendu sous son nom africain 140 francs les 50 grammes : on voit le bénéfice réalisé.

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Ce ne fut qu'un an plus tard, que la véritable origine fut connue. »

Raymond Decary « se permet une petite digression ». Il rappelle qu'en général, les produits naturels de Madagascar ont, plus d'une fois, un début difficile. Il cite le cas des béryls malgaches vendus en France comme pierres du Brésil. A. Lacroix écrit à ce propos : « Le gros de la production gemmifère de Madagascar allait en Allemagne... Les pierres de premier choix étaient écoulées comme originaires du Brésil, alors que les médiocres étaient données comme de provenance malgache. »

Et Raymond Decary ajoute que le béryl jaune de Madagascar ne connaît de vente assurée que lorsque « la variété dite héliodor produite par l'Afrique allemande manqua sur le marché allemand ». Les pierres taillées, les pierres de Nosy Be, doivent pendant très longtemps transiter par le Ceylan (Sri Lanka) avant de trouver acquéreurs.

Raymond Decary poursuit : « Pour donner leur renommée aux gemmes malgaches, il fallut l'exposition organisée en 1931 par le Muséum d'histoire naturelle de Paris. » La vitrine des pierres précieuses présentée par la Société de l'Ankaratra s'avère une révélation et un éblouissement. La collection est achetée par le mécène américain Edward Tück qui l'offre au Muséum.

Revenant sur le caoutchouc, Raymond Decary signale que vers 1893, les « Landolphia » de la région orientale sont finalement reconnues et il se produit une véritable fièvre du caoutchouc qui s'étend d'Antsiranana à Tolagnaro. Les exportations se font surtout sur l'Allemagne par la Maison Oswald, et l'Angleterre par la Maison Procter qui acquièrent « grâce à leurs navires, une sorte de monopole de transport ».

La fièvre ne durera pas toutefois, car les lianes sont détruites rapidement et seul Tolagnaro conserve de l'activité du fait de la richesse de son arrière-pays en « Intisy ».

Plus tard, en 1913, une société anglaise, « The Madagascar Rulber », exploite directement les plantes de l'Ouest. Elle a alors un monopole qui porte sur 50 000 hectares de fait dans le Cercle de Morondava. En contrepartie, elle doit une redevance annuelle par hectare. Elle est également obligée de laisser comme porte-graines trente pieds par hectare exploité et replanter cent cinquante nouveaux pieds sur chacun des mêmes hectares. Elle installe une usine à Belo où se fait le traitement mécanique des tiges et des écorces.

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