Centrafrique: Des sanctions visant les groupes armés prolongées

L'Onu a prolongé l'embargo sur les armes visant les groupes armés en Centrafrique, au risque toutefois de compromettre la réconciliation voulue par Bangui.

Le Conseil de sécurité de l'Onu a adopté, le 29 juillet dernier, une résolution prolongeant le régime de sanctions sur les armes visant les groupes armés. Il s'agit de la seconde reconduction annuelle de ces mesures ciblées et celle-ci intervient dans un contexte où certains groupes armés cherchent à se réorganiser militairement. Mais ces sanctions pourraient aussi compromettre la réconciliation voulue par Bangui.

Cette nouvelle résolution du Conseil de sécurité intervient dans un contexte où certains d'entre eux se réarment et constituent de nouveau une menace pour Bangui.

Pour Thierry Oronfei, ministre conseiller à la présidence, c'est une réponse juste et saluée. "Quand il y a des velléités, ce qui se manifeste aujourd'hui dans l'est et le nord de la République centrafricaine, le Conseil de sécurité doit prendre des mesures afin qu'on ne puisse pas revivre ce que les Centrafricains ont vécu dernièrement", explique-t-il.

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La main tendue aux groupes armés

Le 30 juillet 2024, l'Onu avait levé l'embargo sur les armes visant le gouvernement centrafricain, mais conservé les sanctions contre les groupes armés. Fin juillet dernier, pour la deuxième fois consécutive, le Conseil de sécurité a prolongé ces mesures pour un an.

Cette dernière résolution a fait toutefois l'objet de discussions entre le gouvernement et les acteurs impliqués dans le processus de paix, ce 11 août à Bangui. Selon le ministre Henri Wanzet Linguissara, "il faut tout de même privilégier la main tendue du chef de l'Etat aux groupes armés".

La prolongation de ce régime de sanctions est mal reçue par les plus actifs de ces groupes. C'est le cas du Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC), issu de l'ex-coalition Séléka, du Parti pour le rassemblement de la nation centrafricaine (PRNC), fondé par Noureddine Adam après la scission du FPRC, ou encore des milices d'autodéfense Antibalaka, qui restent actives dans différentes régions du pays.

Enfin, il y a l'ASP, l'Armée pour la sauvegarde du peuple, une coalition rebelle qui a récemment attaqué les zones frontalières avec le Soudan. Aboubakar Sidik est le porte-parole de l'ASP et déplore que l'Onu soit déconnectée, d'après lui, des réalités. "S'ils prenaient en compte ce qui se passe sur le terrain, je pense que les sanctions seraient différentes", assure-t-il.

Préserver l'accord de paix de 2019

Le porte-parole intérimaire de la Minusca, Vladimir Montéïro, se contente de rappeler que cette résolution, adoptée par le Conseil de sécurité, ne concerne pas le mandat de la Minusca.

Julien Bella, directeur de publication du journal Centrafric Matin, pense que les sanctions de l'Onu jouent leur rôle, mais il redoute aussi qu'elles finissent par détourner les groupes armés de l'accord de paix, signé en février 2019.

"C'est un plus, puisque c'est un régime de sanctions et sur place, ici, nous avons la Minusca qui est une force des Nations unies, rappelle-t-il. L'accord de paix prévoit toutefois aussi des sanctions côté gouvernemental, puisque la politique du chef de l'Etat est de tendre la main à tous les groupes armés".

Les sanctions de l'Onu s'ajoutent à l'action de la Cour pénale spéciale qui a ouvert une information judiciaire sur les crimes commis par les groupes armés dans le nord et dans l'extrême est du pays.

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