Dans l'est de la RDC, l'insécurité alimentaire grandit : l'accès aux terres, aux marchés et aux revenus se réduit, tandis que les stratégies de survie des ménages s'épuisent.
Dans l'est de la RDC, des milliers de familles vivent une double crise. D'un côté, l'épidémie d'Ebola qui continue de menacer les communautés. De l'autre, les violences armées, les déplacements répétés et la réduction des activités agricoles plongent des millions de personnes dans l'insécurité alimentaire. Le CICR vient de reprendre ses distributions de vivres et de semences, permettant à plus de 80 000 personnes de recevoir une assistance essentielle malgré les contraintes sanitaires. Comment intervenir lorsque les populations sont contraintes de choisir entre la peur de la maladie et le risque de la faim ? Eléments de réponse dans cet entretien avec Abdoule-Karim DIOMANDE, chef des Programmes au CICR en RDC.
L'épidémie d'Ebola survient dans un contexte déjà marqué par des années de conflits et de déplacements de population dans l'est de la RDC. En quoi cette crise sanitaire vient-elle aggraver les difficultés auxquelles les ménages sont confrontés au quotidien ?
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L'épidémie d'Ebola s'ajoute aux conséquences tragiques des conflits qui touchent l'est de la RDC depuis de nombreuses années et affectent profondément la vie des communautés ainsi que leurs perspectives d'avenir. Les conditions de vie et les moyens de subsistance des populations ont déjà été perturbés à plusieurs reprises par les hostilités et les violences.
À chaque nouvelle crise, leur capacité à faire face et à se relever s'affaiblit. Dans les zones les plus touchées, Ebola réduit davantage les stratégies d'adaptation des ménages et freine les activités économiques. Les effets sont particulièrement visibles lorsque des mesures de restriction sont mises en place et que le fonctionnement des marchés est perturbé. Naturellement, ce sont les personnes les plus pauvres et les plus vulnérables qui en subissent les conséquences les plus lourdes.
Concrètement, quelles sont aujourd'hui les principales conséquences de cette situation sur la sécurité alimentaire des ménages et sur leur capacité à maintenir une production agricole suffisante ?
Les conséquences sur la sécurité alimentaire sont nombreuses. En raison de l'insécurité, de nombreuses familles n'ont plus accès à l'ensemble de leurs terres et concentrent leurs activités agricoles autour des villages ou des zones considérées comme sûres. Cette situation entraîne une surexploitation des terres accessibles et risque de provoquer leur appauvrissement à long terme.
Par ailleurs, les services de vulgarisation agricole, qui devraient accompagner les producteurs et améliorer les rendements, fonctionnent difficilement en raison du conflit et des problèmes d'accès aux zones où les populations ont trouvé refuge. Les capacités de résilience des ménages sont donc fortement réduites. La situation est encore plus préoccupante dans les zones frontalières, où les restrictions et la fermeture des frontières perturbent les échanges commerciaux dont dépendaient de nombreuses communautés pour leur approvisionnement et leurs revenus.