Depuis le 08 août dernier, la Libye se rappelle à nos mauvais souvenirs. Des attaques aux drônes non revendiquées ont détruit une bonne partie de la raffinerie de la ville de Zawiya, à 50 km au nord de Tripoli. Elle est la 2e plus importante du pays et sous le contrôle du gouvernement d'Abdoulamid Dbeibah. Les analystes en étaient encore à disséquer les implications de ces attaques en cours depuis samedi dernier quand le chef des renseignements de l'armée du maréchal Haftar a été tué le 10 août dans un attentat à la voiture piégée, en pleine Benghazi, à la sortie d'une mosquée où il était allé prier.
Ces attaques de drônes contre des sites réputés sous protection gouvernementale, cet assassinat d'un des officiers les plus protégés du clan Haftar sont des faits graves qui indiquent que la Libye est en proie à un regain de tension politico-militaire. Si ce n'est pas la fin de la cessation des hostilités entre les troupes fidèles au gouvernement de Tripoli qui contrôle peu ou prou l'ouest du pays et l'armée du clan Haftar solidement installé à Benghazi et à l'est du pays, c'est le plan de paix américain qui est mis à rude épreuve.
Cette initiative américaine de paix globale en Libye dite "plan Boulos", du nom de Massad Boulos, l'émissaire de Donald Trump en Afrique, devrait conduire à "une réunification politique, militaire et économique" du pays. C'est connu, depuis la rébellion armée, suscitée et largement soutenue par des pays de l'OTAN, notamment les États-Unis et la France, qui a conduit à la chute de Mouammar Khadafi en octobre 2011, la Libye est sujette à une partition du pays.
Des groupes armés qui se disputaient les restes de l'État en butin de guerre, après 2 guerres civiles de 2011 à 2021, c'est le Haut conseil d'État chapeauté par un conseil présidentiel que dirige le président Mohamed El Menfi et le Premier ministre Abdulhamid Dbeibah, reconnus par l'ONU qui détient l'essentiel du pouvoir à Tripoli et dans l'ouest du pays. Le maréchal Haftar et son clan, à la tête de troupes dites Armée nationale de Libye (ANL) règnent à Benghazi et contrôlent l'est de l'ancienne Jamahiriya khadaffienne.
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Le plan Boulos, entériné par l'administration Trump, prévoit un gouvernement d'union nationale avec comme président, Saddam Haftar, fils et héritier désigné du maréchal Haftar. Abdulhamid Dbeibah resterait Premier ministre. Les armées à l'ouest et à l'est devraient fusionner avec un commandement unique et l'entreprise publique des hydrocarbures, la NOC, prendrait possession des sites d'exploitation qui n'appartiennent pas à des compagnies étrangères, tout en facilitant l'obtention de nouvelles concessions à ces dernières.
Ce plan Boutros, accepté en ces grandes lignes par le gouvernement légal et le clan Haftar, devrait être mis en oeuvre d'ici la fin octobre 2026, comme pour célébrer la réconciliation nationale au 15e anniversaire de la chute de Mouammar Kadhaffi, le 20 octobre 2011.
Ce plan de paix américain est la dernière initiative internationale crédible à même de régler la vieille guerre civile libyenne, car la nouvelle guerre au Proche-Orient qui a mis la quasi totalité des pays du golfe arabo-persique en branle bas de combat l'avait reléguée aux oubliettes. Les nouvelles péripéties de la 3e guerre du Congo, la nouvelle épidémie d'Ébola, la surprenante résistance ukrainienne à "l'opération spéciale" de l'armée russe, la nouvelle donne au Sahel avec la création de l'AES sont autant de nouveaux événements qui captent plus l'intérêt des médias, des leaders d'opinion et des décideurs du monde.
Hélas, ces attaques de drônes contre la raffinerie de Zawiya, l'assassinat du général Fauzi Al Mansouri, le directeur des renseignements du maréchal Haftar, remettent sous les projecteurs de l'actualité, une Libye en grande peine de pansement de sa grande déchirure politique et territoriale. De quoi faire regretter aux Libyens les réels progrès socio-économiques que le pays a connu sous Mouammar Kadhaffi.
Au-delà des Libyens, c'est beaucoup d'Africains notamment les populations du Sahel qui n'oublient pas que la chute de Mouammar Kadhaffi a été comme une rupture de digue qui a permis le déferlement des groupes armés terroristes sur leurs pays. C'est donc comme une ironie du sort si l'État islamique (EI) revendique l'assassinat du chef de renseignement du général Haftar.
Quand on sait que le chef d'état major de l'armée d'Haftar promet de retrouver les exécutants et les commanditaires de ce meurtre et de leur faire rendre gorge, on en vient à penser que le plan Boulos, si près d'aboutir pourrait connaitre un recul mortel. Les factions libyennes pourraient être poussées à de nouveaux affrontements. Le gouvernement de Tripoli se servant de groupes terroristes pour combattre la dissidence du clan Haftar. En tout cas, c'est ce que donne à penser le chef d'état major de l'armée du maréchal Haftar qui parle de « tactique terroriste méprisable », tandis qu'un autre responsable militaire avoue « suspecter une attaque djihadiste » dans l'assassinat du général Fauzin al- Mansouri.
Attaques terroristes ou pas, ces nouveaux événements sont de véritables secousses qui pourraient mettre en échec le plan de paix américain. On attend de voir!
