Cameroun: Françoise puene - « Des ministres vivent dans la frustration »

La sénatrice Françoise Puene, figure du RDPC et proche du pouvoir, a révélé que des membres du gouvernement vivent dans la frustration, huit mois après l'annonce par Paul Biya d'un remaniement ministériel. Personne ne sait s'il sera reconduit ou écarté.

Huit mois d'attente. Huit mois de suspens. Huit mois durant lesquels les ministres camerounais, en place depuis le 4 janvier 2019, ignorent s'ils seront maintenus ou remerciés. Une situation inédite qui, selon la sénatrice RDPC, plonge l'exécutif dans une frustration grandissante.

8 mois d'attente : le remaniement annoncé mais jamais venu

Le 31 décembre 2025, lors de son message de fin d'année, Paul Biya a solennellement promis la formation d'une nouvelle équipe gouvernementale. Le 10 février 2026, il a réitéré cette promesse lors de son adresse à la jeunesse. Depuis, plus rien.

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Huit mois plus tard, le gouvernement camerounais, dirigé par Joseph Dion Ngute, est toujours en place. Aucun décret de remaniement n'a été publié. Cette situation est inédite depuis 1992, et elle est diversement vécue au sein de l'exécutif.

« Des ministres vivent dans la frustration » : l'alerte de Françoise Puene

Invitée de l'émission « Sans Tabou » sur Naja TV, la sénatrice Françoise Puene, plus connue sous le pseudonyme de Mamy Nyanga, a brisé le silence. Elle a déclaré :

« Certains membres du gouvernement vivent actuellement dans la frustration parce qu'ils ne connaissent pas leur sort. Cela fait 8 mois que Paul Biya a annoncé un remaniement ministériel. Personne ne sait s'il ou elle sera reconduit. »

Une déclaration qui confirme ce que de nombreux observateurs soupçonnaient : l'attente prolongée pèse sur le moral des ministres en fonction.

« De nombreux ministres jouent de prudence »

Les conséquences de cette attente sont bien réelles. Selon un haut cadre d'un ministère cité par RFI, « au sein de l'exécutif, de nombreux ministres jouent de prudence dans le traitement des dossiers relevant de leurs sphères de compétences, par peur de l'inconnu ».

Le ministre délégué auprès du ministre de la Justice, Jean De Dieu Momo, entré au gouvernement le 4 janvier 2019, confesse : « Au début, comme tout le monde, j'étais attentif au journal de 17h qui pouvait apporter la nouvelle d'un remaniement ministériel. Mais avec le temps, je crois que le président a d'autres préoccupations que de faire un remaniement ministériel ».

Les raisons du blocage selon les analystes

Pour Aristide Menguele, politologue à l'université de Douala, plusieurs paramètres expliquent ce retard :

  •  Les difficultés à faire un casting optimal en raison de « l'épuisement d'une ressource politique cruciale : l'information ».
  •  Des enjeux de rupture : « comment rompre sans compromettre l'équilibre déjà fragile de la société politique camerounaise ? ».
  •  La tension entre générations : la jeune génération volontaire pour poursuivre le Renouveau, et « les aînés sociaux qui semblent se demander : "Qu'adviendra-t-il de nous ?" ».
  • Une sénatrice proche du pouvoir qui ose parler

Françoise Puene, élue sénatrice du RDPC pour la région de l'Ouest en 2023, est une figure incontournable du paysage politique et économique camerounais. Infirmière diplômée d'État reconvertie dans l'entrepreneuriat, elle est PDG du Groupe Franco & CIE S.A depuis 1999. Surnommée « la sénatrice la plus connectée de Yaoundé », elle est une soutien affiché de Paul Biya.

Ses déclarations ne sont donc pas anodines. En évoquant la frustration des ministres, elle met en lumière une réalité que les proches du pouvoir taisent généralement.

Absence de Biya et remaniement bloqué

Depuis le 7 juin 2026, Paul Biya, 93 ans, a quitté Yaoundé pour un « court séjour privé en Europe » et n'est toujours pas rentré. Cette absence, la plus longue de son règne, alimente les rumeurs sur son état de santé et retarde probablement la formation du nouveau gouvernement.

Le gouvernement assure qu'il est « en vie » et que son retour est « imminent », mais l'opposition dénonce un « vide institutionnel ».

Les conséquences d'une attente prolongée

L'attente de huit mois a des conséquences multiples :

  •  Blocage administratif : les ministres, par peur de l'inconnu, freinent le traitement des dossiers.
  •  Frustration et démotivation : les membres de l'exécutif ignorent s'ils seront reconduits ou écartés.
  •  Perte de crédibilité : l'opinion se perd en conjectures face au silence présidentiel.
  •  Paralysie politique : le pays fonctionne en « pilotage automatique », selon l'expression controversée utilisée par Françoise Puene elle-même pour défendre l'absence de Biya.

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