Maroc: Driss Lachguar et le défi de 2026 - Garantir l'équité électorale, restaurer la confiance et construire l'alternative ittihadie

A l'approche des élections législatives de 2026, plusieurs interrogations traversent désormais le débat politique marocain : l'USFP ambitionne-t-il simplement d'améliorer son score électoral ou entend-il réellement arriver en tête du scrutin et conduire le prochain gouvernement? Quelle alternative politique, économique et sociale propose-t-il aux Marocains? Comment garantir des élections sincères, équitables et protégées de l'influence de l'argent, des responsabilités publiques et des moyens de l'Etat? Comment préserver l'administration territoriale, les grands projets nationaux, le football et l'Institution monarchique de toute instrumentalisation partisane? Et, au-delà de la compétition électorale, comment restaurer la confiance des citoyens, répondre à la crise sociale, renforcer l'opposition et redonner un horizon à une jeunesse confrontée au chômage, aux inégalités et à la tentation de l'émigration ?

Autant de questions auxquelles Driss Lachguar, Premier secrétaire de l'USFP, a apporté des réponses lors de son entretien avec la Fondation Fqih Tetouani, qui s'est déroulé au siège central de l'Union Socialiste des Forces Populaires à Rabat. Cet échange m'a paru particulièrement important parce qu'il n'a pas réduit les élections de 2026 à une simple bataille de sièges ou de personnes. Il a replacé le débat sur le terrain qui devrait être le sien : celui des choix politiques, des responsabilités et de la confiance des citoyens.

Une alternative doit être clairement identifiable

Ce que je retiens d'abord, c'est l'affirmation sans ambiguïté de l'ambition ittihadie : l'USFP ne cherche pas simplement à améliorer sa représentation parlementaire. Il aspire à arriver en tête des élections et à conduire le prochain gouvernement.

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Une telle ambition crée cependant une obligation politique majeure. Il ne suffit pas de critiquer la majorité ou son bilan ; il faut démontrer en quoi l'alternative proposée est réellement différente et en quoi elle peut changer concrètement la vie des citoyens.

A mes yeux, remplacer un responsable par un autre au sein du même espace politique ne constitue pas nécessairement une alternance. La véritable rupture doit se mesurer dans les choix économiques et sociaux, la redistribution des richesses, l'emploi, la santé, l'éducation, les retraites, la protection des travailleurs, les libertés et la réduction des inégalités sociales et territoriales.

C'est dans cette perspective que prennent tout leur sens les vingt engagements annoncés par l'USFP. Leur crédibilité dépendra néanmoins de leur traduction en objectifs réalisables, financés, mesurables et soumis à l'évaluation et à la reddition des comptes. L'alternative ittihadie devra donc être non seulement différente dans son discours, mais crédible dans ses moyens et précise dans ses engagements.

L'équité électorale commence bien avant le scrutin

L'un des messages les plus importants de cet entretien concerne, à mon avis, les conditions mêmes de la compétition électorale. Une élection n'est pas transparente uniquement parce que les opérations de vote se déroulent normalement le jour du scrutin. Sa sincérité se construit plusieurs mois auparavant.

Neutralité de l'administration, contrôle de l'argent électoral, égalité des chances, lutte contre l'influence et refus de toute utilisation des nominations, des projets publics, des routes, des infrastructures ou des responsabilités institutionnelles à des fins partisanes : c'est là que commence réellement la confiance.

L'Etat ne doit donc pas seulement proclamer sa neutralité ; il doit garantir concrètement l'égalité de la ligne de départ entre toutes les formations politiques.

Cette exigence vaut également pour le football. Fouzi Lekjaa dispose naturellement du droit à l'engagement politique et partisan. Mais l'équipe nationale, les stades, les grands chantiers sportifs, la préparation du Mondial 2030 et l'enthousiasme populaire appartiennent à tous les Marocains. Ils constituent un patrimoine national commun et ne sauraient devenir un capital électoral au profit d'un parti.

Le même principe doit prévaloir concernant l'Institution monarchique, institution fédératrice de la Nation et commune à tous les Marocains, qui doit rester au-dessus de toute compétition partisane et de toute instrumentalisation électorale.

Une démocratie forte suppose une opposition forte

Lorsque Driss Lachguar évoque l'affaiblissement de l'opposition ou rappelle l'initiative ittihadie de la motion de censure, il pose une question qui dépasse les intérêts d'une formation politique: celle de l'équilibre démocratique.

Une majorité peut disposer de la légitimité et des moyens de gouverner ; cela ne suffit pas à faire vivre pleinement une démocratie. Celle-ci exige aussi une opposition capable de contrôler, d'interpeller, de proposer des alternatives et d'obliger l'exécutif à rendre compte de ses décisions.

Le même principe vaut pour les débats législatifs, notamment ceux relatifs à la profession d'avocat. Respecter les institutions ne signifie pas renoncer au droit de contester, d'argumenter ou de demander l'amélioration d'une loi. La maturité démocratique consiste précisément à organiser le désaccord dans le cadre des institutions et du droit.

2026 : reconquérir la confiance avant de conquérir le pouvoir

Les événements de Sebta occupée rappellent enfin que la question politique est aussi sociale et générationnelle. Lorsque des jeunes risquent leur vie pour chercher ailleurs une perspective qu'ils ne trouvent plus chez eux, le problème ne peut être réduit à la seule sécurité des frontières.

Il devient une question de dignité, d'emploi, de mobilité sociale, d'espoir et surtout de confiance dans l'avenir.

Voilà pourquoi je considère que l'enjeu fondamental de 2026 ne sera pas uniquement de savoir quel parti arrivera en tête ou combien de sièges chaque formation remportera. La véritable bataille sera celle de la confiance.

Il faudra convaincre les citoyens que leur vote peut réellement modifier les politiques publiques, réorienter les priorités, renforcer les équilibres démocratiques et ouvrir la voie à une autre manière de gouverner.

C'est sur cette exigence que l'alternative ittihadie devra être jugée : non seulement sur sa capacité à remplacer une majorité, mais surtout sur sa capacité à proposer aux Marocains un projet crédible, socialement juste, démocratiquement responsable et politiquement différent. Car changer les visages ne suffit pas; l'alternance n'a de sens que lorsqu'elle change les politiques, les priorités et la relation entre le citoyen et l'action publique.

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