Afrique: Le plan de 5 milliards de dollars destiné à maintenir les emplois du coton sur le continent

Ngozi Okonjo-Iweala , Directrice générale de l'Organisation mondiale du commerce (OMC)

L'Afrique produit d'importantes quantités de coton, mais transforme encore très peu de cette matière première en vêtements. Une nouvelle initiative de 5 milliards de dollars entend changer la donne en faisant émerger une véritable industrie textile régionale, capable de créer des centaines de milliers d'emplois et de retenir davantage de valeur sur le continent.

Sur la route qui quitte Koudougou, au Burkina Faso, les champs de coton s'étendent à perte de vue. De lourds camions chargés de balles de coton traversent la campagne en direction des frontières et des ports d'Afrique de l'Ouest. La fibre parcourra ensuite des milliers de kilomètres avant d'être transformée dans des usines asiatiques. Quelques mois plus tard, elle reviendra parfois sur le continent sous la forme de chemises, d'uniformes scolaires, de serviettes ou de draps.

Entre-temps, la valeur ajoutée aura été créée ailleurs. Les emplois aussi.

Aujourd'hui, les principaux producteurs de coton d'Afrique de l'Ouest veulent mettre fin à ce modèle économique. Les pays du groupe C4+ - le Bénin, le Burkina Faso, le Mali et le Tchad, avec la Côte d'Ivoire en tant qu'observateur - soutiennent un vaste projet destiné à renforcer les capacités régionales de transformation, à conserver une plus grande partie de la valeur créée par le coton et à développer l'emploi industriel.

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Une étude réalisée dans le cadre de l'initiative cotonnière menée par l'Organisation mondiale du commerce (OMC) conclut que la transformation du secteur nécessitera d'importants investissements dans les filatures, les usines textiles et la confection. Le programme prévoit de mobiliser environ 5 milliards de dollars sur une période de dix ans et pourrait générer près de 500 000 emplois directs dans l'industrie manufacturière, la logistique et les secteurs connexes.

Pour la directrice générale de l'OMC, Ngozi Okonjo-Iweala, l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique centrale se trouvent à un tournant historique.

« Nous sommes sur le point de bâtir une industrie textile et de l'habillement moderne », a-t-elle déclaré lors du lancement officiel du projet, le 25 mars dernier, à Yaoundé, au Cameroun.

Baptisée Partenariat pour le coton (PPC), l'initiative rassemble des gouvernements, des organisations internationales, des institutions financières et des acteurs du secteur privé afin d'aider les pays du C4+ à dépasser le simple modèle d'exportation du coton brut et à capter davantage de valeur tout au long de la chaîne de production.

Le programme comprend également Africa Textile Invest, une plateforme destinée à mettre en relation les investisseurs avec les zones industrielles, les données sectorielles et les opportunités d'investissement tout au long de la chaîne de valeur, du champ de coton jusqu'au vêtement fini.

George Elombi, président d'Afreximbank, considère cette initiative comme une étape importante dans la stratégie d'industrialisation du continent.

Lors d'une visite de la zone industrielle de Glo Djigbé, au Bénin, au début du mois d'août, il a souligné que la réduction de la dépendance aux importations pourrait permettre de réinjecter des milliards de dollars dans les économies africaines.

« Même si cette industrie est considérée comme fortement dépendante de la main-d'œuvre, elle peut être modernisée tout en conservant une importante composante humaine », a-t-il déclaré.

« Le marché africain des importations dans ce secteur représente environ 50 milliards de dollars. Si nous parvenions à réduire ce montant de seulement 50 %, cela représenterait une économie de 25 milliards de dollars chaque année. »

Construire une chaîne textile régionale

Selon le Partenariat pour le coton, plus de 10 millions de personnes dans les pays du C4+ dépendent directement ou indirectement du coton pour leurs moyens de subsistance. L'enjeu économique est donc considérable.

Pendant des décennies, la production de coton et l'industrie textile ont évolué séparément en Afrique de l'Ouest. La région produit d'importants volumes de coton, mais près de 98 % de cette production est exportée sous forme de fibre brute.

À l'échelle continentale, l'Afrique représente entre 7 % et 10 % de la production mondiale de coton, mais moins de 2 % des exportations mondiales de textiles et d'habillement.

Pour inverser cette tendance, le projet propose la création d'un corridor textile régional reliant le Bénin, le Burkina Faso, le Mali, le Tchad et la Côte d'Ivoire.

L'objectif est de mutualiser les ressources, d'intégrer les chaînes d'approvisionnement et de créer un marché textile régional unique plutôt que cinq marchés nationaux fragmentés.

Les financements d'institutions telles qu'Afreximbank et l'Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI) permettront notamment d'installer des unités modernes d'égrenage, de filature, de tissage et de confection à proximité des principaux axes de transport.

L'ambition est claire : permettre à un coton cultivé au Mali, par exemple, d'être transformé en fil au Burkina Faso, converti en tissu en Côte d'Ivoire, puis assemblé en vêtements au Bénin avant d'être commercialisé sur les marchés africains ou internationaux.

Pour coordonner cette vaste chaîne régionale, l'OMC propose un plan d'action de deux ans définissant précisément le rôle de chaque partenaire.

L'ONUDI sera chargée du développement industriel, le Centre du commerce international (ITC) se concentrera sur les relations avec le secteur privé, tandis que l'OMC supervisera les questions liées aux politiques commerciales. Afreximbank, la Banque africaine de développement et la Société internationale islamique de financement du commerce assureront le financement et le développement des infrastructures.

Combler le « chaînon manquant »

Pour Katie Hall, conseillère principale de l'ITC pour les secteurs du coton, du textile et de l'habillement, le véritable enjeu réside dans ce qu'elle appelle le « chaînon manquant ».

« C'est au milieu de la chaîne de valeur que se crée la richesse », explique-t-elle.

Ce « milieu » correspond aux activités de transformation : filature, tissage, tricotage, teinture, finition et confection.

Les initiatives soutenues par la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) visent précisément à renforcer la coordination entre ces différentes étapes afin de créer des chaînes de valeur intégrées, depuis la production du coton jusqu'à la distribution des vêtements.

Aujourd'hui, le coton brut se négocie entre 75 et 86 cents la livre, soit environ 1 900 dollars la tonne. Pourtant, la plus grande partie de la valeur est créée après la récolte.

Chaque étape de transformation réalisée en dehors du continent représente donc une opportunité économique perdue pour l'Afrique.

Selon l'ITC, le marché le plus prometteur pour ces futurs produits textiles est d'abord le continent africain lui-même.

Avec l'essor de la ZLECAf, la croissance démographique et l'émergence d'une classe moyenne, la demande africaine en vêtements et en textiles devrait continuer à augmenter au cours des prochaines années.

L'exemple éthiopien et la question de la qualité des emplois

L'expérience du parc industriel de Hawassa, en Éthiopie, démontre qu'il est possible d'attirer des fabricants internationaux et de créer des milliers d'emplois dans le secteur textile.

Mais cette expérience met également en évidence certaines limites.

Des études ont montré que de nombreux travailleurs du secteur percevaient des salaires inférieurs au revenu vital, même après la prise en compte des primes et des subventions alimentaires. Des difficultés liées à la représentation syndicale ont également été signalées.

Le projet du C4+ n'a pas encore précisé les normes sociales qui encadreront les 500 000 emplois annoncés.

L'expérience des précédentes zones industrielles montre pourtant que la qualité des emplois créés sera aussi importante que leur nombre.

Des maillots de football fabriqués en Afrique ?

L'OMC et la FIFA souhaitent également créer une demande initiale pour les produits textiles fabriqués en Afrique.

L'idée est d'approvisionner certains programmes, notamment Football for Schools, en polos, tee-shirts et autres vêtements de sport produits dans les futures usines d'Afrique de l'Ouest.

Cette stratégie permettrait d'offrir aux fabricants un premier marché stable, capable de soutenir les investissements avant la conquête de marchés internationaux plus importants.

Les règles commerciales détermineront le succès du projet

La ZLECAf devrait constituer le principal levier d'intégration du projet.

Une usine textile n'a pas nécessairement besoin de regrouper toutes les étapes de production dans un seul pays. Un modèle régional peut fonctionner à condition que le coton, le fil, le tissu et les vêtements puissent circuler facilement entre les pays voisins.

Les règles d'origine seront donc déterminantes.

Elles permettront de définir précisément les critères qu'un produit devra respecter pour pouvoir porter l'étiquette « Made in Africa » et bénéficier des avantages commerciaux prévus par les accords régionaux.

Les pays du C4+ dénoncent depuis longtemps les subventions accordées aux producteurs de coton dans certaines grandes puissances agricoles, estimant qu'elles faussent les prix mondiaux et réduisent leur compétitivité. D'autres membres de l'OMC considèrent toutefois que cette question doit être traitée dans le cadre plus large des négociations sur les subventions agricoles.

Malgré ces divergences, le projet avance.

Et si les investissements annoncés se concrétisent, les camions qui quittent aujourd'hui les champs de Koudougou pourraient bientôt transporter des serviettes, des chemises et des uniformes portant fièrement l'étiquette « Fabriqué en Afrique ».

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