L'opposant et ancien Premier ministre tchadien, Succès Masra, a tendu la main au pouvoir de Ndjaména à sa sortie de prison, ouvrant la porte à un gouvernement d'union nationale. Nombreux sont les internautes qui se demandent s'il est guidé par le patriotisme et son attachement à l'intérêt du pays ou s'il est dans une entente avec le chef de l'État pour occuper la scène politique.
Libéré dans la nuit du 14 au 15 août 2026, après avoir bénéficié d'une grâce présidentielle le 14 août, Succès Masra a déclaré à ses partisans : « Je ressors de cette expérience encore plus convaincu, ayant encore plus la soif et la faim dans la justice pour notre peuple », avant de réitérer sa « disponibilité à travailler avec le chef de l'État » pour faire avancer le Tchad.
Il avait été incarcéré après sa condamnation à 20 ans de prison dans le dossier des violences de Mandakao, la justice tchadienne lui reprochant notamment la diffusion de messages à caractère haineux et xénophobe, l'association de malfaiteurs et la complicité de meurtre.
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Sur les réseaux sociaux et dans les réactions publiques, la libération de Succès Masra a suscité des commentaires contrastés. Du côté des partisans des Transformateurs, le vice-président du parti, Ndolembai Sadé Njesada, a salué sur la page Facebook de la présidence tchadienne une décision allant dans « l'esprit d'unité nationale qui est en train de naître » et a dit espérer que les acteurs politiques puissent désormais « s'asseoir autour d'une table pour faire avancer la paix ».
Des militants proches des Transformateurs ont, eux, relayé des messages de soulagement et de mobilisation autour de mots d'ordre comme « pardon », « unité » et « Tchad réconcilié ».
À l'inverse, les opposants, la grâce ne règle pas le problème de fond, car elle ne vaut pas amnistie et laisse planer la question de l'éligibilité de Succès Masra. Des voix critiques de l'opposition ont également dénoncé une libération jugée incomplète. Puisque Hissein Abdoulaye, porte-parole du Groupe de concertation des acteurs politiques (Gcap) et du parti Les Patriotes, a estimé que le fait d'arrêter des leaders politiques, de les condamner puis de les gracier tout en maintenant les conséquences judiciaires revenait à un « recul démocratique très grave ».
Plusieurs responsables proches du Gcap, dont le président des Patriotes, Nassour Ibrahim Koursami, avaient été incarcérés après leur arrestation le 25 avril 2026. Les autorités leur reprochaient notamment des faits d'attroupement, d'association de malfaiteurs, d'insurrection, de rébellion et de détention d'armes. Leurs soutiens contestent ces accusations, affirmant que les interpellations ont eu lieu dans des lieux privés, que les armes saisies étaient légalement détenues et que le dossier visait surtout à écarter des figures de l'opposition.
D'autres commentaires, plus sceptiques, vont plus loin et soupçonnent un arrangement entre le pouvoir et Succès Masra. Sur Facebook et X, certains internautes affirment que cette libération, suivie d'une main tendue au chef de l'État, ressemble à un « deal politique » destiné à replacer l'ancien Premier ministre au centre du jeu tout en donnant au pouvoir une image d'ouverture.
D'autres parlent d'une « opposition contrôlée » ou d'un « accord de façade », estimant que la grâce présidentielle permettrait à Mahamat Idriss Déby de desserrer la pression politique sans réhabiliter pleinement son ancien rival. Ces commentaires restent toutefois des appréciations politiques exprimées en ligne et ne constituent pas une preuve d'un accord formel entre les deux hommes.