Tchad: Succès Masra relance le débat sur l'inclusivité

Succès Masra veut un pouvoir plus inclusif au Tchad. Le parti au pouvoir assure que l'équilibre ethnique et régional constitue déjà un principe de gouvernance.

Dans ses premières déclarations après sa libération, consécutive à sa grâce présidentielle, Succès Masra a réaffirmé son attachement à un Tchad uni dans sa diversité. Le président du parti Les Transformateurs a plaidé pour un rassemblement de toutes les composantes du Tchad, sans exclusion, qu'il s'agisse des communautés chrétiennes, musulmanes et animistes, ou des différentes provinces du pays.

Pour l'analyste Yamingué Betinbaye, cette prise de position ne constitue toutefois pas une nouveauté, puisqu'elle s'inscrit dans la tradition du discours politique de l'opposant.

"C'est une position que Succès Masra défendait déjà avant d'aller en prison. Il s'inscrit dans la continuité de la ligne qu'il défendait. C'est vrai, que ce soit dans les institutions, ou dans la haute administration, il y a une représentativité qui est très déséquilibrée entre les régions. L'équilibre confessionnel aussi n'est pas représenté, même s'il n'y a pas de travaux de fond qui puissent montrer des statistiques."

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"Pas de problème religieux au Tchad"

Le chercheur Christian Baidessou s'offusque pour sa part de l'instrumentalisation de la question religieuse par Succès Masra.

"Le peuple dans sa globalité aspire à plus de justice, à une équité dans la répartition des richesses nationales, à un accès égal à la fonction publique et aux postes nominatifs civils et militaires. Mais le passage de son intervention appelant à une répartition égalitaire entre les chrétiens et les musulmans est maladroit. Il n'y a pas encore un problème de religion au Tchad."

Pour le porte-parole du Mouvement patriotique du salut (MPS), le parti au pouvoir, Abdel Nasser Garboa, l'inclusivité est déjà une réalité au Tchad.

"Le Tchad est un pays africain et comme tous les pays africains, il a ses sensibilités ethniques religieuses et régionales. Tous les gouvernements, toutes les institutions, essayent de respecter cet équilibre depuis l'indépendance. Ce n'est pas une nouveauté. Pour nous, au MPS, l'ensemble de la classe politique tchadienne est appelé à participer aux actions qui sont menées par le gouvernement."

Un nouveau gouvernement pas à l'ordre du jour

Quant à la formation d'un nouveau gouvernement comme souhaité par Succès Masra, le porte-parole du MPS estime que, "tout est envisageable mais il n'y a pas d'urgence, le chef de l'État a un agenda, a un mandat, nous sommes à mi-mandat de l'exécution du programme pour lequel il a été élu et c'est le chef de l'État qui après évaluation peut décider de continuer avec le gouvernement ou de l'ouvrir."

Le Tchad compte plus de 200 groupes ethniques répartis entre un Nord majoritairement musulman et un Sud à forte composante chrétienne et animiste.

Depuis l'indépendance, toutes les constitutions tchadiennes - y compris celle adoptée par référendum, en décembre 2023, sous la présidence transitoire de Mahamat Idriss Déby, consacrent la laïcité et jettent ainsi les bases juridiques de la coexistence religieuse.

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