Afrique: Détroit d'Ormuz bloqué - Pourquoi le continent subit la crise sans hausser le ton

Détroit d'Ormuz.

Près de six mois après le début du blocage, l'une des routes commerciales les plus stratégiques au monde reste paralysée. La guerre qui secoue le Moyen-Orient continue d'immobiliser le détroit d'Ormuz, un passage par lequel transite habituellement un cinquième du pétrole mondial.

Le président américain, Donald Trump, multiplie les déclarations optimistes, mais un accord semble encore loin. L'Iran, en effet, utilise son emprise sur ce goulet d'étranglement stratégique comme monnaie d'échange dans ses discussions avec Washington. Les répercussions se font sentir sur l'ensemble de l'économie mondiale : inflation en hausse, carburant plus cher à la pompe. L'Afrique n'est pas épargnée par ces turbulences.

Un silence diplomatique calculé

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Sur le continent africain, les files d'attente s'allongent devant des stations-service à court de carburant tandis que les engrais en provenance du Golfe, autrefois disponibles, se raréfient, mettant en péril les récoltes. L'Afrique a donc tout intérêt à voir ce conflit se résoudre rapidement. Si de nombreux pays africains ont exprimé leur soutien aux États du Golfe frappés en représailles par l'Iran, un constat frappe dans le discours des diplomates du continent : la réticence à pointer du doigt les véritables initiateurs du conflit, à savoir Israël et les États-Unis.

Dismas Mokua, analyste des risques politiques au cabinet kényan Tricarta, résume ce malaise : selon lui, presque tout le monde comprend que Donald Trump porte une responsabilité dans le déclenchement de ces crises, mais peu de dirigeants africains osent le dire ouvertement, par crainte des répercussions.

Une prise de position commune du continent, portée par exemple par l'Union africaine (UA), pourrait sembler une option logique. Mais l'organisation reste marquée par un précédent : Liesl Louw-Vaudran, de l'ONG International Crisis Group, rappelle qu'en 2022, la commission de l'UA s'était retrouvée en difficulté après que son président de l'époque avait critiqué la Russie au sujet de la guerre en Ukraine - plusieurs chefs d'État avaient alors jugé qu'elle n'avait pas mandat pour s'exprimer au nom de tout le continent sur des questions de politique étrangère. Avec 55 États membres aux intérêts divergents, l'UA privilégie donc la prudence plutôt qu'une position tranchée.

Des trajectoires très inégales selon les pays

En l'absence de sortie de crise rapide, chaque pays tente de limiter les dégâts et d'adapter ses circuits d'approvisionnement. Le Kenya s'en tire plutôt bien, selon Dismas Mokua : ni les ménages ni les agriculteurs ne se plaignent de pénuries et les livraisons de pétrole et de gaz se poursuivent normalement, quoique à un coût plus élevé.

La situation est plus tendue en Éthiopie, où les autorités ont dû réserver le carburant disponible en priorité aux forces de sécurité, aux transports publics et au secteur agricole - un revirement notable pour un pays qui comptait auparavant parmi les principaux partenaires commerciaux africains de l'Iran.

À l'inverse, certains États pourraient tirer parti de l'instabilité qui touche le Golfe. Au Nigeria, riche producteur pétrolier, la mise en service de la méga-raffinerie du groupe Dangote tombe à point nommé. Un projet de raffinerie est également prévu au Kenya.

Cette crise relance par ailleurs les arguments en faveur d'une mise en oeuvre plus poussée de la Zone de libre-échange continentale africaine. Comme le résume Dismas Mokua, se prémunir contre les soubresauts du commerce mondial passe par le développement des échanges commerciaux entre pays africains eux-mêmes.

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