Madagascar: La grande fierté d'Hippolyte Laroche

Avant son départ de Madagascar, le résident général français Hippolyte Laroche, promulgue la loi du 26 septembre 1896, sur l'abolition de l'esclavage à Madagascar. Aussitôt, « des citations tronquées d'auteurs qui n'ont jamais lu de son arrêté que le titre et le premier article, font de lui un homme irresponsable ou, au contraire, le grandissent au-delà de la mesure, en se livrant eux-mêmes à leur imagination que la simple notion d'esclavage, forgée par des connaissances acquises hors du contexte malgache, suffit à enflammer...» (Bakoly Domenichini-Ramiaramanana et Jean-Pierre Domenichini, « Aspects de l'esclavage sous la monarchie merina d'après les textes législatifs et réglementaires », Revue d'études historiques « Omaly sy Anio » N° 15 du premier semestre 1982).

Ces auteurs, emportés par leur fantasme, ignorent qu'auparavant, Hippolyte Laroche observe et fait étudier la situation de l'esclavage en Imerina en tant qu'institution, par une commission locale. Ce qui lui permet de faire différentes constatations comme le fait que « les esclaves ne sont pas tous des miséreux et que leurs maitres ne sont pas tous d'odieux personnages »... (lire précédente Note). C'est ainsi que beaucoup d'affranchis, au lieu de se séparer de leurs anciens maîtres, leur restent attachés et continuent de demeurer auprès d'eux (circulaire du Premier ministre Rasanjy du 2 novembre 1896). Il est donc probable que les esclaves libérés, s'ils ont eu de bons rapports avec leurs anciens maitres, pourront se trouver à l'abri du besoin.

Au moment de l'abolition de l'esclavage, explique le couple Domenichini, « à 100 francs pièce en moyenne, l'ensemble des esclaves d'Imerina, tels qu'ils étaient recensés en 1896, représentaient au cours réel du marché, un capital d'environ 22 millions de francs». La résidence générale estime pouvoir compenser la perte en déclarant que « la France s'interdit de frapper sur le peuple de Madagascar aucune contribution extraordinaire de guerre ». Les deux chercheurs indiquent néanmoins que, pour de nombreuses personnes, l'essentiel de la fortune consiste en esclaves et « l'on a pu présumer que l'abolition de l'institution mettrait certaines dans le besoin, mais sans que cela puisse poser des problèmes insolubles ».

La confiscation des biens des insurgés Menalamba permet, en effet, au gouvernement de récupérer des terres et d'envisager que « des secours, sous forme de concessions territoriales, pourront être accordés aux propriétaires dépossédés qui seraient reconnus dans le besoin ». D'autant plus facilement que les esclaves ne sont apparemment pas jugés indispensables à l'exploitation des terres. Pour rappel, à l'époque, on est en pleine insurrection contre l'occupation française. La décision de confisquer les biens des rebelles est « prise » dès mai 1896 par la reine Ranavalona III, en même temps que l'émancipation de leurs esclaves. Cette deuxième mesure, en fait, permet au résident général de préparer le terrain pour l'abolition de cette ancienne institution.

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Dans son dernier rapport de quinzaine du 8 octobre 1896, alors qu'il a déjà remis ses pouvoirs au général Joseph Simon Gallieni depuis le 28 septembre, Hippolyte Laroche déclare fièrement à son ministre : « Aucun trouble si léger soit-il ne s'est produit à la suite de la publication à Tananarive et dans les provinces de l'arrêté d'émancipation au bas duquel les indigènes lisent ma signature » Selon les Domenichini, même les « textes d'application » conçus sous le gouverneur général Gallieni, quand ils révèlent des désordres imprévus, font seulement état de faits assez curieux, soit en eux-mêmes soit par les réactions qu'ils provoquent, « mais qu'on hésite a priori à qualifier de désordres ».

Le couple Domenichini évoque les troubles signalés par le prince Ramahatra, dans son kabary du 2 octobre. Le gouverneur général du Cercle militaire d'Ambatomanga est notamment choqué par ce qu'il appelle « des fêtes déplacées » célébrées par certains esclaves libérés. Selon les deux auteurs de l'étude, l'attitude de l'orateur est tout simplement révélatrice « du poids du mépris qui accompagne le statut d'esclave et qui semble participer d'une représentation du monde qui fonde l'ordre social sur une opposition puissamment symbolique entre l'homme esclave, occupant le degré le plus bas de la hiérarchie, et la femme noble, occupant le sommet. » Une opposition qui, toujours d'après l'orateur, ne doit ni ne peut être remise en cause par l'abolition de l'esclavage. Car celle-ci doit être simplement acceptée, « parce qu'il n'est pas bon pour les Malgaches de rester en dehors du progrès des nations civilisées ».

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