En RDC, l'épidémie d'Ebola progresse tandis que les conflits armés aggravent la vulnérabilité des populations. En Ituri, les femmes, en première ligne face au virus, paient aussi un lourd tribut économique et social.
L'épidémie d'Ebola, devenue la plus meurtrière de l'histoire de la RDC, continue d'inquiéter les autorités sanitaires.
Ces dernières semaines, l'Organisation mondiale de la santé alertait sur une possible sous-estimation du nombre réel de cas en raison des difficultés d'accès à certaines zones affectées. Dans ce contexte, les femmes occupent une place centrale dans l'évolution de l'épidémie.
Souvent chargées de prendre soin des malades, d'accompagner les proches ou de participer aux rites funéraires, elles sont particulièrement exposées au risque de contamination.
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Mais leur vulnérabilité ne s'arrête pas à la dimension sanitaire. Les conséquences économiques d'Ebola, combinées à l'insécurité persistante dans l'est du pays, fragilisent davantage des foyers dont elles assurent souvent la survie.
En Ituri, la double peine de la guerre et de la maladie
À Rubingo, dans la province de l'Ituri, Jeannette Tibagwa fait partie des 13 300 familles déplacées ayant récemment bénéficié d'une assistance du Comité international de la Croix-Rouge (CICR).
Cette mère de famille a été contrainte de fuir son village de Kyabaganzi après les attaques récurrentes des groupes armés.
Depuis, elle vit loin de ses terres et a perdu la quasi-totalité de ses moyens de subsistance. "Je prends en charge sept enfants, ma mère biologique... Mon mari a été tué durant la guerre et ma fille est morte en laissant sous ma charge les orphelins," confie Jeanette Tibagwa.
Avant son déplacement, Jeannette vivait du commerce et de l'agriculture. Elle possédait des terres cultivables qui lui permettaient de nourrir sa famille et de générer des revenus. L'insécurité l'a forcée à tout abandonner. Aujourd'hui, elle dépend en grande partie de l'aide humanitaire.
Ebola aggrave les difficultés économiques
À la perte de ses terres et de ses activités est venue s'ajouter une nouvelle épreuve : l'épidémie d'Ebola.
Les restrictions de circulation et la fermeture des frontières mises en place dans le cadre de la lutte contre la propagation du virus ont fortement réduit les échanges commerciaux dont dépendaient de nombreuses familles. "Actuellement, les frontières sont fermées pour respecter les mesures barrières. Nous ne nous fréquentons plus et les affaires sont aux arrêts. J'ai dépensé le capital que j'avais. Je ne fais que du champ maintenant. Nous sommes déplacés. Alors que nous pensions avoir trouvé refuge ici, Ebola vient nous surprendre," explique Jeannette Tibagwa.
Pour de nombreuses femmes, commerçantes ou agricultrices, la crise sanitaire est ainsi venue accentuer une précarité déjà aggravée par les déplacements forcés et les violences armées.
La peur permanente de retourner aux champs
L'accès aux terres agricoles reste un défi majeur pour les populations déplacées. Jeannette Tibagwa explique qu'elle vit dans la crainte constante des groupes armés qui continuent d'opérer dans certaines zones rurales. Cette situation réduit considérablement sa capacité à produire suffisamment pour nourrir sa famille.
"Les champs sont lointains et nous avons peur d'y aller. Il y a des moments où on arrive à récolter, mais d'autres où nous perdons toute la récolte à cause de la guerre. Les jardins proches sont si étroits qu'ils ne peuvent pas produire de la nourriture suffisante pour la famille. Le gros souci, c'est la fermeture des frontières, parce qu'il serait possible de mener les activités et de subvenir aux besoins, notamment le paiement des frais scolaires. Nous sommes comme emprisonnés", déplore-t-elle.
Entre l'insécurité, les déplacements et les restrictions liées à Ebola, cette mère célibataire peine aujourd'hui à répondre aux besoins les plus élémentaires de ses sept enfants.
Quelle place pour les femmes dans la riposte à Ebola ?
Le témoignage de Jeannette Tibagwa rappelle que l'épidémie d'Ebola dépasse largement la seule question sanitaire. Elle met également en lumière les inégalités auxquelles les femmes sont confrontées lorsqu'une crise frappe leur communauté. Comment mieux protéger celles qui se retrouvent en première ligne ? Comment renforcer leur rôle dans la sensibilisation, la prévention et la riposte contre Ebola ?
Pour répondre à ces questions, Nelly Mbangu, fondatrice de l'organisation « Sauti ya Mama Mukongomani » et engagée sur les questions de genre en RDC, revient sur la place des femmes dans l'évolution de l'épidémie et sur les mesures qui pourraient permettre de mieux les associer aux efforts de lutte contre le virus.