Transport de corps en soute de bus au Cameroun : l'expert Missimikim dénonce une pratique honteuse après l'accident de Nomalé. Passagers et dépouilles dans le même véhicule, le scandale.
Alors que le Cameroun pleure encore les 16 victimes de l'accident de Nomalé, Martial Manfred Missimikim, expert international en sécurité routière, tire la sonnette d'alarme sur une pratique ignorée : le transport de dépouilles mortelles dans les soutes des bus de voyageurs.
Vendredi 14 août 2026, 4 heures du matin. Axe Yaoundé-Bafoussam, lieudit Nomalé. Un bus de la compagnie Mangwa Boy pulvérise sa partie avant contre un camion chargé de planches immobilisé sur le bas-côté. Bilan : 16 morts, 42 blessés. Parmi les victimes, sept membres d'une même famille qui se rendaient à des funérailles.
Mais dans la soute de ce bus, il y avait autre chose. Un corps. Une dépouille mortelle, transportée comme un vulgaire bagage, au milieu des valises des passagers survivants.
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Cette révélation, c'est Martial Manfred Missimikim, directeur exécutif de l'ONG Securoute Africa, qui la met sur la place publique. Et sa colère est à la hauteur du scandale : « C'est une pratique honteuse et profondément irrespectueuse envers les défunts et leurs familles. »
Le drame de Nomalé : 16 morts, 42 blessés
Tout commence dans la nuit du 13 au 14 août 2026. Un bus gros porteur de l'agence Mangwa Boy, en provenance de Yaoundé et à destination de la région de l'Ouest, percute un camion chargé de planches, immobilisé depuis plusieurs jours sans signalisation adéquate au lieudit Nomalé, dans l'arrondissement de Ndikiniméki.
L'impact est d'une violence inouïe. Le pare-brise disparaît. Les cinq premières rangées de sièges sont déchiquetées. Des planches de la cargaison traversent l'habitacle. Le conducteur et les passagers installés à l'avant décèdent sur le coup. Le bilan officiel est lourd : 16 morts dont sept membres d'une même famille qui se rendaient à des funérailles et 42 blessés.
Dès le lendemain, le ministre des Transports, Jean Ernest Masséna Ngallè Bibèhè, suspend les activités de Mangwa Boy et ordonne un audit de conformité. Le propriétaire de la compagnie se voit retirer sa licence de transport.
La révélation qui change tout
Mais au-delà du drame lui-même, un détail glaçant émerge. Dans la soute du bus accidenté se trouvait une dépouille mortelle. Une pratique que Martial Manfred Missimikim, expert international en sécurité routière et directeur exécutif de Securoute Africa, dénonce avec une rare vigueur.
« Il existe malheureusement certaines agences qui se sont spécialisées dans le transport des corps dans les soutes de leurs bus, tout en transportant simultanément des passagers dans le même véhicule. C'est une pratique honteuse et profondément irrespectueuse envers les défunts et leurs familles. »
Pour l'expert, le problème est double. D'abord, le respect dû aux défunts : un corps ne saurait être traité comme un colis, empilé avec des bagages dans l'obscurité d'une soute. Ensuite, la sécurité des passagers : en cas d'accident, une dépouille mal arrimée peut devenir un projectile mortel. Sans parler des risques sanitaires et psychologiques pour les voyageurs qui ignorent tout de la présence d'un corps à quelques mètres d'eux.
Une pratique « honteuse » qui interroge
Missimikim ne s'arrête pas là. Il appelle les Camerounais à la vigilance : « Il faut éviter ces agences et privilégier celles qui respectent la dignité humaine, la sécurité des passagers et les règles de transport. »
Au Cameroun, le transport des dépouilles mortelles est pourtant encadré par une réglementation spécifique. Les véhicules de transport funéraire doivent être spécialement aménagés, et les conducteurs détenir un permis conforme. Mais force est de constater que de nombreuses agences contournent la loi, plaçant les corps dans des soutes de bus classiques pour réaliser des économies.
Un appel à la responsabilité collective
Cette dénonciation intervient dans un contexte où la sécurité routière au Cameroun est plus que jamais au coeur des préoccupations. L'axe Yaoundé-Bafoussam, surnommé « la route de la mort », est l'un des plus meurtriers du pays. Chaque année, plus de 1 200 personnes perdent la vie sur les routes camerounaises.
Missimikim, qui milite depuis des années pour une meilleure sécurité routière, pointe du doigt un système où l'appât du gain prime sur le respect des vies humaines qu'elles soient vivantes ou non.
Ce que l'on ne sait pas encore
Plusieurs questions restent en suspens. Quelles sont les agences concernées par cette pratique ? Missimikim ne les a pas nommées. Combien de corps sont ainsi transportés chaque semaine ? Aucune statistique officielle n'existe. Quelles sanctions encourent les contrevenants ? La réglementation existe, mais son application reste aléatoire.
Ce qui est certain, en revanche, c'est que la révélation de Missimikim a ouvert une brèche. Un débat que beaucoup préféraient ignorer est désormais sur la place publique.