Afrique: Inclusion financière - Vers une Afrique interopérable grâce aux systèmes de paiement instantané

Du mobile money aux paiements instantanés, l'Afrique change d'échelle. Pour Sabine Mensah, directrice générale adjointe d'AfricaNenda, l'enjeu est désormais de ne laisser personne au bord du chemin.

« L'Afrique n'a pas attendu la révolution actuelle des paiements numériques pour engager sa mue. Dès 2007, le continent amorçait ses premières grandes innovations dans les services financiers mobiles. Près de vingt ans plus tard, le mobile money et, plus largement, les services financiers numériques ont profondément élargi l'accès aux services financiers. Là où les banques avaient fini par atteindre un plafond, le téléphone mobile a permis de toucher les populations rurales et les plus vulnérables, parfois avec le téléphone le plus basique. »

Ces propos, tirés d'un entretien accordé le 17 août par Sabine Mensah, directrice générale adjointe d'AfricaNenda Foundation, à C'Finance, montrent clairement que le continent dispose des moyens nécessaires pour atteindre l'inclusion financière grâce aux Systèmes de paiement instantané (Spi), conçus pour connecter les banques, les opérateurs de téléphonie mobile, les institutions de microfinance et les fintechs.

Des infrastructures pour aller plus loin

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Selon la directrice générale adjointe, cette mutualisation des infrastructures constitue l'un des principaux leviers pour accélérer encore l'inclusion financière sur le continent. Quelque 64 milliards de transactions ont transité par les systèmes de paiement instantané en Afrique rien que pour l'année 2024. Pour la simple raison, précise-t-elle, qu'une trentaine de ces systèmes existent aujourd'hui au niveau national, auxquels s'ajoutent plusieurs plateformes régionales.

Leur intérêt tient surtout à leur capacité à rendre les paiements plus accessibles, rapides et abordables. « Avec les paiements instantanés, un utilisateur peut désormais payer ses achats, ses services, ses factures... », explique Sabine Mensah.

Pour elle, le transfert d'argent de personne à personne constitue souvent le premier usage. Viennent ensuite le paiement marchand, puis le règlement des factures et, progressivement, les transferts transfrontaliers et les paiements gouvernementaux. Toutefois, l'interopérabilité de ces systèmes constitue une avancée décisive parce que, qu'il possède un compte bancaire, un compte de microfinance ou un compte mobile, l'utilisateur peut désormais effectuer des transactions à travers des infrastructures connectées. « L'objectif est de créer des solutions pour tous », résume la responsable d'AfricaNenda Foundation.

Cette transformation suppose toutefois une implication de l'ensemble de l'écosystème. Les gouvernements, qui comptent parmi les principaux payeurs et bénéficiaires, ont un rôle moteur à jouer. Les banques centrales et les régulateurs doivent, eux, faciliter les transactions électroniques, notamment au-delà des frontières, et permettre aux acteurs privés de participer pleinement aux nouveaux systèmes. C'est dans cette logique qu'AfricaNenda Foundation accompagne les pays africains.

Lancée dans cette dynamique en 2021, la fondation intervient notamment auprès des banques centrales et des agences publiques. Elle a accompagné le Rwanda dans la mise en oeuvre d'e-Kash et le Liberia, dont le système de paiement instantané a été lancé en décembre 2025. Elle travaille également avec la Bceao autour de la Plateforme interopérable du Système de paiement instantané (Pi-Spi), ainsi qu'avec la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (Cemac).

Les exclus sont nombreux

L'un des défis, et peut-être le plus important, est de faire en sorte que cette révolution numérique bénéficie réellement à ceux qui en sont encore éloignés, même si les progrès sont indéniables. En 2014, selon le Findex, environ 34 % des adultes africains avaient accès à des services financiers formels. La dernière édition, issue d'une analyse menée en 2024, porte cette proportion à 58 %. Une progression à laquelle les paiements mobiles ont largement contribué.

Mais derrière cette amélioration se cache une réalité préoccupante : 42 % des adultes africains restent exclus des systèmes financiers formels, soit environ 400 millions de personnes, selon les estimations d'AfricaNenda, rapportées par la directrice générale adjointe de la fondation.

Pour Sabine Mensah, l'accélération de l'inclusion passe donc moins par la seule multiplication des outils que par la suppression des barrières qui empêchent encore leur utilisation. « Si nous parvenons à lever la barrière de l'infrastructure, à nous assurer que les infrastructures mises en place au niveau national et régional sont inclusives, abordables et disponibles pour tous, alors nous pourrons accélérer l'inclusion de ces 400 millions d'adultes encore exclus », soutient-elle. Avant de souligner que les obstacles sont particulièrement forts pour trois catégories, à savoir les femmes, les populations rurales et les personnes les plus vulnérables.

Les principaux freins à l'accès restent le faible taux d'accès au téléphone mobile ou au smartphone, la couverture réseau insuffisante, le manque de ressources et le coût des services. « C'est trop cher, ce n'est pas fait pour moi, je n'ai pas assez de moyens », rapportent souvent les populations interrogées sur les raisons de leur éloignement des services financiers, selon Sabine Mensah.

L'enjeu est donc de rendre les infrastructures disponibles, mais aussi réellement utilisables. Certaines plateformes régionales ont ainsi choisi de rendre gratuites les premières transactions, parfois jusqu'à une trentaine par pays, afin d'encourager l'adoption.

Cette exigence d'accessibilité devra aller de pair avec celle de la sécurité. Avec l'essor de l'intelligence artificielle, les acteurs disposent de nouveaux outils pour détecter les transactions inhabituelles, identifier les fraudes et mieux protéger les utilisateurs. Mais la technologie peut aussi être détournée. D'où la nécessité, selon Sabine Mensah, de renforcer la responsabilité collective des acteurs et l'éducation financière.

Pour elle, l'accélération de l'inclusion financière africaine repose sur un équilibre entre des infrastructures interopérables, des services abordables, une régulation adaptée et une protection efficace des utilisateurs. C'est à cette condition que la transformation numérique pourra franchir une nouvelle frontière et atteindre ceux qui restent encore à l'écart.

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